Fâzel Meybodi, membre de l'Assemblée des chercheurs et enseignants du séminaire de Qom : « Le message essentiel de l'islam, c'est la paix et l'amour de l'humanité »

Fâzel Meybodi, membre de l'Assemblée des chercheurs et enseignants du séminaire de Qom : « Le message essentiel de l'islam, c'est la paix et l'amour de l'humanité »

« L'infiltration » empêche le pays de retrouver la sérénité, estime ce religieux, qui dénonce aussi les voix qui voudraient voir le gouvernement et le ministère des Affaires étrangères décider "à coups de slogans"

L'hodjatoleslam Mohammad-Taghi Fâzel Meybodi a confié au correspondant de Jamaran : « Ces derniers temps, quand j'écoute la radio en voiture ou que je regarde la télévision, je constate, hélas, qu'on y parle bien rarement au nom de l'islam. Dans le même temps, certains s'en prennent au président de la République, au ministre des Affaires étrangères, aux négociateurs et à d'autres encore, sous couvert de critique, en multipliant les insultes. Jamais on ne songe à inviter quelqu'un du camp opposé — imaginez que Monsieur Pezeshkian ou Monsieur Araghtchi vienne débattre avec quelqu'un. Invitez donc Messieurs Rohani, Khatami, Zarif ou Nategh Nouri, et voyons ce qu'ils ont à dire. Ces hommes ont, après tout, occupé des responsabilités dans ce pays, ils ont été aux côtés de l'Imam, ils ont exercé des fonctions élevées et sensibles, et certains d'entre eux ont même été le numéro deux du pays. Pourquoi les attaquer et les insulter aujourd'hui de manière unilatérale à la télévision, sans que personne ne réponde, et sans qu'eux-mêmes ne soient invités à le faire ? Ce n'est pas là de la justice ! »

Le membre de l'Assemblée des chercheurs et enseignants du séminaire de Qom a par ailleurs insisté sur le fait que le message essentiel de l'islam est la paix et l'amour de l'humanité, affirmant : « J'ai la certitude qu'il existe, dans ce pays, une infiltration du Mossad, du KGB et de puissances étrangères. On n'y peut rien ; cela a toujours existé. C'est cela qui empêche le pays de retrouver le calme. Chaque fois que nous avons cru pouvoir connaître quelques jours de sérénité, un peu de paix, un moment de répit pour le peuple, un événement est venu tout bouleverser dans le pays. Je suis convaincu que ces événements qui viennent rompre la tranquillité du peuple sont l'œuvre de forces infiltrées ; mais il faut reconnaître qu'une partie de la population reste, elle, mal informée de ces enjeux. »

Voici l'intégralité de l'entretien accordé par l'hodjatoleslam Mohammad-Taghi Fâzel Meybodi au correspondant de Jamaran :

Nous sommes dans les jours commémorant le martyre de l'imam Hassan Modjtaba (que la paix soit sur lui). L'un des sujets qui revient toujours à son propos, en particulier ces dernières années, est celui de la paix conclue par l'imam Hassan. Nous aimerions explorer ce concept : quelles interprétations en donne-t-on, et ce qui en est généralement dit est-il exact ?

Il faut replacer ces phénomènes historiques et politiques dans leur contexte propre, et les considérer selon les circonstances de leur époque. On ne peut pas imposer au passé les conditions qui régissent aujourd'hui notre société, ni juger un événement politique en faisant abstraction du contexte de son temps pour le regarder à l'aune du nôtre.

Permettez-moi d'abord de rappeler que l'islam est une religion d'amour, de paix, de pureté et de fraternité. L'appel fondamental des prophètes, la base même de leur mission, était le bien-être et le bonheur de l'humanité, réalisés à travers la paix, la coexistence, la bienveillance envers autrui, l'entraide et la dignité humaine. Le mot même d'« islam » en est le symbole : il vient de la racine « salm », qui évoque la paix, la soumission et la santé.

