Les fondements coraniques de l’unité dans la pensée de l’Imam Khomeini

Les fondements coraniques de l’unité dans la pensée de l’Imam Khomeini

Auteur : Mohammad Ali Khosravi

Les nombreuses expressions employées par l’Imam Khomeini pour parler de l’unité de la communauté musulmane occupent une place particulière dans son discours. Certaines formulations, lorsqu’on les examine attentivement, renvoient directement ou indirectement aux enseignements du Coran et ouvrent sur une lecture sociale, éducative et religieuse de la question de l’unité.

L’une des caractéristiques du langage de l’Imam Khomeini est qu’il citait rarement intégralement les versets du Coran ou les traditions religieuses. Pourtant, une grande partie de ses discours reprenait leur contenu et leur esprit. Les références coraniques apparaissent souvent dans ses propos sans être introduites comme des citations formelles.

À titre d’exemple, l’Imam Khomeini disait à propos de l’ayatollah Modarres :

"Modarres est encore vivant aujourd’hui. Les hommes qui entrent dans l’Histoire restent vivants jusqu’à la fin."

L’auteur rapproche cette phrase d’une parole attribuée à l’Imam Ali, adressée à Kumayl ibn Ziyad : "Les savants demeurent aussi longtemps que le temps demeure." Selon cette lecture, Khomeini reprend ici le sens de la tradition sans la citer directement.

L’étude de ce type de références dans l’ensemble de son œuvre pourrait, selon l’auteur, constituer à elle seule un travail de recherche approfondi.

La présence des versets coraniques dans les discours de l’Imam Khomeini

L’article examine plusieurs passages dans lesquels l’Imam Khomeini évoque l’unité en s’appuyant sur des versets du Coran, directement ou par leur sens.

1. L’unité est une grâce divine

L’Imam Khomeini a souvent associé l’unité au mot "grâce" ou "bienfait". Il appelait les musulmans à préserver ce qu’il considérait comme un don accordé par Dieu.

Il déclarait notamment :

"C’est aujourd’hui une grâce que Dieu nous a accordée : nous sommes tous assis ensemble, comme des frères, et nous pouvons nous parler. Préservez cela."

Dans un autre discours, il affirmait :

"Les frères doivent rester réunis avec de bonnes intentions et dans un esprit fraternel. Dieu merci, c’est le cas. Nous devons préserver cette grâce divine. Dieu l’a comptée comme une grâce, et c’est l’une des plus grandes. Tant que nous préserverons cette grâce, nous serons à l’abri de tous les démons."

Cette conception renvoie au verset 103 de la sourate Al-Imran, où le Coran appelle à se souvenir de la grâce de Dieu :

"Souvenez-vous de la grâce de Dieu envers vous : vous étiez ennemis, puis Il a rapproché vos cœurs et, par Sa grâce, vous êtes devenus frères."

L’unité est donc présentée comme le résultat d’un rapprochement des cœurs qui transforme l’hostilité en fraternité.

2. L’unité est un miracle

Pour l’Imam Khomeini, l’unification rapide de différentes composantes de la société iranienne pendant la Révolution islamique ne pouvait pas être expliquée uniquement par l’action humaine.

Il déclarait :

"Cette unité de parole, c’est Dieu qui l’a créée. Je ne peux pas imaginer qu’un être humain puisse, en si peu de temps, amener une nation de plus de trente millions de personnes à parler d’une même voix et à partager un même sentiment. L’enfant de deux ou trois ans dit la même chose que le vieillard de quatre-vingts ans. Femmes, hommes, enfants, jeunes et vieux ont suivi la même voie. Cela ne peut être que la volonté divine."

L’auteur précise que Khomeini ne se contente pas ici d’affirmer, de façon générale, que tout dépend de Dieu. Il attribue à cette unité une intervention divine particulière, comparable à un événement qui dépasse le cours ordinaire des choses.

Khomeini disait également :

"Cette unité de parole qui s’est formée dans toutes les couches de la population iranienne était un miracle. Personne ne pouvait la créer. C’était un miracle, une affaire divine, une inspiration divine, et non l’œuvre de l’homme."

L’article rattache cette idée au verset 63 de la sourate Al-Anfal :

"Il a uni leurs cœurs. Même si tu avais dépensé tout ce qui se trouve sur terre, tu n’aurais pas pu unir leurs cœurs. Mais Dieu les a unis."

Selon l’auteur, lorsque Khomeini parle de l’unité comme d’un miracle, il reprend donc une idée coranique : certaines formes de rapprochement entre les hommes ne peuvent pas être obtenues uniquement par des moyens matériels.

