Farshad Momeni : on ne peut pas cacher la corruption et la thérapie de choc derrière les sanctions

Lors d’une rencontre consacrée aux défis actuels de la politique industrielle iranienne, les économistes Amin Maleki et Farshad Momeni dressent un diagnostic sévère des orientations économiques suivies en Iran. Tous deux estiment que le pays ne peut plus expliquer ses difficultés uniquement par les sanctions, la guerre ou les pressions extérieures : les choix de politique économique, la corruption, les rentes, la spéculation et la faiblesse de la gouvernance jouent également un rôle déterminant.

ID: 87902 | Date: 2026/11/01

Quelles sont aujourd’hui les exigences et les difficultés concrètes de la politique industrielle iranienne ?


Farshad Momeni : « On ne peut pas cacher la corruption et la thérapie de choc derrière les sanctions. Les mafias profitent des politiques inflationnistes tandis que la population en paie le prix. »


Amin Maleki : « Le modèle de distribution des bénéfices des sociétés cotées en Bourse en Iran est erroné. Une politique d’allocation des devises qui ne tient pas compte du comportement des acteurs concernés ne peut pas réussir. »


Lors d’une réunion consacrée aux « dimensions, à l’importance ainsi qu’aux défis intellectuels et pratiques d’une politique industrielle de progrès dans l’Iran actuel », le Dr Farshad Momeni et le Dr Amin Maleki ont critiqué la poursuite de politiques économiques qu’ils considèrent comme ayant échoué.


Selon eux, la thérapie de choc, la libéralisation incontrôlée des prix, les activités improductives et l’octroi de privilèges à certains groupes ont détourné les ressources du pays de la production.


Ils estiment que la lutte contre la pauvreté et le retard technologique suppose de repenser le rôle de l’État, de maîtriser la rente et la corruption, de renforcer la main-d’œuvre et d’accorder davantage de place aux capacités d’innovation nationales.


Amin Maleki : repenser le rôle de l’État dans la politique industrielle


Lors de cette réunion organisée à l’Institut de la religion et de l’économie, le Dr Amin Maleki, universitaire et chercheur en économie industrielle, a expliqué que les approches contemporaines de la politique industrielle accordent une place centrale au rôle de l’État et à la transformation de son organisation vers un modèle fondé sur les missions et le bien public.


Il a organisé son intervention autour de quatre axes.


Le premier porte sur l’évolution des paradigmes de gouvernance depuis 1980 et sur ce qu’il appelle la domination technocratique dans la gouvernance industrielle iranienne.


Le deuxième concerne l’approche fondée sur les missions, ses racines, son architecture de mise en œuvre et ses principaux indicateurs.


Le troisième examine l’expérience du Brésil, en particulier pendant la présidence de Lula.


Enfin, le quatrième présente les cinq piliers d’une politique économique fondée sur les missions et le bien public.


Maleki précise que son objectif est également d’examiner les expériences passées, qu’elles aient réussi ou échoué, afin de parvenir à un modèle d’organisation de l’État et de politique publique mieux adapté aux secteurs où l’Iran a enregistré des résultats positifs.


Du consensus de Washington à la remise en cause de l’État minimal


Pour retracer l’évolution de la gouvernance économique depuis les années 1980, Maleki revient sur le consensus de Washington.


Entre 1980 et 1997, explique-t-il, un paradigme économique s’est imposé, notamment à travers les recommandations formulées par John Williamson en 1989.


Ce consensus comportait dix grands axes, parmi lesquels :


la discipline budgétaire, la révision des priorités de dépenses publiques, la réforme fiscale et l’élargissement de l’assiette fiscale, la libéralisation des taux d’intérêt, l’adoption d’un taux de change compétitif, le soutien à la compétitivité de la production et des exportations, la libéralisation du commerce, l’ouverture aux investissements étrangers, la privatisation et la garantie des droits de propriété.


Maleki rappelle que cette période correspond en partie à la mise en œuvre des premier et deuxième plans de développement en Iran.


À l’époque, ce paradigme constituait le cadre dominant de la politique économique.


Mais l’évolution ultérieure de l’économie mondiale a progressivement ouvert la voie à d’autres approches.


L’émergence du consensus post-Washington


Maleki évoque ensuite la crise financière asiatique de 1997 et le ralentissement de la croissance dans plusieurs économies d’Asie de l’Est.


Selon lui, ces événements ont fragilisé les fondements théoriques du consensus de Washington.


À la suite de ces crises, une nouvelle conception du rôle de l’État et des politiques de développement a été formulée, notamment lors d’une réunion des Nations unies à Helsinki.


C’est ce que l’on a appelé le consensus post-Washington.


Dans cette approche, le développement ne se réduit plus à l’augmentation du revenu.


Il devient également évident qu’un modèle unique de croissance et de développement ne peut pas être appliqué indistinctement à tous les pays.


Les politiques de développement doivent tenir compte de la structure productive, des capacités de l’État, du niveau de développement financier, de la qualité des institutions ainsi que des contraintes politiques et sociales propres à chaque pays.


Dans ce cadre, l’État n’est plus considéré comme un adversaire du marché, mais comme son complément.


La qualité des institutions et de la concurrence devient plus importante que la seule privatisation, et la libéralisation économique doit être accompagnée d’une régulation suffisante.


