L'imam Khomeiny approuvait-il les méthodes coercitives envers les femmes sur la question du voile ?

La réponse que dessinent les textes est négative pour l'essentiel : l'imam Khomeiny voyait la diffusion de la culture islamique, y compris en matière de tenue, comme une œuvre graduelle fondée sur l'explication et le conseil, et il a explicitement interdit en 1980 les agressions de rue contre les femmes jugées mal voilées, allant jusqu'à les qualifier d'illicites et à charger la police de les empêcher. Le recours à la contrainte n'apparaît chez lui qu'en dernier ressort, dans des cas rares d'opposition délibérée, et sous condition du strict respect du droit.

L'objectif : restaurer des valeurs, pas contraindre

La révolution islamique du peuple iranien est née pour établir et appliquer les prescriptions de l'islam, garantes selon elle des droits du peuple, de la justice et de la liberté. L'imam, qui tenait la barre de cette révolution, ne pensait à rien d'autre qu'à la réalisation de l'islam, de ses valeurs et des droits du peuple. Il voulait notamment que la culture islamique s'enracine dans la société et que les Iraniens vivent selon les valeurs islamiques et humaines. La tenue et la conduite des hommes et des femmes font partie de cette culture, et l'imam y était attentif : il a rappelé maintes fois que le régime Pahlavi et Reza Khan, sur ordre et à l'imitation des puissances coloniales, avaient entrepris de changer ces valeurs, notamment par le dévoilement forcé et l'éloignement des femmes de la pudeur islamique. La révolution islamique voulait rétablir ces valeurs, permettre aux femmes de mener leurs activités culturelles, sociales, politiques et économiques dans le respect des convenances islamiques, leur rendre leur vraie place et voir leur rôle actif dans la société, objectifs en partie réalisés au fil de la révolution.

Pour répondre à la question posée, il faut examiner la méthode que l'imam préconisait pour atteindre ces objectifs. Quatre points permettent au lecteur d'en tirer lui-même la conclusion.

Le gradualisme comme principe

Premier point : l'imam concevait la réforme des affaires de la société, dans toutes ses dimensions dont la dimension culturelle, comme une œuvre graduelle. Il tenait pour impossible d'atteindre d'un coup le résultat souhaité. (Sahifeh-ye Imam, vol. 10, p. 381 ; vol. 6, p. 67 et autres)

Ordonner le bien comme un médecin, pas comme un censeur

Deuxième point : dans le domaine du commandement du bien et de l'interdiction du mal, l'imam, fidèle aux fondements islamiques, croyait aux degrés : d'abord le conseil et l'explication, puis la parole et la réprobation, et en tout dernier ressort seulement le recours à la force, dans le respect de toutes les règles légales et juridiques, sans blesser ni léser personne, et à condition que l'intervention soit efficace. Quelques lignes de l'imam sur ce chapitre méritent d'être citées : « Le chapitre du commandement du bien et de l'interdiction du mal relève de la face de la miséricorde divine. Celui qui ordonne le bien et interdit le mal doit donc faire goûter à son cœur cette miséricorde, et son intention ne doit être ni de se mettre en avant, ni de se faire valoir, ni d'imposer son ordre et son interdit... Il arrive même que le commandement du bien produise le résultat inverse et fasse naître plusieurs maux supplémentaires... Mais si le sentiment de miséricorde, de compassion, de commune humanité et de fraternité pousse l'homme à guider les ignorants et à réveiller les insouciants, la manière de dire et d'orienter, émanant d'un cœur miséricordieux, agit d'elle-même profondément là où il le faut et apaise jusqu'aux cœurs les plus durs dans leur orgueil et leur refus. » (Adab as-salat, p. 237)

Dans son traité de droit religieux Tahrir al-wasila (vol. 1, p. 547), il écrit encore : « Il convient que celui qui ordonne le bien et interdit le mal soit, dans les degrés de sa réprobation, comme le médecin traitant plein de douceur et le père plein de tendresse qui veille à l'intérêt de celui qui a commis la faute. Sa réprobation doit être bonté et miséricorde pour lui en particulier et pour la communauté en général ; qu'il n'ait d'autre intention que Dieu et Sa satisfaction, qu'il purifie son acte des souillures des passions et de l'affirmation de supériorité, qu'il ne se juge pas lui-même pur et n'y voie pour lui ni grandeur ni prééminence sur le fautif. Car il se peut que l'auteur du péché, fût-ce un péché majeur, possède des qualités d'âme qui plaisent à Dieu et pour lesquelles Dieu l'aime, bien que son péché Lui répugne ; et il se peut que celui qui ordonne et interdit soit tout l'inverse, même si cela lui reste caché. »

Les rappels de 1979

Troisième point : le 6 mars 1979 (15 esfand 1357), moins d'un mois après la victoire de la révolution, l'imam a rappelé, au sujet de l'entrée dans les administrations d'employées sans tenue islamique et de l'usage de vaisselle d'or et d'argent, que les convenances islamiques devaient être respectées. (Sahifeh-ye Imam, vol. 6, p. 329) Avant comme après cette date, il a maintes fois exposé la valeur des femmes, du voile et de la pudeur, les dangers de l'imitation de la culture occidentale et le dessein colonial du dévoilement forcé de Reza Khan, œuvrant à la sensibilisation des femmes et des jeunes filles.

1980 : l'interdiction formelle des agressions de rue

Quatrième point : le 4 juillet 1980 (13 tir 1359), en réponse aux agressions commises par un groupe dans la rue contre des femmes jugées mal voilées, l'imam a déclaré : « Il se peut que les agressions contre les femmes dans la rue, la ruelle et le bazar soient le fait de dévoyés et d'adversaires de la révolution. Nul n'a donc le droit de s'en prendre à elles, ce genre d'ingérences est illicite (haram) pour les musulmans, et la police et les comités doivent empêcher ce genre d'agissements. » (Sahifeh-ye Imam, vol. 12, p. 502)

Ce qu'on peut en conclure

De ces quatre points, on peut déduire que l'imam voyait dans le travail culturel et le conseil la voie d'instauration de la culture islamique et de la juste tenue des femmes. Dans les rares cas où ces méthodes resteraient sans effet et où des personnes chercheraient délibérément et par malveillance à défier ces valeurs, une réponse appropriée devait intervenir, mais dans le respect intégral de toutes les exigences légales, juridiques et religieuses.

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