3. L’unité est une obligation religieuse

Dans la pensée de l’Imam Khomeini, l’unité des musulmans n’est pas simplement souhaitable. Elle constitue une obligation religieuse.

Il emploie à ce sujet les termes de "devoir", "obligation" et "responsabilité religieuse".

Il affirme :

"Il est obligatoire pour tous les musulmans d’être unis."

Et encore :

"Selon l’islam, les musulmans doivent former une seule main."

Il déclare également :

"Tous doivent rester ensemble. C’est un devoir divin et religieux qui nous incombe à nous comme à l’ensemble de la nation."

L’auteur explique cette position en s’appuyant sur plusieurs principes de jurisprudence islamique.

L’unité comme condition nécessaire à l’accomplissement d’un devoir

En droit islamique, lorsqu’un devoir obligatoire ne peut être accompli sans certaines conditions préalables, ces conditions deviennent elles-mêmes obligatoires.

L’article applique ce principe à la défense de l’islam et des musulmans. Puisque cette défense ne serait pas possible sans unité, l’unité devient elle-même une obligation.

Khomeini disait :

"Parmi les questions importantes qui nous incombent à tous figurent la défense de l’islam et la défense de la République islamique. Or cela dépend de l’unité."

Le même raisonnement est appliqué à la volonté d’empêcher les puissances étrangères de dominer les sociétés musulmanes.

Il déclarait :

"Selon l’islam, les musulmans doivent former une seule main afin de pouvoir empêcher les étrangers et les colonisateurs d’intervenir dans leur pays."

L’ordre coranique implique une obligation

L’article s’appuie ensuite sur le verset :

"Attachez-vous tous ensemble au lien de Dieu et ne vous divisez pas."

Dans la jurisprudence islamique, un ordre formulé de manière impérative est généralement considéré comme obligatoire, sauf élément indiquant le contraire.

L’auteur souligne trois aspects du verset : l’expression "attachez-vous" constitue un ordre ; elle est adressée au pluriel ; et l’interdiction de la division est elle aussi explicite.

Khomeini expliquait :

"Si les musulmans avaient simplement respecté cet ordre et cette interdiction de Dieu, leurs problèmes politiques, sociaux et économiques auraient été résolus, et aucune puissance n’aurait pu leur résister."

Dans un autre discours, il insistait :

"Le Coran dit : attachez-vous tous ensemble au lien de Dieu et ne vous divisez pas. C’est une instruction obligatoire. Elle contient un ordre et une interdiction."

Il ne considérait donc pas l’unité comme une simple stratégie utile. Dans cette lecture, elle relève également d’un commandement religieux.

Pour Khomeini, le "lien de Dieu" mentionné dans ce verset désigne l’islam.

Il déclarait :

"Si vous voulez l’indépendance du pays, si vous voulez mettre fin à l’ingérence des ennemis, si vous voulez être libres et que votre pays vous appartienne, rassemblez-vous tous sous le drapeau de l’islam. Obéissez à l’ordre de Dieu. Le lien de Dieu, c’est l’islam."

Il appelait également à ne pas affaiblir cette unité :

"Ne détruisez pas cette unité. N’éteignez pas ce mouvement. Toutes les forces doivent se rassembler afin de pouvoir résister aux forces étrangères."

4. La foi et l’unité, deux conditions de la victoire

Dans les discours de l’Imam Khomeini, la réussite d’une société dépend de deux éléments : l’attachement à l’islam et l’unité.

Il déclarait :

"La base de votre progrès, chère nation, est votre engagement envers l’islam et l’unité de parole. L’engagement envers l’islam sans rassemblement est sans effet. Le rassemblement sans engagement envers l’islam est nuisible."

Dans un autre discours :

"Le secret de votre victoire est d’abord une foi solide, puis l’unité de parole. Préservez ces deux choses."

Il affirmait également :

"Si nous préservons notre unité et notre caractère islamique, nous serons victorieux."

Khomeini associait aussi cette idée à une tradition selon laquelle "la main de Dieu est avec le groupe".

"Faites en sorte de ne pas perdre cette parole : la main de Dieu est avec la communauté. Lorsque les groupes restent unis autour d’un idéal islamique, la main de Dieu est avec eux."

Il rappelait enfin que, selon lui, la Révolution avait triomphé grâce à l’unité et à la confiance placée dans l’islam :

"Notre victoire est venue de l’unité de parole et de notre confiance en l’islam. Allah Akbar nous a fait triompher, et notre unité nous a fait triompher. Aujourd’hui encore, nos armes sont les mêmes."

L’auteur rattache cette conception au même verset appelant les croyants à s’attacher ensemble au lien de Dieu.