Lorsque le Prophète de l'islam (paix sur lui) conquit La Mecque — une conquête d'une ampleur considérable —, chacun s'attendait à ce qu'il se venge sévèrement de ceux qui l'avaient combattu à Mecque, l'avaient injurié, insulté et maudit. Le Prophète avait pourtant beaucoup souffert, durant ses treize années mecquoises, du fait des chefs de Quraych. Or, l'année de la conquête, alors que tous s'attendaient à des représailles sévères, le Prophète fit proclamer : « Aujourd'hui est le jour de la clémence. »

C'est une formule d'une portée immense : dans une cité conquise dont la majorité des habitants avait été hostile au Prophète, et malgré toutes les souffrances endurées, l'Envoyé de Dieu déclara que ce jour était celui de la clémence, et il pardonna aux chefs et aux mécréants de Quraych — au premier rang desquels Abou Sofyan, dont il fit même de la maison un lieu sûr. C'était certes une politique adoptée par le Prophète, mais ce n'était pas seulement une politique : c'était l'appel fondamental de l'islam lui-même, qui nous enjoint de faire toujours passer la clémence, la paix et l'amour avant toute chose. Certes, la guerre existe aussi dans l'islam, mais elle vient en second lieu, comme une question de défense. Le message essentiel de l'islam, c'est la paix et l'amour de l'humanité.

Après le martyre de l'imam Ali (paix sur lui), le peuple prêta allégeance à l'imam Hassan, mais Mo'awiya refusa de le faire et déclara même la guerre. L'imam Hassan comprit que s'engager dans un affrontement avec Mo'awiya ne conduirait qu'à faire couler le sang du peuple, sans autre résultat ; d'autant que ses propres partisans, qui lui avaient pourtant prêté allégeance, rejoignaient un à un le camp de Mo'awiya, si bien qu'on ne pouvait même plus faire confiance à ceux qui restaient. L'imam n'a pas choisi de résister jusqu'au martyre : il a fait un calcul. S'il choisissait la guerre, le sang de nombreuses personnes serait versé, et peut-être lui-même y trouverait-il la mort. Mais s'il voulait préserver le message essentiel de l'islam et épargner le sang du peuple, il fallait conclure un accord avec Mo'awiya. C'est cette seconde voie qu'il choisit.

Un accord fut donc signé entre les deux parties. Mais la signature de Mo'awiya ressemblait beaucoup à celle d'un Trump d'aujourd'hui : il ne la respecta absolument pas. L'imam Hassan, lui, resta fidèle à ses engagements. L'une des clauses stipulait notamment que nul ne devait maudire l'imam Ali, que les chiites ne devaient être ni emprisonnés, ni exécutés, ni persécutés, et que Mo'awiya ne devait désigner personne comme calife après lui. Ce furent là les termes essentiels du pacte — que Mo'awiya viola tous, l'un après l'autre. Les malédictions contre Ali se répandirent, l'appareil de propagande de Mo'awiya se déploya, certains chiites furent exécutés et mis à mort de sa main, et il désigna Yazid pour lui succéder : il transgressa donc bel et bien chacune des dispositions convenues.

Mais si l'imam Hassan était entré en guerre, il se pouvait qu'il ne restât plus aucun musulman vivant, que tous soient tués. Il est intéressant de noter que l'imam Hossein — qui devait plus tard se dresser face à Yazid — resta lui-même fidèle à cet accord tant que l'imam Hassan était en vie, œuvrant à ses côtés pour les affaires de l'imamat, sans jamais chercher à revendiquer le califat.

La philosophie la plus importante de la paix de l'imam Hassan me semble donc être la suivante : lorsqu'un homme se trouve engagé dans une guerre inégale, face à un adversaire porté à la ruse, à la tromperie, disposant de forces et d'armes considérables, et susceptible d'attaquer de toutes parts pour anéantir un pays musulman et son peuple, alors la résistance armée n'est pas, dans ce cas, un devoir. C'est là un enseignement que l'on peut tirer de l'imam Hassan, second imam des chiites.

