Avoirs dégelés et cauchemar politique pour la Maison-Blanche : Bloomberg décrypte le prix élevé du cessez-le-feu avec Téhéran

Avoirs dégelés et cauchemar politique pour la Maison-Blanche : Bloomberg décrypte le prix élevé du cessez-le-feu avec Téhéran

Selon Bloomberg, le déblocage des avoirs iraniens figure parmi les concessions les plus lourdes de l'accord Washington-Téhéran. Une clause qui offre à l'Iran une respiration économique inespérée, tout en exposant Donald Trump à une tempête politique intérieure d'une rare intensité.

Le déblocage des avoirs iraniens gelés est l'une des dispositions les plus sensibles et les plus coûteuses de l'accord récent entre Washington et Téhéran, selon un rapport de Bloomberg. Après des décennies de pression économique, de sanctions et de blocage de milliards de dollars de ressources iraniennes aux quatre coins du globe, cette mesure est devenue l'une des conditions sine qua non pour mettre fin à une guerre de trois mois. Un conflit qui avait gravement menacé l'économie mondiale en restreignant l'accès au pétrole, au gaz et aux engrais chimiques. Conclu le 17 juin en quatorze articles, cet accord oblige Washington à faciliter l'accès total de Téhéran à ses avoirs bloqués.

La concrétisation de cette exigence centrale de l'Iran a déclenché une vague de violentes attaques politiques contre Donald Trump au sein même des États-Unis, plaçant une partie de ses alliés républicains en opposition ouverte à la Maison-Blanche. Il reste toutefois incertain si cet engagement couvre uniquement les avoirs iraniens gelés sur le sol américain, ou s'il englobe également ceux qui sont immobilisés à l'étranger. Les biens détenus aux États-Unis — dont le gel remonte à la révolution de 1979 et à la crise des otages — ont été ramenés à environ 2 milliards de dollars après les accords d'Alger et de longues batailles judiciaires.

En revanche, l'ampleur des avoirs iraniens bloqués hors des États-Unis est bien plus considérable, avec des estimations oscillant entre 24 milliards et plus de 100 milliards de dollars. Ces fonds proviennent en grande partie des recettes pétrolières et gazières qui, selon un rapport du gouvernement australien, représentent entre 30 et 45 % du budget iranien. Ces ressources vitales ont été rendues inaccessibles à Téhéran par l'utilisation que fait Washington de la domination du dollar dans le système financier mondial — les banques étrangères refusant d'en assurer le transfert, de crainte d'être coupées de l'économie américaine. Selon Bloomberg, le déblocage de ces fonds revêt une importance capitale pour une économie qui, avant même la guerre, était déjà étranglée par une inflation galopante, une croissance négative et une crise monétaire profonde.

Le rapport souligne que la crise économique iranienne s'était aggravée bien avant le déclenchement des hostilités : l'effondrement du rial en décembre avait provoqué de vastes manifestations et causé des milliers de morts, une situation que la guerre n'a fait qu'aggraver. Les bombardements américains et israéliens ont détruit les infrastructures iraniennes, tandis que le blocus maritime imposé par Washington a paralysé les exportations — la production de brut iranienne atteignant en mai son niveau le plus bas en cinq ans. Dans ce contexte, le déblocage des avoirs gelés pourrait représenter pour Téhéran non seulement une bouffée d'air financier, mais aussi un levier pour reconstruire les capacités meurtries d'une économie d'après-guerre.

Le dégel des ressources financières iraniennes a néanmoins toujours figuré parmi les lignes rouges de la politique intérieure américaine. Les faucons des deux grands partis soutiennent qu'un allègement de la pression économique sur Téhéran pourrait financer ses ambitions nucléaires, son programme de missiles balistiques et son soutien aux réseaux alliés — Hamas, Hezbollah, Houthis. Barack Obama en avait lui-même fait les frais en 2016, vivement attaqué après le transfert de 400 millions de dollars à l'Iran ; et le plan de Joe Biden visant à libérer 6 milliards de dollars d'avoirs iraniens avait été annulé dans la foulée des attentats du 7 octobre.

Donald Trump, qui avait jadis pourfendu l'accord de 2015 précisément parce qu'il accordait des avantages financiers à Téhéran, se retrouve aujourd'hui contraint de défendre le déblocage des avoirs iraniens. Il avance que ne pas restituer ces fonds saperait la confiance mondiale dans l'investissement en dollars — un argument qui révèle que la Maison-Blanche ne gère pas seulement le dossier iranien, mais s'inquiète plus largement pour la crédibilité de l'architecture financière sous leadership américain. Ses adversaires, à l'image du sénateur Ted Cruz, restent pourtant convaincus qu'allouer des milliards à des ennemis des États-Unis constitue une erreur stratégique désastreuse. C'est précisément ce qui fait du déblocage des avoirs iraniens un véritable cauchemar politique pour la Maison-Blanche.


Source : Jamaran / Bloomberg

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