L’épouse de l’imam Khomeini raconte le « calice de poison » de la résolution 598

L’épouse de l’imam Khomeini raconte le « calice de poison » de la résolution 598

Dans ses mémoires, l’épouse de l’imam Khomeini revient sur l’un des épisodes les plus difficiles de la fin de la guerre Iran-Irak : l’acceptation, en 1988, de la résolution 598 du Conseil de sécurité de l’ONU. Elle raconte notamment pourquoi l’imam Khomeini décida d’assumer personnellement cette décision, qu’il avait lui-même comparée à l’ingestion d’un « calice de poison ». Son témoignage, complété par celui de son gendre Mahmoud Boroujerdi, décrit un dirigeant déterminé à ne pas faire porter à un autre le coût politique d’un choix qu’il estimait nécessaire.

Le récit de l’épouse de l’imam Khomeini sur le « calice de poison »

Compagne de toujours de l’imam Khomeini, son épouse a traversé à ses côtés les périodes les plus éprouvantes de sa vie : l’exil, l’emprisonnement, les années de lutte politique et la mort de leur fils Mostafa.

Dans ses mémoires publiés dans l’ouvrage La Dame de la Révolution, une autre Khadija, elle revient notamment sur les journées qui suivirent l’acceptation par l’Iran de la résolution 598 du Conseil de sécurité des Nations unies, décision que l’imam Khomeini avait comparée à l’ingestion d’un « calice de poison ».

Elle écrit :

« Cette guerre inégale dura huit ans et prit finalement fin en 1988 avec l’acceptation par l’imam Khomeini de la résolution 598 du Conseil de sécurité. Comme il l’avait lui-même déclaré, accepter cette résolution revenait à boire un calice de poison.

Ce jour fut sans aucun doute l’un des plus difficiles de sa vie. Pourtant, ce qu’il faisait, il le faisait parce qu’il estimait que l’intérêt général, le bien et son devoir religieux l’exigeaient. Cette conviction lui permettait d’en supporter plus facilement le poids. »

La surprise des responsables iraniens

L’épouse de l’imam rapporte ensuite un témoignage de son gendre, le docteur Mahmoud Boroujerdi. Selon lui, l’annonce de la décision provoqua une grande surprise parmi les responsables iraniens.

Les membres du bureau de l’imam affichaient des visages graves et abattus. Beaucoup ne comprenaient pas pourquoi l’imam Khomeini avait choisi d’assumer personnellement la responsabilité de l’acceptation de la résolution.

Mahmoud Boroujerdi raconte qu’il alla alors rendre visite à l’épouse de l’imam afin de prendre de ses nouvelles.

À sa grande surprise, il la trouva souriante et apaisée.

Elle lui aurait déclaré :

« Mahmoud, aujourd’hui, j’ai remercié Dieu à plusieurs reprises. J’ai connu beaucoup d’épreuves au cours de ma vie avec l’imam, mais j’ai toujours vu chez lui une noblesse de caractère exceptionnelle. Lorsque je vois cette attitude chez lui, la vie devient plus douce et les difficultés plus faciles à supporter. »

« Moi, devenir le héros et laisser un autre devenir la victime ? »

Elle raconte ensuite avoir directement interrogé l’imam Khomeini après l’annonce de l’acceptation de la résolution.

« Lorsque j’ai appris la nouvelle, je lui ai demandé : “Pourquoi avez-vous personnellement assumé la responsabilité de l’acceptation de la résolution ? Pourquoi n’avez-vous pas accepté la proposition de M. Hachemi, qui avait dit : laissez-moi l’annoncer moi-même et en assumer les conséquences ?” »

La réponse de l’imam Khomeini fut immédiate :

« Cela voudrait dire que moi, je deviens le héros tandis qu’un autre devient la victime ? Madame, demande à Dieu qu’à la fin de ma vie, je ne tombe pas dans un tel enfer. »

Ce passage constitue le cœur du témoignage : selon son épouse, l’imam Khomeini refusait de laisser un autre responsable politique supporter les conséquences d’une décision qu’il avait finalement approuvée.

Le poids de la guerre sur les plus modestes

Son épouse souligne également qu’elle était consciente de l’existence d’autres voies possibles dans la confrontation avec l’ennemi, mais aussi du poids humain et social d’une guerre qui durait depuis huit ans.

Elle estimait notamment que les conséquences du conflit pesaient avant tout sur les couches les plus vulnérables de la société.

Elle se mit alors à réciter quelques vers de l’imam Khomeini :

Ô échanson, emplis ma coupe de ce vin,
Afin que de mon âme s’effacent le souci de l’honneur et celui du nom.

Verse dans ma coupe ce vin qui anéantit l’âme,
Et arrache de mon être le germe de la ruse et du piège.

Donne-moi ce vin qui libère mon âme de ses propres chaînes,
Qui prend les rênes de mon être et renverse mon rang.

Donne-moi ce vin qui, dans la retraite des amants affranchis des convenances,
Brise mes prosternations et bouleverse mes prières.

Tu n’étais pas dans le sanctuaire des beaux visages de la taverne,
Car à chaque ouverture où je m’avance, une fleur retient mes rênes.

J’irai rejoindre le cercle des anciens, oublieux d’eux-mêmes,
Peut-être arracheront-ils de mon âme, par le vin, mes pensées immatures.

Ô messager léger de ceux qui voguent sur la mer du néant,
Porte depuis moi jusqu’à cette vallée maritime mes louanges et mon salut.

Par la coupe, j’achève cette lettre du néant dans le néant ;
Dis au vieux maître du monastère : contemple la beauté de ma fin.

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