Le Washington Post : Trump face à une impasse militaire en Iran

Le Washington Post : Trump face à une impasse militaire en Iran

Donald Trump revient de sa rencontre avec Xi Jinping sans solution pour rouvrir le détroit d’Ormuz, alors que le conflit qu’il annonçait comme court s’enlise depuis déjà trois mois.
Selon le Washington Post, les États-Unis ne disposent pas d’option militaire réellement efficace pour « en finir » avec l’Iran sans en payer le prix fort.
Une reprise des bombardements ou une opération terrestre exposeraient Washington à des risques humains, économiques et stratégiques considérables.
Le journal estime en outre que la pression économique exercée sur Téhéran n’a pas produit les effets escomptés.
Au final, le Washington Post juge que Trump n’a pas obtenu de victoire militaire décisive et qu’il lui faudrait reconnaître rapidement cette impasse.

Donald Trump est revenu, comme prévu, de sa rencontre avec le président chinois Xi Jinping sans obtenir de soutien pour la réouverture du détroit d’Ormuz. Il doit désormais trouver une issue à une guerre qu’il avait d’abord décrite comme devant durer « quatre à cinq semaines », mais qui est déjà entrée dans son troisième mois.

Selon un article du Washington Post, Donald Trump ne dispose d’aucune option militaire réellement efficace pour ce qu’il présente comme un moyen « d’en finir » avec l’Iran. La poursuite de l’escalade militaire pourrait au contraire entraîner des coûts humains, économiques et stratégiques extrêmement lourds pour les États-Unis et pour toute la région.

Le quotidien américain souligne que les va-t-en-guerre de Washington pressent Trump de reprendre les bombardements contre l’Iran pour « conclure l’affaire ». Mais, écrit-il, ils surestiment la puissance aérienne américaine et sous-estiment la capacité de riposte iranienne.

Au regard des résultats peu concluants des 38 jours de bombardements conjoints menés par les États-Unis et Israël, rien ne permet d’affirmer qu’une nouvelle campagne aérienne offrirait à Washington un avantage décisif.

Le Washington Post rapporte également, en s’appuyant sur les évaluations du renseignement américain, que l’Iran conserverait encore environ 70 % de ses stocks de missiles d’avant-guerre.

Le journal avertit qu’en cas de reprise des frappes aériennes, notamment contre des infrastructures comme les centrales électriques ou les ponts iraniens, Téhéran riposterait probablement en visant les installations énergétiques de la région, voire les usines de dessalement d’eau. Un tel scénario pourrait provoquer une catastrophe humaine et économique. Dans ce contexte, la hausse d’environ 50 % du prix du pétrole depuis le début du conflit paraîtrait presque dérisoire au regard des conséquences à venir.

L’article ajoute qu’il n’existe aucune raison sérieuse de penser que le fait de viser davantage de dirigeants iraniens rendrait Téhéran plus souple dans d’éventuelles négociations.

Le Washington Post juge également très risqué le recours à une force terrestre. Des plans tels que la prise de l’île de Kharg ou l’accès aux réserves d’uranium enrichi iraniennes exigeraient le déploiement de milliers de soldats sur le territoire d’un pays hostile pendant plusieurs semaines. Une telle opération pourrait devenir l’une des missions les plus vastes et les plus périlleuses jamais confiées aux forces spéciales américaines.

S’agissant d’une éventuelle prise de l’île de Kharg, le quotidien estime que, même si cette option pouvait paraître militairement plus simple, des milliers de Marines américains stationnés sur cette petite île, située à une quinzaine de miles du territoire iranien, deviendraient des cibles faciles pour des attaques iraniennes. De plus, Kharg se trouve à quelque 300 miles du détroit d’Ormuz, ce qui laisse entière la question de l’intérêt stratégique d’une telle opération.

Le journal rappelle ensuite que Trump a préféré, à partir du 13 avril, instaurer un blocus maritime des navires iraniens afin de peser sur l’économie du pays et de contraindre Téhéran à lever les restrictions dans le détroit d’Ormuz. Mais, là encore, cette stratégie n’a jusqu’ici produit aucun résultat tangible.

Selon les estimations du renseignement américain, il faudrait encore au moins trois à quatre mois pour exercer une pression économique suffisamment forte sur l’Iran. Or, la poursuite d’un blocus bilatéral aggrave chaque jour un peu plus les dommages infligés à l’économie mondiale.

Le Washington Post note par ailleurs que l’inflation américaine a atteint 3,8 % en rythme annuel, son niveau le plus élevé de ces dernières années, et que les réserves pétrolières disponibles ont jusqu’ici été le seul rempart contre une crise plus grave. Le Wall Street Journal avertit pour sa part que le monde est en train d’épuiser sa « ceinture de sécurité pétrolière ».

Le quotidien américain estime enfin qu’une tentative militaire de réouverture du détroit d’Ormuz serait d’un coût exorbitant. Citant l’amiral à la retraite James Stavridis, ancien commandant suprême de l’OTAN, il rappelle qu’une telle opération nécessiterait un porte-avions embarquant 80 avions de la Navy, 12 destroyers lance-missiles, 6 chasseurs de mines, 75 avions de l’US Air Force, 35 hélicoptères de l’armée de terre, ainsi que 5 000 à 10 000 soldats déployés sur le littoral iranien.

Mais même un tel engagement militaire ne serait pas exempt de risques majeurs. Dans les eaux étroites du détroit d’Ormuz, où le temps de réaction est très court, les navires américains resteraient vulnérables aux attaques iraniennes. Un seul drone iranien frappant un pétrolier pourrait suffire à faire dérailler l’ensemble de l’opération.

En conclusion, le Washington Post affirme que, contrairement à ce qu’a récemment prétendu Donald Trump, celui-ci n’a pas remporté de « victoire militaire totale » — et qu’il est peu probable qu’il y parvienne un jour. Plus tôt il prendra acte de cette réalité, mieux cela vaudra pour les États-Unis.

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