Il y eut, bien sûr, dans l'histoire, des gens qui refusèrent cette leçon — les kharidjites en particulier, qui étaient sans cesse en quête de guerre et de sang, et n'acceptaient ni la voie de l'imam Ali ni celle de l'imam Hassan. Il existe aujourd'hui, hélas, des gens qui ignorent tout des calculs que l'imam Hassan avait pu faire durant son califat, et qui répètent sans cesse des slogans de guerre et de vengeance, sans jamais se demander jusqu'où doit aller la résistance, et jusqu'où doit aller la guerre. Jusqu'à quand faudra-t-il que des gens meurent, que des bâtiments soient détruits, que des pays musulmans disparaissent ? Voilà, selon moi, ce que chacun devrait apprendre de la conduite des Infaillibles.

Que pensez-vous de ces parallèles historiques ? Certains groupes, dans ce pays, en font des analogies qu'ils transforment ensuite en une sorte de massue pour frapper les critiques et ceux qui s'inquiètent sincèrement pour le pays. Peut-on seulement comparer les circonstances d'aujourd'hui à celles de cette époque ? Ces parallèles sont-ils, au fond, une démarche juste ?

Non, je ne l'admets absolument pas. Les phénomènes politiques de l'histoire — la paix de l'imam Hassan, le soulèvement de l'imam Hossein et d'autres événements — doivent être considérés dans le cadre de leur propre temps et de leurs propres circonstances. Le pouvoir de Mo'awiya, par exemple, n'était fidèle à aucune valeur ; or nous ne reconnaissons la légitimité d'aucun pouvoir qui ne soit fidèle à aucune valeur. Mais la question de savoir comment se comporter face à un tel pouvoir, comment agir face à quelqu'un qui ne respecte aucune valeur et viole les accords conclus, relève des méthodes employées.

Or les méthodes ne sont jamais figées : elles varient. Celle qui prévalait à l'époque de l'imam Hassan n'est plus celle d'aujourd'hui. Les valeurs, en revanche, demeurent toujours constantes : si nous constatons qu'un pouvoir s'oppose aux valeurs de l'islam, nous devons nous y opposer. L'injonction au bien et l'interdiction du mal peuvent, certes, être soumises à des exigences de dissimulation prudente (taqiya) et à d'autres considérations relevant du droit religieux. Mais que chaque groupe politique de notre époque veuille se trouver, dans l'histoire de l'islam, un précédent à sa mesure et prétende en faire son modèle — voilà une démarche erronée.

Aujourd'hui, si nous voulons mener une politique face à nos adversaires, il faut que des experts se réunissent avec sagesse, tiennent compte de l'intérêt de la société et règlent les questions politiques par une méthode rationnelle. S'il faut la paix, alors la paix ; s'il faut la guerre, alors la guerre — quoi qu'il en soit. Mais qu'un groupe se saisisse d'un étendard, dans la rue ou ailleurs, et scande des slogans sans avoir consulté les plus sages, cela ne me semble pas une démarche juste. Un pays doté d'un gouvernement, d'un ministère des Affaires étrangères et d'un Conseil suprême de sécurité nationale possède son propre cadre institutionnel ; c'est à travers ce cadre qu'il faut envisager les choses. Que des groupes situés en dehors du gouvernement, du ministère des Affaires étrangères et du Conseil suprême de sécurité nationale veuillent décider à coups de slogans est, selon moi, contraire à la tradition et aux principes fondamentaux de l'islam. L'islam nous enseigne à tenir compte du droit, de la loi religieuse, de l'intérêt du peuple et du bien des musulmans.

Certains s'expriment et prennent des décisions en dehors des choix arrêtés par le système et de ce qu'annonce le Guide de la révolution. Comment pourrions-nous, fondamentalement, mettre fin à ces excès et à ces dissensions ?

Du temps de l'imam Ali — si l'on veut, là aussi, tirer une leçon de l'histoire — deux facteurs se sont dressés contre lui et ont fini par transformer son gouvernement de justice en la monarchie de Mo'awiya. Le premier était « l'ignorance », qui dominait la plupart des kharidjites : ils méconnaissaient réellement l'islam, prisonniers d'une lecture rigide et bornée de la religion. Le second était le fait que les agents de Mo'awiya avaient réussi à s'y « infiltrer ». Autrement dit, l'ignorance, le dogmatisme et l'infiltration se sont conjugués pour venir à bout de l'imam Ali. Ce n'est pas l'hostilité déclarée des kharidjites qui a eu raison de lui, mais bien la conjonction de l'ignorance et de l'infiltration de Mo'awiya, qui ont conduit à son martyre — et l'histoire de l'imam Hassan s'est, elle aussi, jouée ainsi.

