La guerre avec l’Iran aurait contraint l’armée américaine à reculer

La guerre avec l’Iran aurait contraint l’armée américaine à reculer

Selon un rapport du New York Times consacré aux conséquences de la guerre avec l’Iran pour l’armée américaine, le conflit lancé par Donald Trump dans l’intention de démontrer la puissance militaire de Washington aurait finalement révélé de nouvelles vulnérabilités.

Le journal affirme que plusieurs bases américaines au Moyen-Orient ont dû être évacuées et que douze bombardiers B-1 ont quitté précipitamment le Royaume-Uni.

Les attaques iraniennes de missiles et de drones auraient également causé d’importants dégâts aux installations militaires américaines, conduisant le Pentagone à envisager de déplacer certaines de ses bases.

Une telle réorganisation pourrait coûter plusieurs dizaines de milliards de dollars.

D’anciens responsables américains cités dans l’article estiment par ailleurs que cette évolution pourrait renforcer à Téhéran l’idée que la menace contre les bases américaines peut obliger Washington à se retirer.

Douze bombardiers B-1 évacués du Royaume-Uni

Selon le service international de Jamaran, qui reprend le rapport du New York Times, le départ précipité de douze bombardiers américains B-1 d’une base aérienne britannique illustre les conséquences inattendues de la guerre avec l’Iran.

Le conflit devait, dans la conception initiale de Washington, démontrer la supériorité de l’armée américaine.

Il aurait au contraire entraîné une réduction de la marge de manœuvre opérationnelle des États-Unis et le retrait de leurs forces de plusieurs bases de la région.

Donald Trump a minimisé l’importance du départ des bombardiers.

Le secrétaire d’État Marco Rubio a pour sa part affirmé que le Pentagone "déplace en permanence ses ressources vers les endroits où elles sont nécessaires".

L’article estime néanmoins que cet épisode constitue un nouvel exemple du retrait de forces qui avaient précédemment été positionnées au Moyen-Orient et au Royaume-Uni dans une logique de dissuasion.

Des opérations devenues plus difficiles sur le plan logistique

Selon le texte, Trump avait lancé l’offensive contre l’Iran après le bombardement de trois installations nucléaires iraniennes en juin 2025 et l’opération d’arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro en janvier 2026.

La guerre aurait cependant imposé à Washington de nouvelles contraintes opérationnelles.

La fermeture de certaines bases américaines au Moyen-Orient et la limitation de l’utilisation d’une base britannique auraient compliqué les opérations militaires.

Les bombardiers américains resteraient capables d’atteindre leurs cibles, mais seraient désormais contraints, dans certains cas, de partir directement du territoire des États-Unis.

Cette situation allonge la durée des missions et accroît les besoins en ravitaillement en vol.

Les groupes aéronavals américains positionnés dans la mer d’Arabie, hors du golfe Persique, doivent quant à eux être ravitaillés depuis l’île de Diego Garcia, dans l’océan Indien, située à environ 2 200 miles, soit quelque 3 540 kilomètres, ce qui augmente le temps et le coût des opérations.

La menace des drones aurait accéléré le départ du Royaume-Uni

Des responsables américains et britanniques ont indiqué que le retrait rapide des bombardiers avait été décidé après la réception de renseignements jugés crédibles concernant un possible projet d’attaque par drones contre les appareils et les militaires américains.

Selon ces informations, des acteurs soutenus par l’Iran auraient envisagé de lancer des drones à proximité immédiate du périmètre de la base.

Les planificateurs d’une telle attaque auraient pu, selon certaines sources, s’inspirer d’une opération ukrainienne menée l’année précédente contre la Russie.

Lors de cette opération, des drones introduits profondément sur le territoire russe auraient été lancés depuis des camions et auraient détruit ou endommagé au moins douze avions.

Ces évolutions auraient conduit le Pentagone à revoir son appréciation des menaces pesant sur ses installations.

L’utilisation croissante des drones et des capacités cybernétiques montre, selon le texte, qu’éloigner une base de la portée des missiles adverses ne suffit plus nécessairement à garantir sa sécurité.

Évacuation de bases à Bahreïn, au Koweït, aux Émirats et au Qatar

Donald Trump affirme que la marine iranienne a été détruite lors des premières attaques et que l’armée de l’air iranienne aurait été largement neutralisée.

Le blocus maritime et la forte baisse des exportations de pétrole exerceraient également, selon Washington, une pression sévère sur l’économie iranienne.

Mais l’article souligne que l’Iran aurait malgré cela réussi à pousser des forces et des avions américains à quitter des installations autrefois considérées comme sûres.

Des militaires américains auraient ainsi été retirés de bases situées à Bahreïn, au Koweït, aux Émirats arabes unis et au Qatar, toutes situées à portée des missiles et drones iraniens.

Certaines de ces installations auraient subi des dégâts si importants que le Pentagone serait peu disposé à les reconstruire.

Si le Congrès accorde les financements nécessaires, leur transfert vers des zones plus éloignées pourrait être envisagé.

