Pourquoi, plus de deux décennies après la fatwa de l’imam Khomeini, Salman Rushdie est-il toujours en vie ?

Le débat comporte également une autre dimension, relative à la liberté d’expression et à la liberté de création. Comment concilier ces principes avec une décision religieuse condamnant un écrivain pour le contenu de son œuvre ?

Une distinction entre « exécution d’un jugement » et assassinat

L’imam Khomeini s’opposait au principe de l’assassinat clandestin, considéré comme contraire aux règles religieuses. C’est dans cette perspective qu’il aurait publiquement énoncé un jugement concernant Salman Rushdie.

Il y a ainsi une distinction entre un assassinat organisé secrètement et l’application d’un jugement religieux préalablement rendu public. Dans le premier cas, une personne est tuée avant que les commanditaires n’en revendiquent éventuellement la responsabilité. Dans le second, le jugement est d’abord annoncé publiquement, avant que son application ne puisse intervenir.

La question de l’apostasie dans la jurisprudence islamique

Le deuxième argument concerne la question de l’apostasie. Une majorité de juristes musulmans, aussi bien chiites que sunnites, reconnaissent l’existence d’un jugement religieux relatif à l’apostasie.

Cette question est comprise dans une dimension politique. La peine capitale ne concerne pas une personne qui doute de sa religion, s’interroge sur sa foi ou ne trouve pas de réponses satisfaisantes à ses questionnements personnels.

Elle vise plutôt une personne dont les actes sont considérés comme relevant d’une forme de confrontation active ou d’hostilité ouverte à l’égard de la communauté religieuse.

Un large soutien revendiqué dans le monde musulman

La décision de l’imam Khomeini concernant Salman Rushdie avait bénéficié, à l’époque, d’un soutien important dans certaines parties du monde musulman.

Des universitaires musulmans britanniques ainsi qu’une partie des intellectuels du monde islamique avaient soutenu cette position. On pouvait également noter le soutien officiel de l’Organisation de la conférence islamique.

Dans cette perspective, l’importance de la fatwa ne résidait pas uniquement dans son éventuelle application, mais aussi dans sa portée politique et symbolique. Elle avait constitué un avertissement adressé aux puissances occidentales accusées d’encourager des atteintes aux symboles sacrés de l’islam, notamment à la personne du prophète Mohammad (saw).

Plusieurs tentatives ont échoué en raison de la protection de Salman Rushdie

Plusieurs personnes ont tenté d’appliquer la décision visant Salman Rushdie, sans parvenir à leurs fins.

Ces échecs sont dû à l’important dispositif de sécurité mis en place autour de l’écrivain par les autorités britanniques et Scotland Yard. Les États-Unis auraient également joué un rôle dans sa protection.

Mostafa Mazeh et Ebrahim Ataei, ont perdu la vie dans le cadre d’actions liées à la volonté d’appliquer cette décision.

Une fatwa présentée comme un instrument de dissuasion politique

La publication des Versets sataniques a bénéficié du soutien du gouvernement britannique. La décision de l’imam Khomeini a avant tout eu pour effet de placer le Royaume-Uni sous pression politique et symbolique, tout en l’obligeant à consacrer d’importantes ressources à la protection de Salman Rushdie.

L’annonce publique de la fatwa constituait, en elle-même, un objectif majeur. Au-delà de son application effective, elle a été conçue comme un moyen de dissuasion destiné à empêcher la répétition d’initiatives perçues comme offensantes ou hostiles à l’égard de l’islam et de ses symboles sacrés.

Send To Friend

COMMENTS

Write a comment or question
Prénom:
*
Commentaire :
*
Captcha:
Envoyer