Khomeini résumait ainsi cette lecture :

"Ces deux expressions, 'tous ensemble' et 'tous avec l’islam', ont été le secret de votre victoire. Le verset dit précisément cela : attachez-vous tous à Dieu et ne vous séparez pas. Il faut être réunis et se tourner vers Dieu."

5. Une unité qui doit aller jusqu’à la fraternité

Pour l’Imam Khomeini, l’unité doit dépasser la simple coopération et devenir une véritable fraternité.

Cette idée s’appuie sur le verset 10 de la sourate Al-Hujurat :

"Les croyants ne sont que des frères."

L’article présente cinq enseignements que Khomeini tire de ce verset.

Les croyants ont pour devoir de vivre comme des frères

Khomeini déclarait :

"L’islam insiste sur la fraternité à travers différentes expressions. De la formule 'les croyants ne sont que des frères', on peut comprendre que les croyants n’ont pour ainsi dire d’autre statut que celui de frères. Tout se résume à la fraternité."

L’auteur explique que cette lecture repose sur le mot arabe "innama", qui sert à exprimer l’exclusivité.

Ainsi, le verset est compris dans le sens suivant : la relation fondamentale entre les croyants doit être une relation de fraternité.

Une fraternité déjà établie par le Coran

Selon Khomeini, les musulmans n’ont pas besoin d’un acte particulier pour établir cette fraternité, puisque le Coran lui-même l’a instaurée.

Il disait :

"Les croyants du monde entier sont frères selon le jugement du Coran. Les frères sont égaux et partagent les joies comme les peines. En islam, cette fraternité est à l’origine de tous les biens."

Puis :

"Le Coran a établi entre nous un pacte de fraternité. Les croyants, tous les croyants, qu’ils soient Turcs, Persans, Arabes ou non-Arabes, sont frères. C’est le Coran."

Il ajoutait que si les musulmans des différents pays mettaient réellement en pratique ce principe, ils deviendraient beaucoup plus difficiles à affaiblir.

Une fraternité qui possède aussi une dimension politique

L’auteur consacre ensuite une longue partie à la relation entre religion, morale et politique dans la pensée de Khomeini.

Avant la Révolution islamique, explique-t-il, de nombreux religieux, universitaires et citoyens considéraient la religion comme séparée de la politique. L’islam était souvent compris principalement comme un ensemble de règles morales, spirituelles et individuelles.

Khomeini défendait une autre conception. Pour lui, les enseignements moraux et religieux possédaient également des conséquences sociales et politiques.

L’article souligne qu’il appliquait cette lecture à plusieurs pratiques religieuses, notamment au pèlerinage, et qu’il avait même intitulé son testament "Testament politique et divin", signe de l’importance qu’il accordait à cette articulation entre religion et politique.

À propos de la fraternité, Khomeini déclarait :

"Même les règles morales de l’islam ont une dimension politique. Le commandement coranique selon lequel les croyants sont frères est une règle morale, sociale et politique."

Il expliquait cette dimension politique par l’expérience de la Révolution iranienne :

"Lorsque le peuple iranien s’est rassemblé et que ses membres se sont comportés comme des frères, les grandes puissances n’ont pas pu résister à cette population unie."

La fraternité comme signe de la foi

La quatrième interprétation présentée dans l’article établit un lien entre foi et fraternité.

Selon Khomeini, une personne qui ne traite pas les autres croyants comme des frères n’a pas pleinement réalisé la foi dans son comportement.

Il disait :

"Les croyants sont frères. On peut comprendre de ce verset que si deux personnes ne mettent pas en pratique leur fraternité religieuse et ne se comportent pas comme des frères, leur foi n’est pas véritablement accomplie."

Il poursuivait :

"Un frère veut le bien de son frère. C’est cela, le croyant. Si quelqu’un ne souhaite pas le bien de ses frères, provoque des conflits ou cherche à attirer les autres vers son propre camp, cela montre que la foi n’a pas produit en lui l’effet qu’elle devrait produire."

La fraternité dans ce monde et dans l’au-delà

Khomeini rapprochait enfin le verset "Les croyants ne sont que des frères" du verset de la sourate Al-Hijr décrivant les habitants du Paradis :

"Ils seront comme des frères, assis sur des sièges, face à face."

Il en tirait l’idée que la fraternité pratiquée dans ce monde se prolongerait dans l’au-delà.

Il déclarait :

"Regardez tous ce verset : 'Les croyants sont frères'. Attachez-vous tous au lien de Dieu et soyez tous frères, afin que, dans le Paradis également, vous soyez frères, assis les uns en face des autres."