Le rapport estime que le conflit, initialement destiné à afficher la supériorité militaire américaine, aurait ainsi révélé certaines limites opérationnelles de Washington.

Il pourrait également envoyer à l’Iran et à d’autres adversaires des États-Unis le message qu’une puissance militairement supérieure peut être contrainte à modifier son dispositif sous la pression de menaces asymétriques.

Le détroit d’Ormuz et la mer Rouge toujours difficiles à sécuriser

Le texte affirme que la guerre avec l’Iran a produit des conséquences beaucoup plus importantes que ce que Washington avait initialement anticipé.

Les attaques contre les bases américaines, le retrait de militaires de plusieurs pays du Moyen-Orient et la vulnérabilité croissante des installations auraient placé le Pentagone face à de nouvelles difficultés.

Un ancien responsable du département américain de la Défense estime que Téhéran pourrait en conclure que la menace contre les bases américaines constitue un moyen efficace de faire reculer Washington.

L’article souligne également que, malgré une importante présence militaire au Moyen-Orient, les États-Unis n’auraient pas réussi à garantir totalement la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz et dans certaines parties de la mer Rouge.

Or la sécurisation de ces voies maritimes constitue depuis plusieurs décennies l’une des principales justifications avancées par Washington pour maintenir une présence militaire dans la région.

Dana Stroul : Téhéran pourrait interpréter le retrait comme un signe de faiblesse

Dana Stroul, ancienne haute responsable du Pentagone pour la politique moyen-orientale sous l’administration Biden et aujourd’hui membre du Washington Institute for Near East Policy, estime que l’évacuation rapide des douze B-1 possède une portée stratégique.

Selon elle, cette décision perturbe la planification opérationnelle et peut affecter le moral des forces.

Elle avertit surtout que l’Iran pourrait en tirer la conclusion qu’en démontrant sa capacité à menacer des bases américaines, y compris hors du Moyen-Orient, il peut exercer une pression suffisamment forte sur Donald Trump pour provoquer un recul américain.

Trump évoque au contraire une économie iranienne proche de l’effondrement

L’administration Trump propose une lecture différente.

Au cours de la campagne pour les élections de mi-mandat, le président américain a décrit l’économie iranienne comme étant au bord de l’effondrement.

Il estime que le blocus maritime et l’interdiction des mouvements de cargaisons finiront par forcer Téhéran à accepter un accord.

Trump a également qualifié de "fausses informations" les articles de presse faisant état de pénuries de munitions ou d’échecs militaires américains.

Le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a pour sa part affirmé qu’à la suite de la nomination du nouveau ministre iranien du Pétrole, Téhéran n’aurait pas chargé un seul baril de pétrole brut sur un navire depuis le 25 août.

Selon le document, certains responsables iraniens auraient également reconnu pour la première fois les pressions économiques provoquées par la situation actuelle.

Washington présente les évacuations comme temporaires

Les responsables américains affirment cependant que les évacuations ne sont que des mesures de précaution provisoires.

Selon eux, les bombardiers B-1 pourraient retourner sur la base aérienne de Fairford, au Royaume-Uni.

Cette base, construite en 1944, constitue depuis longtemps un point important de la coopération militaire entre Washington et Londres.

L’US Air Force affirme également qu’elle peut continuer à effectuer des missions à longue distance depuis le territoire américain même si les menaces actuelles persistent.

Le Pentagone étudierait parallèlement la possibilité de créer de nouvelles bases en Israël et en Jordanie.

Une telle décision nécessiterait l’approbation du Congrès et pourrait prendre plusieurs années, qu’il s’agisse d’agrandir des installations existantes ou d’en construire de nouvelles.

De nouvelles bases militaires envisagées

Pete Hegseth a également évoqué, lors d’un discours prononcé le jeudi précédent devant des militaires américains, la possibilité de mettre en concurrence plusieurs États américains pour accueillir une importante nouvelle base.

Il n’aurait cependant pas évoqué les dégâts subis par les installations américaines au Moyen-Orient.

Le texte rappelle que, lors de l’annonce de l’attaque contre l’Iran le 28 février, Donald Trump pensait que la guerre se terminerait en quelques jours.

Cette prévision avait ensuite été portée à cinq ou six semaines.

Trump avait également exigé la "reddition sans condition" de l’Iran et annoncé, seulement trois semaines après le début du conflit, sa défaite totale.

Il a encore déclaré le jeudi précédent que l’Iran se rendrait "immédiatement après les élections".

Des soldats américains déplacés dans des hôtels

Les attaques iraniennes de représailles contre les bases américaines du Moyen-Orient auraient toutefois continué.

Selon l’article, de nombreux soldats américains auraient ainsi été contraints de quitter leurs bases pour être hébergés dans des hôtels ou des bâtiments administratifs de la région.

Cette situation aurait soulevé des interrogations concernant la préparation de l’administration Trump à cette guerre et sa capacité à en anticiper les conséquences.