Le consensus de Barcelone : rechercher un nouvel équilibre entre État et marché


Maleki évoque ensuite la période 2004-2008, pendant laquelle apparaît ce qu’il appelle le consensus de développement de Barcelone.


Cette approche insiste davantage sur la priorité des institutions, l’équilibre entre l’État et le marché, la stabilité macroéconomique et le refus d’une austérité appliquée de manière mécanique.


Elle accorde également une place importante aux politiques contracycliques, c’est-à-dire à la capacité d’adapter la politique économique selon que le pays traverse une période de récession ou de croissance.


Le commerce international doit être au service du développement et la libéralisation commerciale ne produit pas automatiquement des résultats positifs dans les pays en développement.


À la question de la mobilité des capitaux s’ajoute également celle de la mobilité du travail.


Pour Maleki, ces évolutions montrent qu’un véritable paradigme concurrent du consensus de Washington était en train de se former.


La crise financière de 2008 : un tournant majeur


La crise financière mondiale de 2008 constitue, selon Maleki, un tournant majeur.


Elle a remis en cause de nombreuses hypothèses du paradigme précédent et a pratiquement marqué la fin de la domination incontestée du consensus de Washington.


Après cette crise, même les institutions qui avaient contribué à promouvoir ce consensus ont accepté, lors de réunions à Londres, la nécessité d’un nouveau cadre.


Les États du G20 ont eu recours à des interventions publiques explicites pour lutter contre la crise : expansion budgétaire, baisse des taux d’intérêt et utilisation d’instruments monétaires non conventionnels.


Cette évolution correspond, selon Maleki, à un retour vers un rôle plus actif de l’État.


Entre 2011 et 2024, plusieurs autres consensus et cadres de développement ont ensuite émergé.


Il cite notamment l’économie verte et la croissance verte en 2011, la croissance inclusive en 2012, les Objectifs de développement durable en 2015, l’Accord de Paris la même année, puis de nouvelles orientations industrielles à partir de 2017.


Les Objectifs de développement durable ont fixé 17 objectifs à atteindre d’ici 2030.


L’idée centrale est que l’économie doit permettre de sortir les populations de la pauvreté et des privations sociales sans dépasser les limites environnementales.


Après la pandémie de Covid-19, de nouveaux cadres apparaissent encore, jusqu’à un « nouveau consensus de Washington » évoqué en 2023.


L’entrée de la Chine dans l’économie mondiale, les politiques protectionnistes de Donald Trump, puis les politiques industrielles de l’administration Biden, notamment l’Inflation Reduction Act, ont contribué à cette évolution.


Le consensus de Berlin et l’économie fondée sur les missions


Selon Maleki, ces transformations ont conduit à l’apparition d’une nouvelle orientation en Europe, souvent désignée comme le consensus de Berlin ou l’économie fondée sur les missions.


L’objectif n’est plus seulement de maximiser l’efficacité économique.


L’accent est mis sur la prospérité partagée, les emplois de qualité, le soutien aux nouvelles industries, l’orientation de l’innovation vers la création d’une richesse plus inclusive, un nouvel équilibre entre marché et action collective ainsi que le rejet de politiques d’austérité excessives.


La stratégie proposée est une politique industrielle fondée sur des missions concrètes et sur la résolution de problèmes.


L’État, les entreprises et le monde du travail doivent coopérer pour relever les grands défis économiques et sociaux.


Maleki estime que ce type d’approche fait désormais partie du courant dominant de la politique économique occidentale.


Il souligne que le rôle de l’État dans la conception et la mise en œuvre de la politique industrielle est aujourd’hui reconnu dans de nombreux pays.


Cette évolution apparaît même dans l’enseignement de l’économie, notamment au Japon et en Corée.


De l’économie de mission à l’économie du bien public


Maleki explique qu’après les différentes expériences menées au cours des dernières années, l’économie fondée sur les missions a elle-même évolué vers une approche davantage centrée sur le bien public.


L’enjeu consiste à orienter la politique économique afin que les risques supportés collectivement produisent également des bénéfices collectifs.


Il considère qu’entre 1980 et aujourd’hui, plusieurs grandes étapes peuvent être distinguées : Helsinki, Barcelone puis Berlin.


Ces évolutions ont progressivement conduit vers des concepts tels que le bien public, l’économie du bien commun et la politique industrielle fondée sur les missions.


Ces idées influencent désormais la politique économique aux États-Unis, en Europe, dans plusieurs autres économies occidentales et, auparavant déjà, en Chine.


L’Iran resterait prisonnier du paradigme du consensus de Washington


Maleki compare ensuite ces transformations à la situation iranienne.


Selon lui, l’Iran continue largement d’évoluer dans le cadre intellectuel du consensus de Washington alors même que de nombreux pays développés ou en développement ont modifié leur approche.


Il rappelle que l’on retrouve aujourd’hui des politiques industrielles actives aux États-Unis, en Amérique du Sud, dans les États du golfe Persique et en Asie du Sud-Est.


Dans tous ces cas, le rôle de l’État dans la politique industrielle s’est renforcé.


En Iran, au contraire, le paradigme dominant continuerait d’insister sur l’incapacité de l’État et sur l’absence d’une véritable stratégie industrielle cohérente.