Selon lui, l’une des grandes joies du Paradis réside précisément dans cette fraternité, tandis que la querelle et l’hostilité sont associées à l’enfer.

Lors d’un discours prononcé au début de l’année iranienne 1361 à Jamaran, Khomeini développa cette idée devant des responsables civils et militaires.

Il expliqua que les actes, les croyances et les comportements humains dans ce monde auraient leur reflet dans l’au-delà. Il appela donc les responsables politiques et militaires à renforcer dès ici-bas les relations fraternelles entre eux.

Il reconnaissait que des divergences d’opinion étaient naturelles, y compris entre juristes religieux, mais estimait qu’elles ne devaient pas conduire à l’hostilité.

"Pourquoi devrions-nous être opposés à nos frères dans la foi ? Supposons que l’avis de l’un diffère de celui d’un autre sur une question. Les divergences d’opinion entre juristes sont elles aussi très nombreuses."

Il exprimait ensuite le souhait que la fraternité entre le gouvernement, le Parlement, les différentes institutions et les forces armées trouve son prolongement dans l’au-delà.

6. Le conflit conduit à l’échec

L’article aborde enfin le verset 46 de la sourate Al-Anfal :

"Obéissez à Dieu et à Son Messager. Ne vous disputez pas, sinon vous faiblirez et votre force disparaîtra. Soyez patients, car Dieu est avec les patients."

Selon cette lecture, la division entre musulmans conduit à l’affaiblissement collectif et à la perte de leur puissance.

Khomeini insistait sur la nécessité de ne pas limiter la présence du Coran à la récitation ou aux pratiques rituelles.

Il déclarait :

"Le Coran est délaissé. Ses règles sont délaissées. Ce n’est pas parce que vous récitez l’appel à la prière ou accomplissez la prière que vous le sortez de cet abandon, si vous ne prêtez aucune attention à la plupart des règles politiques de l’islam."

Il poursuivait :

"La récitation du Coran est nécessaire, mais elle ne suffit pas. Le Coran doit être présent dans tous les aspects de notre vie."

Il citait alors les versets appelant à l’unité et interdisant la dispute, estimant que leur application aurait des conséquences politiques concrètes pour les sociétés musulmanes.

Khomeini mettait aussi en garde contre les conséquences de la division :

"Mes chers amis, si vous voulez l’islam et le pays, écoutez le commandement de Dieu. Il dit : ne vous disputez pas, sinon vous faiblirez et votre force vous quittera. Le conflit et la querelle vous conduiront à l’échec et vous priveront de votre puissance."

Lors de la première législature du Parlement iranien après la Révolution, il adressa une recommandation similaire aux députés. Il leur demanda d’éviter les conflits et les divisions, en rappelant que la conséquence du "tanazu'", c’est-à-dire de la dispute, est le "fashal", terme pouvant désigner la faiblesse, la peur, l’incapacité ou la paralysie.

Que signifie le terme "fashal" ?

Dans le verset évoqué, deux conséquences sont attribuées au conflit : le "fashal", puis la disparition de la force et du prestige.

Le terme "fashal" peut être traduit par faiblesse, peur, inertie ou incapacité d’agir.

Khomeini expliquait :

"Le Coran vous avertit que si vous vous disputez, vous serez frappés de faiblesse. Vous voyez aujourd’hui les effets de cette faiblesse parmi les musulmans."

Dans ce passage, il prenait l’exemple des pays musulmans confrontés à Israël et considérait leur incapacité collective à agir comme une conséquence de leurs divisions :

"Qu’est-ce que le 'fashal', sinon l’incapacité d’un État ou d’un peuple à accomplir ce qu’il doit faire pour préserver son propre système ?"

Pour Khomeini, le conflit interne n’est donc pas seulement un désaccord politique. Il finit par réduire la capacité d’action d’une société et l’empêche de défendre ses intérêts.

Conclusion

À travers les passages étudiés, l’article présente l’unité comme un principe directement lié à plusieurs enseignements coraniques dans la pensée de l’Imam Khomeini.

Elle est décrite comme une grâce accordée par Dieu, une obligation religieuse, une condition de la victoire et une forme de fraternité entre croyants. À l’inverse, la division est associée à la faiblesse, à la perte de puissance et à l’incapacité collective.

L’auteur montre également que Khomeini ne séparait pas ces enseignements spirituels de leurs conséquences sociales et politiques. Dans cette lecture, l’appel coranique à la fraternité et à l’unité doit se traduire dans les relations entre musulmans comme dans l’organisation de la société.

Les citations reproduites dans l’article sont principalement tirées de différents volumes de la Sahifeh-ye Imam, recueil des discours et écrits de l’Imam Khomeini. 

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