L’Iran aurait identifié plusieurs lieux où étaient hébergées des forces américaines et aurait envisagé de les inscrire à son tour parmi ses cibles.

Certains de ces lieux auraient été des hôtels dépourvus de protections particulières.

Les attaques ne se seraient pas limitées aux installations militaires.

Le siège de la CIA en Arabie saoudite aurait lui aussi été touché.

L’article précise toutefois qu’il n’est pas établi si cette installation avait été spécifiquement visée par l’Iran ou si elle avait été atteinte accidentellement pendant une attaque visant un complexe diplomatique.

Treize grandes bases concernées

Au cours de ces attaques, une grande partie des treize principales bases militaires utilisées par les forces américaines dans la région seraient rapidement devenues impropres à un stationnement normal.

Les installations américaines au Koweït semblent, selon le document, avoir subi les dégâts les plus importants.

Lors d’une attaque contre le port de Shuaiba, au Koweït, six militaires américains auraient été tués et un centre d’opérations tactiques de l’armée américaine aurait été détruit.

Des missiles et des drones iraniens auraient également frappé la base aérienne Ali Al Salem, causant des dommages à des structures liées aux aéronefs et blessant plusieurs militaires.

Au camp Buehring, des installations de maintenance et de ravitaillement auraient été endommagées.

Des installations touchées au Qatar, à Bahreïn et en Arabie saoudite

Au Qatar, une attaque iranienne contre la base aérienne d’Al-Udeid, qui abrite le commandement aérien régional du CENTCOM, aurait endommagé un radar d’alerte avancée.

À Bahreïn, un drone suicide iranien aurait frappé des équipements de communication du quartier général de la Cinquième Flotte américaine.

Sur la base aérienne Prince Sultan, en Arabie saoudite, des missiles et drones iraniens auraient causé des dommages à des équipements de communication et à plusieurs avions ravitailleurs.

Mohammad Ayatollahi Tabaar : une stratégie iranienne d’escalade continue

Mohammad Ayatollahi Tabaar, professeur associé en relations internationales à la Bush School of Government and Public Service de l’université Texas A&M, a écrit au début du mois dans Foreign Affairs que l’Iran aurait désormais adopté une "stratégie fondée sur l’escalade et une pression offensive continue contre les États-Unis".

Il explique cette stratégie de la manière suivante :

"Cela signifie que l’Iran ne se contentera ni de poursuivre la trajectoire actuelle ni de rechercher un compromis avec Washington.

Il cherchera au contraire à prendre davantage de mesures susceptibles de nuire aux économies des partenaires régionaux des États-Unis, d’infliger de lourds chocs aux marchés mondiaux de l’énergie et d’étendre simultanément ses attaques contre les infrastructures militaires américaines."

Ayatollahi Tabaar estime également que l’Iran pourrait chercher à prendre le contrôle de certaines bases américaines situées dans les États arabes du golfe Persique, après le retrait d’une grande partie des forces américaines qui s’y trouvaient.

Il souligne toutefois que Téhéran s’est jusqu’à présent abstenu de mener une telle opération terrestre.

Un sénateur américain empêché d’entrer à Al-Udeid

Le sénateur démocrate du Connecticut Christopher S. Murphy, membre de la commission des Affaires étrangères du Sénat, s’est rendu cette semaine dans la région du golfe Persique afin d’évaluer les dégâts.

Il a affirmé sur les réseaux sociaux ne pas avoir été autorisé à entrer sur la base aérienne d’Al-Udeid.

Un porte-parole du Pentagone a répondu que le sénateur avait été informé avant son déplacement qu’il ne pourrait pas visiter l’installation.

Cette restriction aurait été imposée en application de règles établies par Pete Hegseth au début de la guerre.

Le Pentagone refuse de communiquer le coût des dégâts

Les dommages causés aux installations militaires américaines seraient devenus un sujet particulièrement sensible pour le Pentagone.

Selon l’article, le département de la Défense a refusé de transmettre au Congrès une estimation du coût des réparations et de la reconstruction des bases endommagées.

Des parlementaires américains estiment que la facture pourrait atteindre plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Les raisons du refus du Pentagone de communiquer ces données restent inconnues.

Mais de tels montants pourraient, selon l’article, devenir un sujet majeur de critique et de compétition politique pour les candidats opposés à la guerre.

Le CENTCOM envisage une réorganisation de son dispositif

Dans ce contexte, le Commandement central américain, responsable des opérations militaires des États-Unis au Moyen-Orient, aurait commencé à planifier sérieusement une modification de la localisation et de l’organisation de ses bases et installations dans la région.

Jack Reed, sénateur démocrate du Rhode Island et principal membre démocrate de la commission des Forces armées du Sénat, avait critiqué le mois précédent la politique de l’administration américaine :

"Les coûts financiers continuent d’augmenter de plusieurs milliards de dollars chaque mois, tandis que l’administration refuse de reconnaître la crise de pénurie de munitions à laquelle nous sommes confrontés ou d’admettre le coût de la reconstruction des bases gravement endommagées par les attaques iraniennes."

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