Maleki cite plusieurs documents officiels et politiques de la Banque centrale et de l’Organisation du Plan et du Budget.


Il critique notamment l’incompatibilité entre les objectifs fixés et les ressources disponibles.


Selon lui, les politiques publiques sont souvent conçues autour d’objectifs contradictoires, sans que les moyens nécessaires à leur réalisation soient réellement pris en compte.


Les politiques énergétiques continuent de privilégier la thérapie de choc


Maleki critique également certaines politiques de correction des déséquilibres énergétiques.


Selon lui, elles se concentrent excessivement sur l’augmentation des prix.


Dans certains programmes, le coût de ces ajustements se reporte sur des secteurs tels que l’électroménager ou l’industrie automobile, avec des conséquences possibles sur l’emploi et sur la vulnérabilité de la production.


Il estime qu’une autre approche serait possible.


Avant d’augmenter le prix des carburants, il faudrait examiner la mobilité, la part des transports collectifs, les possibilités d’amélioration de l’efficacité énergétique et l’utilisation de nouvelles technologies.


Il serait ainsi possible d’assurer le même niveau de mobilité avec une consommation moindre de carburant.


Les gouvernements changent, mais les politiques restent les mêmes


Maleki observe ensuite que les gouvernements iraniens arrivent au pouvoir avec des slogans différents, mais finissent souvent par appliquer des solutions similaires sur les grandes questions économiques.


Il estime toutefois que l’explication ne doit pas être limitée à l’incompétence de l’État.


Il faut également examiner l’ignorance, l’incapacité d’exécution, les rapports de force et les intérêts des groupes concernés.


Lorsqu’une même politique échoue à plusieurs reprises, il est nécessaire de comprendre pourquoi elle est constamment reproduite.


Il cite les interventions répétées de la Banque centrale sur le marché des changes et les politiques de correction des prix de l’Organisation du Plan comme exemples de cette répétition.


L’un des problèmes résiderait dans l’influence des groupes bénéficiaires.


Lorsque l’État utilise régulièrement ses réserves pour calmer temporairement le marché et que les décisions sont influencées par les intérêts des importateurs, les mêmes politiques produisent mécaniquement les mêmes résultats.


La financiarisation éloigne les capitaux de l’économie productive


Maleki évoque ensuite la financiarisation de l’économie.


À partir du milieu des années 1980, la valeur ajoutée réelle du secteur financier aurait commencé à s’éloigner de celle de l’économie productive.


Cette divergence s’est accentuée jusqu’à la crise financière mondiale.


Il cite l’exemple d’Apple, qui aurait réalisé environ 347 milliards de dollars de bénéfices nets entre 2003 et 2012.


Sur cette somme, environ 27 milliards auraient été consacrés au rachat de ses propres actions et près de 80 milliards à la distribution de dividendes.


Maleki estime qu’une partie importante des ressources des grandes entreprises est ainsi redistribuée aux actionnaires au lieu d’être consacrée à la recherche, à la technologie et aux investissements de long terme.


« Le modèle de distribution des bénéfices des sociétés cotées en Iran est erroné »


Maleki affirme qu’un phénomène similaire existe en Iran.


Il cite plusieurs grandes sociétés industrielles.


La pétrochimie Nouri distribuerait environ 90 à 95 % de ses bénéfices et n’en conserverait que 5 à 10 % pour son développement.


À Pardis Petrochemical, la distribution atteindrait également 85 à 95 %.


Pour Persian Gulf Petrochemical Industries Holding, elle aurait été de 65 à 80 % ces dernières années.


Chez Mobarakeh Steel, ce ratio se situerait entre 40 et 60 %, notamment en raison de certaines obligations d’augmentation de capital.


Pour National Iranian Copper Industries Company, il serait compris entre 50 et 70 %.


Par secteur, les sociétés chimiques et pétrochimiques distribueraient environ 88 à 95 % de leurs bénéfices, contre 65 à 75 % dans l’extraction minière, 55 à 70 % dans les métaux de base et 55 à 65 % dans les produits pétroliers.


Maleki attribue cette situation à plusieurs facteurs : poids des fonds de pension et des grands actionnaires parapublics, risques politiques, incertitude économique et durée très courte des mandats des dirigeants.


Selon lui, les responsables de nombreuses grandes entreprises publiques ou semi-publiques restent en fonction entre un an et demi et trois ans.


Cette brièveté favorise des décisions de court terme et limite l’investissement dans l’innovation, les infrastructures et l’expansion des capacités productives.


L’État doit financer l’innovation, mais aussi partager les bénéfices


Maleki compare ensuite cette situation à celle des économies occidentales où les gouvernements soutiennent directement la technologie et l’innovation par des financements ou des incitations fiscales.


Pour lui, une politique industrielle fondée sur les missions doit fixer à chaque mission un calendrier précis, une échéance et des indicateurs quantifiables.


Il propose plusieurs missions potentielles pour l’Iran : énergies nouvelles et efficacité énergétique, pétro-raffinage et industries en aval, métaux de base, machines avancées, biotechnologies, agriculture et sécurité alimentaire, économie numérique.


Ces missions doivent être reliées les unes aux autres.


