Le message de Ghadir : autorité et gouvernement
Ouvrant son allocution par une prière pour les peuples opprimés du monde, l'imam Khomeini a déclaré : « J'espère, si Dieu le veut, que cette fête bénie sera une source de bonheur pour tous les peuples meurtris, et tout particulièrement pour notre noble peuple — ce peuple qui porte, en cette époque, le flambeau de l'islam. »
Abordant la personnalité de l'Imam Ali, il a exprimé une humilité profonde : « Que puis-je dire sur la grandeur de l'Imam Ali, et qui peut prétendre en mesurer les dimensions ? Cet être d'exception, homme accompli et manifestation de tous les attributs divins, dépasse l'entendement humain. Je préfère garder le silence à son sujet. »
S'attachant plutôt aux leçons politiques de Ghadir, l'imam a affirmé avec force : « L'événement de Ghadir n'est pas survenu pour conférer une quelconque grandeur à l'Imam Ali — c'est l'Imam Ali lui-même qui a rendu Ghadir possible. Cet être vénérable, source de toutes les vertus, est la cause pour laquelle Ghadir a eu lieu. Ghadir n'apporte rien à l'Imam Ali ; c'est lui qui donne sa valeur à Ghadir. »
Il a poursuivi en expliquant la logique divine qui sous-tend cette désignation : « Dieu Tout-Puissant, voyant qu'après le Prophète nul ne serait capable d'instaurer la justice dans sa plénitude, a ordonné au Messager de désigner celui qui en avait la capacité — celui qui pouvait établir une justice totale et fonder un gouvernement divin. La nomination de l'Imam Ali à la succession n'est donc pas une élévation de son rang spirituel ; c'est au contraire son rang spirituel exceptionnel qui a conduit Dieu à lui confier le gouvernement. »
Le gouvernement juste, garant de l'application de l'islam
L'imam Khomeini a ensuite développé sa thèse centrale : gouvernement et politique sont indissociables du message islamique. « L'enjeu, c'est le gouvernement ; l'enjeu, c'est la politique. Le gouvernement est la politique, dans toute sa plénitude. Dieu a ordonné au Prophète de confier ce gouvernement et cette politique à l'Imam Ali — tout comme le Prophète lui-même exerçait le pouvoir politique, car gouverner sans politique est impossible. »
Il a cité la tradition islamique selon laquelle l'islam repose sur cinq piliers — dont l'autorité (wilaya) — pour préciser que cette autorité désigne bien le gouvernement concret, non une grandeur mystique immatérielle : « L'autorité dont parle l’hadith de Ghadir signifie le gouvernement, non un rang spirituel. »
Évoquant l'histoire tragique des imams, l'imam a rappelé que la plupart d'entre eux n'ont jamais pu exercer le pouvoir : « Dieu a institué ce gouvernement pour l'Imam Ali, puis pour les imams qui lui ont succédé — mais on ne les a pas laissés en récolter les fruits. »
La séparation de la religion et de la politique : une déviation historique
La partie la plus incisive du discours a été consacrée à la critique de la doctrine qui sépare l'islam de la politique. L'imam Khomeini en a identifié les racines historiques : « L'une des plus grandes déviations survenues au fil du temps est l'œuvre des pouvoirs omeyyades et abbassides, maudits soient-ils, qui ont semé l'idée que la religion est une chose et la politique en est une autre. Plus les siècles ont passé, plus cette idée s'est renforcée, jusqu'à ce que les puissances mondiales modernes — comprenant qu'il leur fallait réduire la religion à un simple rituel — s'emploient à nous convaincre que la religion n'a rien à voir avec la politique, que la politique appartient aux empereurs. »
Il a conclu sans appel : « Celui qui dit que la religion est séparée de la politique dément Dieu, dément le Prophète, dément les imams. »
Ghadir en tout temps et en tout lieu
L'imam a également mis en garde contre une commémoration de Ghadir réduite à sa dimension festive : « Perpétuer cette fête n'a pas pour seul but d'illuminer les rues, de réciter des odes ou de chanter des louanges — tout cela est certes bien, mais l'essentiel est ailleurs. L'essentiel est de comprendre comment suivre l'exemple de l'Imam Ali, de comprendre que Ghadir n'appartient pas à une époque révolue : Ghadir doit exister en tout temps. »
Et de conclure sur une formule synthétique : « L'affaire de Ghadir est l'institution d'un gouvernement. C'est cela qui peut être "institué" par décret — non les rangs spirituels, qui ne s'octroient pas. Mais ce sont précisément ces rangs spirituels et cette plénitude qui ont conduit à la désignation de l'Imam Ali comme gouvernant. »
Si un gouvernement juste avait été laissé à l'Imam Ali, a-t-il affirmé, « toutes les déviations auraient disparu, et un environnement sain aurait vu le jour, permettant à chacun — mystiques, philosophes, juristes — de s'exprimer librement et sereinement. »
Source : Agence Jamaran — Discours de l'imam Khomeini, 2 shahrivar 1365 / 18 dhu al-hijja 1406