Comment les habitants de Neauphle-le-Château réagirent-ils à l’annonce du retour de l’Imam en Iran ?

Comment les habitants de Neauphle-le-Château réagirent-ils à l’annonce du retour de l’Imam en Iran ?

Qui formait la majorité des passagers de son avion ?
Malgré les bouleversements provoqués par quatre mois d’effervescence médiatique et sécuritaire, les habitants de Neauphle-le-Château accueillirent avec tristesse l’annonce du départ de l’Imam Khomeini. Quant au vol historique vers Téhéran, il fut organisé avec d’importantes précautions : la grande majorité de ses passagers était constituée de journalistes et de professionnels des médias internationaux.

Portail de l’Imam Khomeini : Feu Sadegh Tabatabaï, proche collaborateur de l’Imam Khomeini à Neauphle-le-Château, évoque dans ses mémoires les jours où la nouvelle du retour prochain de l’Imam en Iran commença à circuler parmi les habitants du village.

Bien que la présence de l’Imam eût occasionné certaines perturbations durant son séjour, les habitants furent attristés par l’annonce de son départ. Il raconte :

« Pendant près de quatre mois, les habitants de Neauphle-le-Château durent supporter les conséquences d’une situation tout à fait inhabituelle dans leur petit village : la foule, le bruit, l’agitation ainsi que la présence permanente des forces de sécurité et de la police.

Pourtant, durant toute la période où l’Imam séjourna dans le village, aucune protestation ne fut exprimée.

Lorsque l’on annonça que l’Imam quitterait bientôt Neauphle-le-Château, les habitants manifestèrent le désir de venir lui faire leurs adieux.

Une longue file se forma dans l’espace situé devant le jardin et la résidence de l’Imam. L’enthousiasme et l’affection des habitants qui souhaitaient le rencontrer étaient véritablement remarquables.

Dans un premier temps, une ou deux personnalités locales vinrent séparément auprès de l’Imam. L’une d’entre elles était un prêtre, que l’Imam appelait avec humour “le religieux du village”.

Celui-ci déclara :

“Ces journées resteront inscrites dans l’histoire du monde. Votre présence a conféré à ce village une place historique et nous a apporté une dimension spirituelle.”

L’Imam lui présenta ses excuses et répondit :

“Durant la période où nous avons résidé ici, nous vous avons causé de nombreux désagréments. Les déplacements et le bruit ont augmenté, et votre tranquillité ainsi que votre sécurité ont été perturbées.”

Lorsque l’Imam adressa également ces paroles aux autres habitants, ceux-ci montrèrent qu’ils comprenaient le caractère exceptionnel de la situation. On pouvait cependant distinguer une réelle tristesse sur leurs visages.

Une délicate attention envers le prêtre du village

Quelques jours plus tôt, lors d’une autre rencontre entre cette autorité religieuse locale et l’Imam, j’avais observé une attention particulièrement délicate de sa part.

Une boîte de gaz, une confiserie iranienne proche du nougat, avait été placée dans la pièce afin d’en offrir aux invités. L’Imam invita le prêtre, d’un geste, à se servir. Celui-ci prit une friandise, mais ne savait manifestement pas comment la manger.

Lorsque l’Imam vit qu’il manipulait maladroitement le morceau de gaz, il me fit discrètement signe de lui montrer comment procéder, sans que l’invité se sente observé.

Je pris donc moi-même une friandise, la manipulai un instant, puis retirai son emballage et la découpai en plusieurs morceaux, afin qu’il puisse m’imiter sans éprouver de gêne.

Les adieux des familles de Neauphle-le-Château

Ce fut ensuite au tour des habitants du village d’entrer, seuls ou en famille, pour prendre congé de l’Imam.

Ils lui exprimaient leurs sentiments avant de repartir. Lorsqu’un enfant les accompagnait, l’Imam lui caressait affectueusement la tête et le visage.

La présence de l’Imam en France avait produit des effets particulièrement intéressants.

À cette époque, le mot “ayatollah” était devenu presque synonyme de contestation et de lutte.