Le développement des pétro-raffineries pourrait par exemple être lié aux besoins de la santé et de la technologie, ou encore à la construction de machines avancées par l’intermédiaire d’achats publics garantis.


L’État pourrait également utiliser des contrats de préachat conditionnels et des mécanismes d’assurance pour soutenir les projets de production nationale de catalyseurs stratégiques.


Quatre caractéristiques de la politique industrielle fondée sur les missions


Maleki explique que la première différence avec une politique industrielle traditionnelle réside dans l’orientation de tous les instruments vers un objectif commun.


Un projet ne doit pas être jugé uniquement sur ses résultats propres, mais sur sa contribution à la mission générale et sur sa relation avec d’autres projets.


La deuxième différence concerne le choix des acteurs économiques.


Dans une politique classique, l’État choisit souvent des « gagnants » auxquels il accorde des aides.


Dans une politique fondée sur les missions, il faut plutôt écarter les acteurs incapables de s’aligner sur les objectifs publics et privilégier ceux dont l’activité contribue effectivement à la mission collective.


Le Brésil comme exemple de changement de modèle


Maleki revient sur l’expérience du Brésil.


Depuis 2004, le pays a appliqué plusieurs politiques industrielles : politique industrielle, technologique et commerciale entre 2004 et 2007, politique de développement productif entre 2008 et 2010, puis stratégie nationale pour l’industrie entre 2011 et 2014.


Ces programmes reposaient souvent sur la substitution aux importations, les aides sectorielles et de fortes interventions financières.


Mais, selon Maleki, faute d’objectifs suffisamment précis et de conditions imposées aux bénéficiaires, ils n’ont pas produit tous les résultats attendus.


La nouvelle politique industrielle brésilienne s’appuie davantage sur des problèmes concrets.


Sous la présidence de Lula, avec l’apport notamment de Mariana Mazzucato et de chercheurs de l’UCL, six grandes missions auraient été définies : agriculture industrielle durable et numérique, complexe économique et industriel de santé, infrastructures durables et logement, transformation numérique de l’industrie, décarbonation et transition énergétique, technologies de défense et souveraineté.


Chaque mission comporte des objectifs précis et des échéances.


Cinq enseignements des politiques fondées sur les missions


Maleki estime qu’après plusieurs années d’expérience aux États-Unis et dans l’Union européenne, cinq grands enseignements peuvent être tirés.


Le premier est la nécessité de fixer des objectifs précis au lieu de suivre passivement les résultats du marché.


Les politiques macroéconomiques, le budget, les achats publics et la fiscalité doivent être coordonnés autour de défis clairement définis.


Il cite à nouveau l’exemple de la production nationale de catalyseurs pour la pétrochimie iranienne.


L’objectif était de produire sur le territoire national les principaux types de catalyseurs avant la fin d’un plan quinquennal afin de réduire les risques liés aux sanctions et à la dépendance aux importations.


Sur environ 40 types de catalyseurs utilisés, près de 35 auraient été produits localement, soit plus de 88 % de l’objectif fixé.


Une concurrence innovante plutôt qu’une gestion directe par l’État


Dans ce modèle, l’État ne doit pas nécessairement produire lui-même.


Il définit des objectifs nationaux et crée une demande permettant aux entreprises innovantes d’entrer en concurrence pour apporter des solutions.


Dans le cas des catalyseurs, des entreprises technologiques iraniennes ont pu proposer leurs produits selon des normes exigeantes définies par le secteur pétrolier.


Maleki estime que si le marché avait été laissé totalement libre, les entreprises pétrochimiques auraient probablement continué à importer des catalyseurs européens, notamment en raison d’intérêts commerciaux à court terme et d’activités d’intermédiation.


Les parties prenantes doivent participer avant la mise en œuvre des politiques


Le deuxième pilier est la participation préalable des acteurs concernés.


Les objectifs généraux peuvent être fixés par le sommet de l’État, mais la conception et l’amélioration de la politique doivent aussi se faire de bas en haut.


Entreprises, associations professionnelles, spécialistes, ministères, gouvernement, Parlement et autres institutions doivent participer au processus.


Maleki cite le document britannique de politique industrielle de 2025, préparé à partir d’octobre 2024 avec la participation d’organisations industrielles, universitaires et professionnelles.


Le projet aurait été soumis pendant plusieurs mois aux parties prenantes avant plusieurs révisions et son adoption finale.


Selon lui, une politique industrielle ne doit pas être élaborée exclusivement dans des bureaux fermés par un petit nombre de technocrates.


L’échec des politiques de change lorsqu’on ignore les acteurs concernés


Maleki prend l’exemple des politiques d’allocation de devises destinées à financer certains intrants industriels.


Dans plusieurs cas, malgré l’octroi de devises préférentielles et de ressources importantes, les prix des produits ont continué à augmenter.


Selon lui, une partie de cet échec tient au fait que les différents maillons de la chaîne d’importation et de distribution n’avaient pas été correctement intégrés à la conception de la politique.


Les importateurs auraient bénéficié d’une part trop importante des ressources et du pouvoir de décision.


Il en conclut qu’une politique peut paraître cohérente sur le papier, mais échouer dans la pratique si le comportement réel des groupes concernés n’est pas compris.


Il cite également les crises sociales dans des entreprises comme Haft-Tappeh comme exemple de ce qui peut se produire lorsque l’expérience et les revendications des acteurs de terrain sont ignorées.


