Un ancien ambassadeur d'Iran en République d'Azerbaïdjan a averti qu'en l'absence de ratification de la Convention sur la mer Caspienne, le corridor Nord-Sud se heurterait lui aussi à des difficultés, ajoutant qu'une fois ce texte adopté, l'Iran pourrait tirer un bien meilleur parti économique de cette mer.
Cet analyste des questions internationales a par ailleurs affirmé qu'aucun document ne vient étayer l'idée selon laquelle 50 % de la mer Caspienne auraient appartenu à l'Iran et les 50 % restants à l'ex-URSS.
Dans un entretien accordé au correspondant de Jamaran, à l'occasion de l'examen par le Parlement iranien de la Convention sur le statut juridique de la mer Caspienne, Mohsen Pak-Ayin a rappelé que ce texte, signé le 21 mordad 1397 (12 août 2018) sous le douzième gouvernement par les chefs d'État des cinq pays riverains — Iran, Russie, Turkménistan, Kazakhstan et République d'Azerbaïdjan —, est l'aboutissement de vingt années d'une diplomatie intense : cinquante-deux réunions d'experts, dix rencontres au niveau des ministres des Affaires étrangères et cinq sommets des chefs d'État y ont été consacrés. Autrement dit, a-t-il souligné, tous les gouvernements iraniens qui se sont succédé depuis l'effondrement de l'URSS ont pris part à l'élaboration de cette convention et ont œuvré à sa finalisation.
Estimant que l'examen de ce texte relève donc d'un enjeu juridique et national, et non de rivalités partisanes, il a précisé qu'il importe peu de savoir sous quel gouvernement la signature a eu lieu, puisque les deux gouvernements suivants ont eux aussi cherché à obtenir sa ratification. Selon lui, il revient désormais au Parlement de trancher, en s'appuyant sur l'intelligence collective et l'avis d'experts reconnus.
Répondant à ceux qui estiment que l'Iran, en adhérant à cette convention, aurait renoncé à une part historique de 50 % de la mer Caspienne, l'ancien ambassadeur a réaffirmé qu'aucun document ne prouve l'existence d'une telle répartition entre l'Iran et l'ex-Union soviétique. Avant même l'effondrement de l'URSS, a-t-il rappelé, aucun texte ne définissait le régime juridique de la Caspienne ; seuls les traités de 1921 et de 1940 évoquaient, dans certaines de leurs clauses, la navigation et la pêche dans cette mer, sans jamais traiter de son partage.
Pak-Ayin a ajouté que l'URSS disposait, à elle seule, de plus de 7 000 kilomètres de littoral sur la Caspienne, contre environ 1 000 kilomètres seulement pour l'Iran — ce qui rend, selon lui, intenable l'idée d'une part de 50 % à l'époque. Il a également rappelé qu'en tant que superpuissance, l'URSS n'accordait qu'avec réticence à l'Iran le droit de pêcher et de naviguer dans ses propres eaux territoriales, allant parfois jusqu'à l'en empêcher purement et simplement.
Il a par ailleurs relevé que la convention ne fixe elle-même ni ligne de base ni répartition du fond et du sous-sol marins entre les États : en raison des divergences entre les cinq pays sur ces questions, leur détermination a été renvoyée à des négociations bilatérales et multilatérales ultérieures. Le texte traite en revanche d'autres enjeux majeurs, comme la démilitarisation de la mer Caspienne, la protection de l'environnement, les modalités de navigation et de pêche, ainsi que la lutte contre la criminalité organisée et le terrorisme.
Insistant sur le fait que, depuis vingt ans, tous les gouvernements iraniens successifs se sont attachés à défendre les droits du pays sur la Caspienne, l'analyste a rappelé que cinq États riverains se partagent cette mer et revendiquent chacun leur souveraineté sur leurs eaux territoriales respectives — un équilibre qui, selon lui, ne peut se construire que par un accord global. Il a fait valoir qu'au cours des vingt dernières années, l'Iran est parvenu, à plusieurs reprises, à défendre ses droits et à faire valoir sa position sur la Caspienne, malgré un rapport de force d'une voix contre quatre.
Selon Pak-Ayin, la convention interdit formellement toute présence militaire de pays tiers dans la mer Caspienne. Il a précisé qu'à ce jour, aucun document n'atteste d'une présence militaire d'Israël ou de l'OTAN dans cette mer, ni de l'établissement d'une quelconque base. Certes, l'OTAN et la Turquie ont, dans certains cas, envoyé du personnel pour assurer des formations en République d'Azerbaïdjan ou dans d'autres pays riverains, mais cela ne saurait être assimilé à une présence militaire dans la Caspienne elle-même. Il a assuré qu'en cas de manquement de la part de l'un des cinq États, tant la République islamique que les autres pays riverains réagiraient fermement contre le pays fautif.
Il a également rappelé qu'au moment du retrait de l'OTAN d'Afghanistan, l'alliance avait envisagé un itinéraire de transfert de son matériel militaire passant par l'Afghanistan, le Turkménistan, la mer Caspienne, la République d'Azerbaïdjan, la Russie, puis l'Europe. Ni le Turkménistan ni l'Azerbaïdjan n'ont toutefois autorisé un tel passage, refusant de voir du matériel militaire pénétrer dans la Caspienne. Tous les pays riverains, a-t-il souligné, sont pleinement conscients de l'importance de la sécurité de cette mer, dont dépend une part considérable de leurs revenus tirés de la vente de pétrole et de gaz. C'est pourquoi les cinq États insistent fortement sur le maintien du caractère démilitarisé de la Caspienne — et lorsque récemment l'Ukraine a visé un navire iranien dans ces eaux, l'incident a suscité la protestation unanime de l'ensemble des pays riverains.
L'ancien ambassadeur a insisté sur le potentiel économique considérable que représente la mer Caspienne pour l'Iran : le corridor Nord-Sud s'active précisément par cette voie maritime, les autres pays riverains acheminant leurs marchandises par bateau jusqu'au port caspien d'Anzali, d'où elles sont ensuite transportées par train jusqu'à Bandar Abbas, avant de rejoindre l'océan Indien via la mer d'Oman. Sans ratification de la convention, a-t-il averti, ce corridor Nord-Sud rencontrerait lui aussi des difficultés.
Évoquant enfin le potentiel de la Caspienne en matière de revenus, Pak-Ayin a souligné que, dans le contexte actuel de blocage du détroit d'Ormuz, les liaisons de l'Iran par la mer Caspienne demeurent préservées et permettent de maintenir une partie de son commerce extérieur. La République islamique est également très active dans le secteur de la pêche caspienne, qui constitue une source de revenus non négligeable. Selon lui, la ratification de la convention par le Parlement permettrait à l'Iran de tirer un bien meilleur parti économique de cette mer.