Je crois qu'aujourd'hui encore, l'ignorance domine certains pans de notre société, et l'on exploite l'ignorance du peuple ; mais plus dangereuse encore est « l'infiltration ». Voyez : après la disparition du Prophète de l'islam, les mécréants ne combattirent plus l'islam par les armes. Ils comprirent que la meilleure voie était l'infiltration, et le courant des hypocrites (munafiqin) vit ainsi le jour. Après le Prophète, ce courant prit tantôt le visage des hypocrites eux-mêmes, comme Abdallah ibn Obayy et ses partisans, tantôt celui des Omeyyades, avec à leur tête Mo'awiya, tantôt d'autres formes encore. Ce courant infiltré s'est maintenu au sein de l'islam après la mort du Prophète et a détourné l'islam de la voie de la justice, de la vérité et de la paix, pour l'emmener sur un tout autre chemin — ce dont l'imam Ali disait : « L'islam fut revêtu à l'envers, comme une pelisse retournée. » Cette pelisse retournée était l'œuvre des hypocrites, conjuguée à l'ignorance qui régnait parmi les musulmans.

Je le dis aujourd'hui, à titre d'avertissement : les facteurs d'ignorance se renforcent considérablement dans notre pays, la propagation des superstitions s'intensifie fortement, en particulier ces jours-ci, année après année, et cela se diffuse malheureusement jusque sur les ondes de la radio-télévision nationale. À cela s'ajoutent les facteurs d'infiltration. J'ai la certitude qu'il existe, dans ce pays, une infiltration du Mossad, du KGB et de puissances étrangères. On n'y peut rien ; cela a toujours existé, et c'est plus fort encore aujourd'hui. C'est cela qui empêche le pays de retrouver le calme. Chaque fois que nous avons cru pouvoir connaître quelques jours de sérénité, un peu de paix, un moment de répit pour le peuple, un événement est venu tout bouleverser. Je suis convaincu que ces événements qui rompent la tranquillité du peuple sont l'œuvre de forces infiltrées ; mais il faut reconnaître qu'une partie de la population reste mal informée de ces enjeux.

La radio-télévision nationale a, elle aussi, une réelle responsabilité. Ces derniers temps, hélas, quand j'écoute la radio en voiture ou que je regarde la télévision, je constate qu'on y parle bien rarement au nom de l'islam. Dans le même temps, certains s'en prennent au président de la République, au ministre des Affaires étrangères, aux négociateurs et à d'autres encore, sous couvert de critique, en multipliant les insultes. Jamais on ne songe à inviter quelqu'un du camp opposé — imaginez que Monsieur Pezeshkian ou Monsieur Araghtchi vienne débattre avec quelqu'un. Invitez donc Messieurs Rohani, Khatami, Zarif ou Nategh Nouri, et voyons ce qu'ils ont à dire. Ces hommes ont, après tout, occupé des responsabilités dans ce pays, ils ont été aux côtés de l'Imam, ils ont exercé des fonctions élevées et sensibles, et certains d'entre eux ont même été le numéro deux du pays. Pourquoi les attaquer et les insulter aujourd'hui de manière unilatérale à la télévision, sans que personne ne réponde, et sans qu'eux-mêmes ne soient invités à le faire ? Ce n'est pas là de la justice !

Je ne veux pas, une fois de plus, tracer un parallèle historique, mais cela ressemble bien au vacarme de propagande que Mo'awiya menait déjà contre l'imam Ali. On montait unilatéralement en chaire pour dénigrer, injurier et insulter l'imam Ali, à tel point que l'une des clauses de l'accord conclu par l'imam Hassan avec Mo'awiya stipulait justement l'interdiction de le maudire — clause que Mo'awiya, là encore, ne respecta pas. Alors, qu'un jeune séminariste insulte Monsieur Zarif, qu'est-ce que cela signifie, au fond ? Je dis moi aussi que Monsieur Zarif a pu commettre des erreurs ; admettons-le. Mais venez donc en débattre avec lui à la télévision, engagez le dialogue. Cette culture de l'invective et de la malédiction, que l'imam Ali lui-même a proscrite — il a interdit qu'on maudisse même les kharidjites — s'est répandue dans notre société, et j'espère sincèrement que chacun saura reprendre ses esprits.