Une politique ne peut réussir sans comprendre le comportement des bénéficiaires


Maleki évoque également les politiques agricoles visant à modifier les cultures afin de réduire la consommation d’eau.


Selon lui, proposer des incitations ne suffit pas.


Un agriculteur confronté à un manque de liquidités et à des besoins immédiats de subsistance peut continuer à cultiver des produits très consommateurs d’eau.


Sans connaissance des conditions économiques locales, les politiques conçues techniquement peuvent donc échouer.


Apprentissage collectif et accès ouvert au savoir


Le troisième pilier est l’apprentissage collectif et l’ouverture de la propriété intellectuelle afin de favoriser une création de valeur partagée.


Selon Maleki, il faut éviter un modèle où les ressources publiques prennent en charge les risques tandis que les bénéfices sont entièrement privatisés.


Il cite le réseau iranien de laboratoires de technologies stratégiques, où des équipements coûteux financés par l’État ont progressivement été ouverts à un plus grand nombre de chercheurs et d’entreprises.


Il préconise également le développement de plateformes nationales de données ouvertes et la réduction des monopoles informationnels.


La propriété intellectuelle ne doit pas uniquement servir à créer des barrières ou des rentes.


Elle doit aussi contribuer au développement des capacités nationales.


Dans le domaine pharmaceutique, il évoque les médicaments biosimilaires et la production de vaccins.


Selon lui, certaines réglementations ont permis d’éviter qu’un seul producteur conserve le monopole sur des molécules avancées, notamment certains traitements anticancéreux.


Il affirme qu’environ 98 % des besoins intérieurs dans ces domaines sont aujourd’hui couverts par la production nationale.


Les bénéfices des aides publiques doivent revenir à la société


Le quatrième pilier consiste à répartir en amont les risques et les bénéfices.


Les aides de l’État doivent être assorties de conditions garantissant un avantage pour le public.


Une entreprise qui reçoit des exemptions douanières, des matières premières à prix préférentiel ou d’autres ressources publiques devrait, en contrepartie, prendre des engagements précis concernant le prix et la disponibilité de certains produits stratégiques.


Maleki propose aussi que l’État puisse obtenir une participation dans les bénéfices lorsqu’il assume une partie du risque technologique initial.


Il critique les modèles où l’État finance les premières étapes d’un projet mais où tous les bénéfices de la commercialisation reviennent ensuite au secteur privé.


Il évoque la possibilité de redevances publiques, de fonds renouvelables et de mécanismes obligeant les technologies développées grâce aux budgets universitaires ou publics à reverser une part des revenus issus de leur commercialisation.


Responsabilité démocratique et limitation de la rente dans les entreprises


Le cinquième pilier concerne la responsabilité démocratique à toutes les étapes.


La gouvernance d’entreprise doit limiter l’extraction de rente et la sortie excessive de ressources.


Les entreprises bénéficiant d’aides publiques doivent être responsables devant la société.


Maleki insiste également sur les conditions environnementales.


Il faut passer de contrôles ponctuels à un suivi continu et en temps réel des effets environnementaux des activités industrielles.


Il cite notamment l’obligation faite à certaines industries minières du plateau central d’utiliser des eaux usées traitées.


Dans le domaine du travail, les aides ne devraient pas servir à développer une compétitivité fondée sur la compression des salaires.


Formation professionnelle, conditions de vie durables et protection des travailleurs doivent faire partie des engagements des entreprises aidées.


Les réussites industrielles résultent d’une gouvernance active


Maleki conclut que les réussites industrielles iraniennes ne sont pas uniquement le produit spontané du marché.


Dans plusieurs secteurs, elles ont été rendues possibles par une architecture politique ciblée, une coordination des capacités productives et technologiques et une implication directe de l’État dans l’orientation de l’innovation et de la demande.


Il cite encore le programme de production nationale des catalyseurs pétrochimiques.


Selon lui, les politiques ayant donné les meilleurs résultats sont celles où les aides étaient limitées dans le temps et conditionnées à l’atteinte d’étapes précises.


Lorsqu’une entreprise ne remplissait pas les objectifs fixés, l’aide pouvait être interrompue.


Maleki estime que l’Iran n’a pas suivi les grandes transformations des paradigmes économiques mondiaux.


Des éléments provenant de différentes doctrines ont été accumulés sans former une véritable stratégie cohérente.


Il insiste donc sur la nécessité de mieux comprendre les limites de l’État.


L’échec d’une politique ne signifie pas toujours que l’État ignore ce qu’il faudrait faire.


Il peut savoir mais ne pas pouvoir agir, notamment en raison de groupes d’intérêt, de capacités administratives insuffisantes ou de faiblesses institutionnelles.


« Parfois l’État ne sait pas, parfois il ne peut pas, et parfois il ne sait même pas qu’il ne sait pas », résume-t-il.


Le développement industriel exige le courage d’orienter l’innovation


En conclusion, Maleki évoque l’ouvrage L’économie du bien public.


Le développement industriel ne résulte pas d’une attitude passive face aux résultats aléatoires du marché.


Il suppose que l’État ose orienter l’innovation, créer de la valeur publique avec les acteurs productifs et rééquilibrer le contrat social en répartissant équitablement risques et bénéfices.


