L'armée hors des partis, une ligne rouge
Pour l'imam Khomeiny, la neutralité politique des militaires n'est pas un simple principe d'organisation. Il considère que le jour où l'armée entre dans les activités partisanes est celui où il faut réciter sa prière funèbre. À ses yeux, le métier des armes et l'engagement politique sont deux voies distinctes : choisir l'une fait sortir de l'autre, par obligation légale et religieuse.
Cette position part d'une conception large de la défense. Pour l'imam, protéger l'islam et la société islamique compte parmi les premiers objectifs de la révolution. Dès que les musulmans craignent une mainmise économique ou spirituelle de l'ennemi, la défense devient pour lui un devoir obligatoire, et cette pensée défensive dépasse les nations musulmanes pour s'étendre aux autres peuples.
Sur le rôle des forces armées, piliers défensifs de la société, il écrit :
« Les forces armées, de l'armée, des gardiens de la révolution, de la gendarmerie et de la police jusqu'aux comités, au bassidj et aux tribus, ont un caractère particulier. Elles sont les bras puissants de la République islamique, les gardiennes des frontières, des routes, des villes et des villages, celles qui assurent la sécurité et apportent la tranquillité à la nation. Elles doivent recevoir une attention particulière de la nation, du gouvernement et du Parlement. » (Sahifeh-ye Imam, vol. 21, p. 431)
L'unité des forces armées contre les divisions partisanes
L'imam insistait sur l'unité et la cohésion des forces armées autour d'un objectif commun, qu'il tenait pour un facteur déterminant de la victoire sur l'ennemi. Dans sa vision, l'esprit de la pensée islamique est celui de l'unité de la société humaine, et cette unité, celle des militaires en premier lieu, conduit le navire de la société vers le rivage du salut.
Or l'entrée des militaires dans les factions et les partis est précisément ce qui brise cette cohésion. Les forces armées d'un pays gardent son intégrité territoriale et ses intérêts nationaux ; l'esprit de clan contredit cette mission, parce que l'adhésion à un parti place l'intérêt national sous l'intérêt particulier, souvent illusoire, des groupes. D'où cette consigne de son testament :
« Ma recommandation ferme aux forces armées est d'appliquer le règlement militaire qui interdit aux militaires d'entrer dans les partis, les groupes et les fronts. Les forces armées, sans aucune exception, qu'il s'agisse des militaires, des forces de l'ordre, des gardiens de la révolution, du bassidj ou des autres, ne doivent entrer dans aucun parti ni aucun groupe et doivent se tenir à l'écart des jeux politiques. À cette condition, elles pourront préserver leur puissance militaire et rester à l'abri des divisions internes. Les commandants doivent interdire à leurs subordonnés d'adhérer aux partis. Et comme la révolution appartient à toute la nation et que sa sauvegarde incombe à tous, le gouvernement, la nation, le Conseil de défense et l'Assemblée consultative islamique ont le devoir religieux et patriotique de s'opposer dès le premier pas si les forces armées, commandants ou rangs inférieurs, veulent agir contre les intérêts de l'islam et du pays, entrer dans les partis, ce qui les mènerait sans aucun doute à leur perte, ou se mêler des jeux politiques. Il revient au Guide et au Conseil de direction d'empêcher cela avec fermeté, pour que le pays reste à l'abri du danger. » (Sahifeh-ye Imam, vol. 21, p. 432-433)
L'autosuffisance défensive, l'autre testament
L'imam voyait dans la négligence de la capacité défensive du pays ce qui aiguise l'appétit des agresseurs étrangers et finit par imposer guerres et complots. Dans son testament, il désigne aussi le chemin vers l'autosuffisance complète :
« Et à toutes les forces armées, au terme de cette vie terrestre, je fais cette recommandation affectueuse : restez fidèles à l'islam, unique école de l'indépendance et de la liberté, par la lumière duquel Dieu appelle chacun à la haute dignité humaine. Si vous êtes fidèles aujourd'hui, persévérez dans cette fidélité. Elle vous sauvera, vous, votre pays et votre nation, de la honte des dépendances envers des puissances qui ne vous veulent que pour leur propre servitude et qui maintiennent votre cher pays dans le retard, réduit à un marché de consommation, sous le joug honteux de la soumission. Préférez une vie humaine et digne, même dans les difficultés, à la vie honteuse de la servitude envers l'étranger, même dans un confort animal. Et sachez que tant que vous tendrez la main aux autres pour vos besoins en industries avancées et que vous passerez votre vie à mendier, la capacité d'initiative et de progrès dans l'invention ne s'épanouira pas en vous. Vous avez vu clairement, dans cette courte période qui a suivi l'embargo économique, que ceux-là mêmes qui se croyaient incapables de rien construire et que l'on désespérait de voir faire tourner les usines ont mis leurs esprits au travail et ont couvert eux-mêmes une grande partie des besoins de l'armée et des usines. Cette guerre, cet embargo économique et l'expulsion des experts étrangers furent un don divin dont nous étions inconscients. Maintenant, si le gouvernement et l'armée boycottent à leur tour les marchandises des dévoreurs du monde et redoublent d'efforts dans la voie de l'innovation, on peut espérer que le pays devienne autosuffisant et qu'il échappe à la mendicité auprès de l'ennemi.
Je dois ajouter ici que notre besoin, après tout ce retard artificiel, des grandes industries des pays étrangers est une vérité indéniable. Cela ne signifie pas que nous devions dépendre de l'un des deux pôles pour les sciences avancées. Le gouvernement et l'armée doivent s'efforcer d'envoyer des étudiants engagés dans les pays qui possèdent de grandes industries avancées sans être colonialistes ni exploiteurs, et éviter de les envoyer en Amérique, en Union soviétique et dans les pays qui gravitent autour de ces deux pôles. À moins que ne vienne un jour, si Dieu le veut, où ces deux puissances reconnaîtront leur erreur et prendront le chemin de l'humanité, de la fraternité et du respect des droits d'autrui, ou bien où, si Dieu le veut, les opprimés du monde, les nations éveillées et les musulmans engagés les remettront à leur place. Dans l'espoir d'un tel jour. » (Sahifeh-ye Imam, vol. 21, p. 433-434)