Au fond, quand notre économie ira-t-elle mieux ? Quand notre politique étrangère sera-t-elle enfin cohérente, unifiée ? Je ne comprends pas comment tel député, élu avec deux, trois ou cinq pour cent des voix, peut monter à la tribune pour attaquer Mohammad Khatami ou Zarif. Pourquoi donc ? Mohammad Khatami a été président de la République de ce pays pendant huit ans ; le Guide a validé et approuvé son élection, et ces huit années ont réellement compté parmi les meilleures que ce pays ait connues — tant sur le plan économique que sur celui de la politique étrangère et des relations internationales, où nous jouissions d'une véritable dignité.

Certains diront : pourquoi n'a-t-il pas injurié les États-Unis ? Pourquoi ne les a-t-il pas combattus ? La guerre contre les États-Unis est-elle donc, en soi, une valeur ? Je dis, moi aussi, que les États-Unis sont malveillants, qu'ils sont perfides. Mais vouloir sans cesse la guerre contre eux, voir nos infrastructures détruites, subir des bombardements de missiles et aujourd'hui un blocus maritime... cela procure-t-il de la dignité au pays ? Notre monnaie s'est effondrée à ce point, les puissances étrangères multiplient les provocations à notre encontre à chaque instant, les pays du golfe Persique se mobilisent contre nous... tout cela n'a rien d'une valeur !

Je pense donc que les sages de la nation — qu'ils exercent aujourd'hui une responsabilité ou non, qu'ils s'occupent des affaires étrangères, économiques ou intérieures — doivent se réunir et mener une réflexion de fond. Avec des slogans virulents et des attaques dénuées de logique, notre pays n'aboutira à rien.

L'une des grandes décisions prises par l'Imam fut l'acceptation de la résolution [mettant fin à la guerre Iran-Irak]. Il s'était même opposé au projet de Monsieur Hachemi, qui proposait qu'on laisse tout se terminer en son nom et qu'on l'exécute, lui. L'Imam avait répondu qu'il porterait seul ce fardeau. Le Guide de la révolution a lui-même qualifié la paix de l'imam Hassan de « souplesse héroïque ». Quel est votre avis à ce sujet ?

Oui, Monsieur Hachemi a lui-même raconté à plusieurs reprises avoir dit à l'Imam qu'il fallait résoudre la question avec les États-Unis, faute de quoi le pays n'aboutirait à rien. L'Imam se sentait assurément une immense responsabilité envers la dignité de l'Iran et du peuple iranien. La guerre en était arrivée à un point où notre économie ne le permettait plus, ou approchait d'une impasse ; l'Imam accepta la résolution. Et dès ce jour-là, certains s'y opposèrent — tout comme, à l'époque de l'imam Hassan, lorsqu'il signa l'accord de paix, certains de ses propres compagnons lui lancèrent : « Ô toi qui humilies les croyants ! », employant à son égard des termes très durs. Ces extrémistes ont toujours existé.

Heureusement, l'Imam avait l'autorité nécessaire pour tenir bon, et Monsieur Hachemi était lui aussi un homme intelligent et compétent qui, en toute équité, a su gérer cette affaire avec sagesse, ce qui a permis de mettre fin à la guerre. Mais aujourd'hui, hélas, ni Monsieur Hachemi, avec l'intelligence et la finesse politique qui étaient les siennes, ni feu l'Imam ne sont plus parmi nous. On ne voit pas clairement, dans les circonstances actuelles, qui pourrait s'avancer au cœur de l'arène et prononcer le mot de la fin.