Une politique industrielle réussie suppose donc une coopération entre l’État et le secteur privé reposant sur des obligations réciproques.



Farshad Momeni : « On ne peut pas cacher la corruption et la thérapie de choc derrière les sanctions »


Dans la seconde partie de la réunion, le Dr Farshad Momeni, économiste et président de l’Institut de la religion et de l’économie, critique la poursuite de politiques économiques qu’il considère comme ayant échoué.


Selon lui, le redressement de l’économie iranienne nécessite une véritable lutte contre les mafias économiques et un retour à des politiques fondées sur l’intérêt général.


Il affirme que la situation économique et sociale actuelle n’est pas une fatalité.


Les sanctions, la guerre ou une situation intermédiaire entre guerre et paix ne peuvent pas, selon lui, servir d’excuse à des erreurs graves et répétées dans la politique économique.


Il reconnaît cependant que les sanctions et la guerre affectent réellement l’économie.


La question essentielle est la manière dont le pays choisit d’y répondre.


« Notre objection n’est pas que la guerre et les sanctions seraient sans effet. Nous refusons que l’inaction et le découragement de la population soient cachés derrière ces deux mots. »


Guerre et sanctions : crise inévitable ou occasion de renforcer les capacités intérieures ?


Momeni estime que l’histoire des XXe et XXIe siècles montre que la guerre et les sanctions peuvent parfois pousser un pays à renforcer ses capacités internes s’il adopte une stratégie active.


En revanche, dans un environnement marqué par la passivité et la rigidité institutionnelle, même certaines opportunités peuvent produire l’effet inverse.


Il considère que plusieurs débats sur les causes extérieures des difficultés économiques servent parfois à masquer la corruption et les intérêts de certains groupes.


Pour sauver l’économie iranienne, dit-il, le pouvoir ne peut rester passif face à la corruption systémique.


Lorsque la même politique échoue cent fois et qu’elle continue pourtant d’être appliquée sans modification, on ne peut plus expliquer cette situation uniquement par l’ignorance.


Pour lui, cette répétition soulève la question des intérêts qui peuvent bénéficier de ces échecs.


Il évoque la possibilité que certaines parties de la structure du pouvoir soient capturées par des groupes mafieux et qu’elles aient aligné leurs intérêts sur ces groupes plutôt que sur le bien public.


Thérapie de choc et intérêts des groupes bénéficiaires


Momeni considère qu’une grande partie des justifications économiques sert à légitimer des politiques déstabilisatrices, particulièrement les chocs de prix et de taux de change.


Il cite des recherches selon lesquelles l’effet inflationniste de ces chocs et de la capture des décisions par certains groupes pourrait être plusieurs fois supérieur à celui du déficit budgétaire.


S’appuyant sur les travaux de l’économiste Shakeri et sur l’ouvrage consacré à soixante années d’histoire économique iranienne, il affirme que les groupes profitant de la thérapie de choc — mafias, oligarchies, contrebandiers et acteurs liés à des intérêts étrangers — cherchent à présenter le déficit public comme la principale cause des difficultés économiques.


Cette focalisation peut, selon lui, masquer les effets des chocs de change et les irrégularités de certaines banques privées.


« Réduire réellement le budget de l’État sous couvert de réforme »


Momeni critique ensuite le budget 2026-2027.


Il rappelle qu’avec une inflation proche de 50 % et une croissance légèrement négative, le gouvernement avait présenté comme une réforme le fait de limiter la hausse nominale du budget général à 5 %.


Selon lui, si les prix augmentent de 50 % et que le budget ne progresse que de 5 %, la capacité réelle de l’État à exercer ses missions diminue très fortement.


Il estime que cela revient à une réduction d’environ 45 % de la capacité réelle de l’État à remplir ses responsabilités.


Dans une situation où les ménages subissent la hausse des dépenses alimentaires, du logement, de l’éducation et de la santé, il considère qu’une telle réduction ne peut pas être présentée comme une véritable réforme.


Le coût du financement de la production


Momeni souligne également le niveau très élevé des taux d’intérêt en Iran.


Dans les comptes de certaines entreprises productives, le coût du financement peut représenter jusqu’à environ un tiers des dépenses.


Pourtant, observe-t-il, l’impact inflationniste de ces coûts suscite beaucoup moins d’inquiétude que l’augmentation des salaires ou la préservation du pouvoir d’achat des dépenses publiques.


Il dénonce cette différence de traitement.


Lorsque l’État réduit son propre pouvoir d’achat et celui des ménages, dit-il, les ressources sont progressivement transférées vers des groupes bénéficiant de rentes économiques.


La libération des prix au nom du marché


Momeni critique l’attitude des organismes chargés de contrôler les hausses de prix.


Il affirme qu’après chaque choc du taux de change, les prix des marchandises sont immédiatement ajustés alors même que de nombreux produits ont été importés plusieurs mois auparavant avec un taux de change inférieur.


Pour lui, cela pose une question évidente de contrôle et de responsabilité.


Il estime qu’une partie des institutions exécutives, législatives et judiciaires laisse se développer des pratiques de nature monopolistique ou rentière sous le simple nom de « marché ».