Lorsqu’un mouvement de grève ouvrière éclata dans le sud de la France, à Marseille, les médias représentèrent dans leurs caricatures le dirigeant de cette mobilisation sous le surnom d’“ayatollah Christophe” !

Les derniers jours avant le retour

Durant les derniers jours à Neauphle-le-Château, l’agitation était considérable. Presque tout le monde sentait que cette période touchait à sa fin, sans que personne ne sache clairement ce qui allait se produire.

Lorsque l’Imam annonça son intention de retourner en Iran, l’aéroport de Mehrabad fut fermé sur ordre de Chapour Bakhtiar.

Il était cependant évident que cette tactique était vouée à l’échec dès le départ, car il était impossible de maintenir un aéroport fermé indéfiniment.

Lorsque l’Imam en fut informé, il eut un sourire ironique et déclara :

“Cet homme pense-t-il vraiment pouvoir garder l’aéroport fermé pour toujours ?”

Sur le plan politique, il était également difficile pour Bakhtiar d’assumer publiquement qu’il empêchait des citoyens iraniens de rentrer dans leur propre pays, en particulier une personnalité dont le nom était scandé chaque jour par la population iranienne.

L’Imam avait annoncé qu’il entreprendrait le voyage dès la réouverture des aéroports.

À la suite de la mobilisation populaire et des événements survenus en Iran, les aéroports furent finalement rouverts et le voyage de retour put être organisé.

L’inquiétude entourant le vol

Au cours des derniers jours, des étudiants venus de toute l’Europe, ayant appris que l’Imam allait rentrer en Iran, se rassemblèrent à Neauphle-le-Château.

L’Association islamique avait préparé un lieu pour les accueillir.

Beaucoup étaient anxieux, car personne ne savait exactement ce qui allait se passer.

Plusieurs scénarios étaient envisagés. Certains craignaient que le régime ne prépare un complot pour empêcher l’arrivée de l’Imam, qu’il tente d’abattre l’avion ou de le détourner.

La compagnie aérienne nationale iranienne, Iran Air, avait annoncé qu’elle était prête à transporter l’Imam vers l’Iran.

Cependant, lorsque différentes compagnies aériennes furent contactées, la plupart considérèrent le vol comme trop risqué et refusèrent de l’effectuer. Les rares compagnies qui acceptaient d’assumer ce danger réclamaient des sommes extrêmement élevées.

Il fut finalement décidé d’affréter un avion de la compagnie Air France et de prendre plusieurs autres mesures de précaution.

Une majorité de journalistes à bord

Toutes les grandes agences de presse et les principaux médias furent invités à désigner une personnalité reconnue pour accompagner l’Imam.

Comme un événement historique majeur était sur le point de se produire, le nombre de candidats était naturellement très élevé. Il fut néanmoins décidé que seuls les journalistes et représentants des médias les plus connus pourraient embarquer.

La présence de ces personnalités internationales offrait au vol une forme particulière de protection et de sécurité.

Une autre possibilité était également envisagée : l’avion pouvait être empêché d’atterrir à Téhéran. Il se pouvait aussi qu’aucun autre aéroport, dans les pays voisins ou situés sur l’itinéraire, ne l’autorise à se poser.

L’appareil devait donc disposer d’une quantité de carburant suffisante pour pouvoir, en cas d’urgence, retourner jusqu’à Paris.

Air France proposa par conséquent de réduire le nombre de passagers afin de pouvoir emporter le carburant nécessaire à un éventuel vol de retour. Le nombre maximal de personnes à bord fut ainsi fixé à environ deux cents.

Les passagers autorisés à accompagner l’Imam furent donc limités à un nombre précis : environ 170 d’entre eux étaient des journalistes, des cameramen et des commentateurs politiques de renommée internationale, tandis que les trente autres étaient des proches et des compagnons de l’Imam. »

Extrait de l’ouvrage Mémoires politiques et sociales du docteur Sadegh Tabatabaï, volume 3, pages 204 à 207.

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