Je pense que la méthode suivie aujourd'hui, en particulier par la radio-télévision nationale, n'est pas des plus sages. Après tout, ceux avec qui le peuple est en contact aujourd'hui, ceux qu'il voit, ce sont le gouvernement, Monsieur Pezeshkian, le ministre des Affaires étrangères, l'ensemble du Conseil suprême de sécurité nationale. Ce sont eux qui doivent occuper le devant de la scène. En tant que représentants investis par le Guide, avec les décisions qu'ils prennent eux-mêmes conformément à la loi, c'est à eux de trancher : faut-il, oui ou non, faire la paix ? Faut-il briser ce blocus ou non ? Que faire concernant le détroit d'Ormuz ? Cette décision doit être confiée au Conseil suprême de sécurité nationale. C'est à lui qu'il revient, en tenant compte de l'intérêt du pays et en consultation avec les sages de la nation, de sortir le pays de la situation où il se trouve. Sans quoi, si l'on ne s'engage pas dans cette voie, les forces infiltrées, conjuguées aux forces belliqueuses, poursuivront leur œuvre.

Dans le Nahj al-Balagha, l'imam Ali recommande à Malik al-Achtar d'accepter toute proposition de paix ou de négociation venant de l'ennemi, tout en restant vigilant. Quelle place occupent la paix et les relations avec l'étranger dans le discours authentique de l'islam ?

Je l'ai dit d'emblée : le message premier de l'islam est la miséricorde. Ce terme de miséricorde, qui prime sur toute autre considération et qui revient plusieurs fois dans le Coran sous ses différentes formes, a une portée plus vaste encore que celle de la paix. Cela signifie qu'une société islamique doit être une société où le peuple ressent la sérénité — tant sur le plan politique qu'économique. C'est ce qu'affirment de nombreux versets du Coran. Le mot « foi » (imân) que nous employons désigne précisément la paix intérieure de l'être humain. Si, dans une société islamique, les gens se couchent le soir en s'inquiétant de savoir où frappera demain le prochain missile, de ce qui sera détruit, de ce que sera l'économie au matin, du taux d'inflation, de ce qu'il adviendra du produit qu'ils viennent d'acheter — ces angoisses que ressent le peuple sont contraires à l'islam. L'islam est venu pour dissiper les tourments intérieurs des hommes.

Dieu dit dans le Coran : « Qu'ils adorent donc le Seigneur de cette Maison, qui les a nourris contre la faim et les a rassurés contre la peur. » C'est une parole d'une grande portée : le Dieu de la Kaaba est celui qui accorde à la fois la sécurité économique et la sécurité politique, et qui veut délivrer les hommes de la peur et de la faim. Dans le pacte adressé à Malik ou dans ses sermons, lorsque l'imam Ali entreprend de décrire la société de l'ignorance préislamique, il déclare : « [une époque] où le savant y était bâillonné et l'ignorant y était honoré » — époque de l'ignorance où les savants avaient un mors à la bouche, tandis que les ignorants régnaient en maîtres. Rûmi lui-même s'en est inspiré : « Les ignorants sont devenus maîtres, et par crainte, les savants ont caché leur tête sous leur manteau. » C'est directement tiré de cette parole de l'imam Ali.

Il ajoute ensuite : « Leur sommeil était veille, et leur fard, des larmes. » C'est une formule saisissante : ce peuple ne connaissait pas de sommeil, il vivait dans l'angoisse ; au lieu du khôl et de la beauté sur leurs yeux, il n'y avait que des larmes. Cette phrase est d'une force singulière : elle dit que ce peuple, qui devrait toujours rire, être florissant, avoir les yeux ornés de khôl, ne trouvait pas le sommeil. Le peuple de la société de l'ignorance, c'est celui qui vit dans une société rongée par l'angoisse et l'inquiétude — économique, politique ou sociale : cette société-là est une société d'impiété et d'ignorance. La société islamique, c'est au contraire une société où règnent la sécurité et la sérénité : « qui les a nourris contre la faim et les a rassurés contre la peur. »

La mission première de nos responsables et de notre peuple doit donc être de se souvenir que l'islam est une religion de paix, venue nous apporter le bonheur, le salut et la sérénité. Sans cette sérénité, même en priant sans relâche, même avec des centaines de mosquées dans une même ville, rien de tout cela ne servira à rien. La religion, c'est la sérénité ; la foi, c'est la santé — santé de l'âme, santé du corps. Ce sont là les enseignements fondamentaux des prophètes, que nous avons malheureusement, aujourd'hui, foulés aux pieds.

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