Il rappelle que les responsables officiels eux-mêmes reconnaissent que le marché des devises n’est pas un marché parfaitement concurrentiel.


Dès lors, demande-t-il, comment peut-on justifier toute absence de régulation au nom de la liberté du marché ?


Tous les marchés ne sont pas concurrentiels


Momeni insiste sur le fait qu’il n’existe pas un seul type de marché.


Un marché prédateur, un marché produisant des effets destructeurs et un marché concurrentiel fonctionnent selon des règles très différentes.


Tout dépend des institutions et des règles qui les encadrent.


Si les règles permettent une fixation arbitraire des prix ou des abus de position, les conséquences ne peuvent pas être présentées comme des résultats « naturels » du marché.


Le poids de l’État et celui des ménages diminuent


Momeni conteste également l’idée selon laquelle la taille excessive de l’État serait la principale source des problèmes.


Il affirme que la part de l’État dans le PIB iranien serait déjà très inférieure à celle nécessaire pour assurer des fonctions fondamentales comme la sécurité, les biens publics, l’éducation, la santé, le logement, les infrastructures et un niveau minimum de protection sociale.


Il estime que certains groupes d’intérêt poussent pourtant l’État à continuer d’utiliser des politiques qui contribuent elles-mêmes à la crise.


Les profits sans risque empêchent le développement industriel


Pour Momeni, une politique industrielle ne peut réussir que si le coût d’opportunité des activités spéculatives et rentières augmente fortement.


Tant qu’il est possible d’obtenir des rendements élevés et relativement sûrs grâce à l’usure, à la spéculation immobilière, foncière ou à d’autres activités improductives, les capitaux auront peu de raisons de se diriger vers l’industrie.


Il évoque des recherches réalisées en Iran dès les années 1950 et 1960 par des consultants liés à Harvard.


Certaines de ces études concluaient déjà que l’industrialisation de l’Iran resterait difficile tant que les profits élevés sans risque issus de la rente, du foncier et du crédit resteraient plus attractifs que l’investissement productif.


Selon Momeni, la situation s’est encore aggravée aujourd’hui.


La part des ménages dans le PIB aurait fortement diminué


Momeni affirme que dans les années 2000, la consommation finale des ménages représentait environ 50 % du PIB.


Après les chocs de change de 2018-2019, cette proportion aurait chuté vers 40 %, puis vers environ 30 % en 2019-2020.


Il voit dans cette évolution le signe d’un transfert croissant des revenus et des ressources depuis les ménages, les producteurs et même l’État vers les groupes bénéficiant de l’usure, de la spéculation et des importations.


Il qualifie cette situation, dans l’un de ses ouvrages, de « tolérance digne du peuple iranien face à la pauvreté ».


Importations de produits de luxe en période de difficultés économiques


Momeni critique également l’assouplissement de certaines restrictions sur l’importation de produits de luxe.


Dans une période de pression économique, il estime que les besoins essentiels et les priorités productives devraient passer avant les marchandises de luxe.


Il refuse que toutes ces décisions soient justifiées automatiquement par la guerre ou les sanctions sans examiner quels groupes en tirent profit.


Une inflation en glissement annuel de 88 % en octobre


S’appuyant sur des statistiques officielles du Centre iranien des statistiques, Momeni affirme que l’inflation en glissement annuel pour le mois de Mehr, soit septembre-octobre 2026, aurait atteint 88 %, tandis que l’inflation annuelle s’établirait à 76,8 %.


Il rappelle que l’Iran n’est déjà pas parvenu à maîtriser durablement l’inflation à deux chiffres depuis plusieurs décennies.


Il considère qu’en raison de la poursuite des politiques inflationnistes, certaines hausses de prix se rapprochent désormais de niveaux à trois chiffres.


« Penser aux pauvres » tout en détruisant leur pouvoir d’achat


Momeni cite aussi les statistiques officielles concernant plusieurs produits essentiels.


Il affirme que l’inflation en glissement annuel de l’huile végétale aurait atteint 255 %.


Les coûts de transport auraient augmenté d’environ 128 %, tandis que le groupe lait, œufs et fromage aurait enregistré une hausse d’environ 154 %.


Il ironise sur les déclarations des responsables affirmant défendre les catégories pauvres :


« Si penser aux pauvres signifie laisser les mafias augmenter librement les prix, mieux vaudrait peut-être cesser quelque temps de penser ainsi aux pauvres. »


Il appelle à revenir à des débats économiques rationnels, calmes et fondés sur des arguments plutôt qu’à des polémiques présentées comme des débats d’experts.


La part très faible des salaires dans la valeur de la production


Momeni s’intéresse ensuite à la part du travail dans la production industrielle.


Dans les grands établissements industriels, la part des salaires dans la valeur totale de la production aurait été ramenée à environ 7,8 % à la fin des années 2010.


Dans les industries pétrolières, pétrochimiques et chimiques, cette part serait même inférieure à 5 %.


Dans les petites et moyennes entreprises, notamment le textile, l’habillement et le mobilier, elle atteindrait en revanche environ 16,5 %.


Pour lui, ces chiffres montrent qu’il est excessif d’attribuer l’inflation aux augmentations salariales alors que le poids du travail dans les coûts reste souvent limité.


Politique énergétique et suppression des outils de subsistance


Momeni critique également certaines mesures concernant les cartes de carburant.


Il évoque notamment l’annonce de la désactivation des cartes de carburant pour des motos de plus de dix ans et des voitures de plus de vingt-cinq ans.


Il rappelle que pour de nombreux ménages, ces véhicules ne sont pas des biens de loisir mais des outils de travail et de revenu.


Supprimer l’accès à ces moyens de déplacement sans solution alternative peut donc signifier priver certains ménages de leur source de subsistance.


Salaires élevés et énergie abordable : deux piliers de l’industrialisation


Momeni affirme que la littérature internationale sur le développement industriel montre qu’un salaire plus élevé pour la main-d’œuvre productive peut renforcer les incitations à l’innovation technologique.


Dans la structure des coûts productifs, deux facteurs sont selon lui particulièrement importants : des rémunérations suffisantes pour le travail productif et un coût de l’énergie relativement faible.


Or, en Iran, estime-t-il, les politiques suivies vont dans la direction inverse : pression sur les salaires et augmentation du coût de l’énergie.


Il affirme que l’industrie ne peut pas concurrencer les activités improductives tant que l’on ne réduit pas la rentabilité de la spéculation et que l’on ne diminue pas les coûts de transaction auxquels font face les producteurs.


Un immense écart entre la population en âge de travailler et le nombre de personnes employées


Selon Momeni, des rapports officiels de l’Organisation du Plan et du Budget indiquent que sur l’ensemble de la population iranienne en âge de travailler, environ 24 millions de personnes seulement occupent un emploi, tandis que plus de 41 millions ne participeraient pas directement à la production nationale.


Pour lui, le taux de chômage officiel ne suffit donc pas à décrire la situation.


Il faut également examiner le rapport entre la population effectivement employée et l’ensemble de la population en âge de travailler.


Il cite une comparaison portant sur 2016.


Cette année-là, l’Iran comptait environ 79 millions d’habitants, contre environ 82 millions en Allemagne.


L’Allemagne comptait environ 43,6 millions de personnes occupées, contre 22,5 millions en Iran.


Avec seulement trois millions d’habitants supplémentaires, l’Allemagne aurait donc eu près de 21 millions de personnes employées de plus que l’Iran.


La Turquie, dont la population était à peu près équivalente à celle de l’Iran, comptait environ 26,9 millions de personnes en emploi, soit plus de quatre millions de plus que l’Iran.


Quant à la Corée du Sud, malgré une population inférieure d’environ 28 millions de personnes à celle de l’Iran, elle comptait environ quatre millions de personnes employées de plus.


Momeni considère ces chiffres comme le signe d’un immense gaspillage du capital humain.


Pas de développement industriel sans mobilisation du capital humain


Pour Momeni, le développement industriel n’est pas possible tant qu’une part aussi importante de la population en âge de travailler reste éloignée de la production.


Les aides industrielles ne doivent pas devenir de simples privilèges distribués sans conditions.


Elles doivent être orientées vers des objectifs précis et conduire à une utilisation plus complète des capacités humaines et à la création d’emplois productifs.


La production technologique comme réponse à la pauvreté et au retard


Dans la dernière partie de son intervention, Farshad Momeni affirme que la lutte contre la pauvreté et le retard ne peut reposer sur la spéculation, le crédit rentier ou les activités d’intermédiation.


Elle dépend de la production industrielle et technologique.


Il cite l’expérience chinoise.


Selon lui, la Chine est parvenue en environ quatre décennies à sortir près de 750 millions de personnes de la pauvreté.


Ce résultat aurait été obtenu grâce à l’importance accordée à la production et au développement technologique.


Il estime que les réussites iraniennes en matière de localisation technologique, notamment dans la production de catalyseurs, démontrent que les ressources humaines du pays peuvent produire des résultats importants lorsque les intérêts mafieux sont écartés.


Les politiques inflationnistes reposent sur une vision pessimiste de la société


Momeni critique enfin une politique économique qui traiterait la société comme si chaque citoyen était avant tout un spéculateur cherchant à exploiter les opportunités de profit.


Il affirme au contraire que la très grande majorité des Iraniens sont disposés à participer à la production et au développement si les conditions adéquates leur sont offertes.


Il évoque également les difficultés entourant la publication de certaines données relatives à la pauvreté pour l’année 2025-2026.


Selon lui, si les responsables éprouvent de la gêne face à l’ampleur de la pauvreté, leur priorité ne devrait pas être de cacher les statistiques, mais d’arrêter les politiques qui favorisent anormalement les usuriers, les intermédiaires et certains importateurs au détriment de la population et de la production.


La transparence des données est, estime-t-il, indispensable pour permettre aux chercheurs et aux experts d’évaluer correctement les dommages et de proposer des solutions.


Momeni conclut en appelant les responsables à utiliser davantage les capacités intellectuelles et scientifiques du pays et à redonner une place aux spécialistes qui, malgré leurs compétences, ont été marginalisés ou découragés par les politiques suivies.


Selon lui, nombre de politiques économiques toujours appliquées en Iran ont été remises en cause depuis plusieurs décennies dans les pays où elles avaient été conçues.


Leur maintien en Iran servirait, à ses yeux, les intérêts de groupes restreints tandis que leurs coûts seraient supportés par la population et les producteurs.