Aboulfath : l’accord récent entre Trump et Poutine aura peu d’effet sur les problèmes énergétiques des États-Unis

Selon l’analyste des affaires internationales Amir Ali Aboulfath, le récent accord énergétique conclu entre les États-Unis et la Russie ne devrait pas apporter de solution importante aux difficultés énergétiques américaines.

ID: 87703 | Date: 2026/10/12

Il estime également qu’il serait exagéré d’interpréter cet accord comme un abandon de l’Iran par Moscou.


Aboulfath souligne que l’accord pourrait même se retrouver dans une impasse dans les prochaines semaines et que son principal effet pourrait se limiter à offrir un léger répit politique aux républicains à l’approche des élections.


Une pénurie de diesel qui pèse sur l’économie américaine


Dans un entretien accordé à Jamaran, Amir Ali Aboulfath revient sur l’accord conclu récemment entre Washington et Moscou concernant l’approvisionnement en carburant.


Selon lui, les États-Unis, comme le marché mondial, font actuellement face à une pénurie de diesel.


Cette situation provoque une forte hausse des prix des carburants et exerce une pression considérable sur l’économie américaine, particulièrement dans les secteurs des transports et de l’agriculture.


À l’approche des élections au Congrès, cette hausse des prix constitue également un problème politique pour le Parti républicain.


Aboulfath estime que l’accord entre les États-Unis et la Russie peut améliorer la situation dans une certaine mesure, puisqu’il permettra à Washington de couvrir une partie de ses besoins et pourrait contribuer à faire baisser le prix du diesel.


Mais, selon lui, cet accord se heurte à trois difficultés importantes.


Premier problème : des volumes insuffisants


Le premier problème concerne les quantités de carburant prévues.


L’accord ne permettra pas de fournir aux États-Unis tout le diesel dont ils ont besoin et ne devrait donc pas entraîner une baisse importante des prix.


Dans la première phase de l’accord, la Russie devrait exporter environ 500 000 tonnes de diesel, mais seule une partie de ce volume serait vendue aux États-Unis.


Selon Aboulfath, cette quantité ne représenterait qu’environ une demi-journée de consommation américaine.


C’est notamment pour cette raison que le prix du diesel n’a pas baissé autant que Donald Trump l’espérait.


Deuxième problème : l’opposition de l’Ukraine


Aboulfath souligne ensuite que l’accord russo-américain a provoqué le mécontentement de l’Ukraine.


Selon lui, la Russie aurait posé comme condition à ses exportations de diesel l’arrêt des attaques ukrainiennes contre ses raffineries.


Kyiv refuse toutefois cette exigence.


Peu après l’annonce de l’accord, l’Ukraine aurait de nouveau attaqué une raffinerie russe, ce qui aurait accentué la colère de Donald Trump à l’égard de Volodymyr Zelensky.


Pour Aboulfath, les actions de l’Ukraine constituent donc le deuxième obstacle à la mise en œuvre durable de l’accord.


Troisième problème : les oppositions aux États-Unis


Le troisième obstacle se trouve, selon lui, à l’intérieur même des États-Unis.


L’accord a été critiqué aussi bien par des démocrates que par des républicains.


Certains de ses détracteurs le présentent même comme un "cadeau d’anniversaire de Trump à Poutine".


Compte tenu de cette opposition politique, Aboulfath considère qu’il sera difficile de maintenir l’accord sur la durée.


Il résume ainsi la situation :


"Il est possible que, dans une ou deux semaines, la mise en œuvre de cet accord se retrouve complètement bloquée. Son seul effet pourrait alors être de servir de faible calmant politique aux républicains à l’approche des élections."


Trump pourrait durcir le ton contre Zelensky


Aboulfath revient également sur les récentes déclarations de Donald Trump selon lesquelles l’Ukraine aurait désormais besoin d’un nouveau président.


Selon lui, Trump pourrait adopter à l’avenir une attitude plus dure envers Volodymyr Zelensky.


Il estime toutefois que le président américain dispose de peu de moyens pour imposer ses choix au dirigeant ukrainien.


L’Ukraine bénéficie en effet d’un soutien important au sein des deux grands partis américains.


Une grande partie de l’aide apportée à Kyiv repose également sur des décisions prises par le Congrès, ce qui limite la capacité du président à les modifier seul.


Zelensky peut par ailleurs compter sur le soutien européen, ce qui lui permet d’atténuer une partie des pressions exercées par Trump.


Pour cette raison, Aboulfath juge peu probable que les déclarations de Trump en faveur d’un départ de Zelensky puissent rapidement se concrétiser.


Il rappelle également qu’en raison de la guerre, l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle en Ukraine demeure problématique.


Selon lui, Zelensky pourrait choisir d’attendre la fin des élections au Congrès américain, moment où la pression de Trump pour obtenir une baisse rapide du prix du diesel pourrait diminuer.


Une médiation européenne pourrait ensuite contribuer à normaliser les relations entre Washington et Kyiv.


Ce que la Russie cherche à obtenir


Pour Aboulfath, la Russie poursuit avant tout des objectifs politiques et militaires à travers cet accord avec les États-Unis.


Sur le plan politique, il permettrait à Moscou de sortir partiellement de l’isolement dans lequel elle se trouve depuis plusieurs années et de revenir sur la scène internationale comme un acteur capable d’influencer le marché énergétique.


Sur le plan militaire, si Trump parvenait à convaincre Zelensky de suspendre les attaques contre les infrastructures énergétiques russes, l’accord représenterait aussi un avantage pour Vladimir Poutine.


En revanche, Aboulfath considère que l’intérêt économique de l’opération pour la Russie reste limité.


Les attaques récentes ont réduit les stocks russes de diesel, ce qui pourrait expliquer pourquoi Moscou n’injecte pas des volumes très importants de carburant sur le marché dans le cadre de cet accord.


Les revenus supplémentaires générés pour la Russie devraient donc rester relativement modestes.


L’accord ne signifie pas que la Russie tourne le dos à l’Iran


Certains observateurs estiment que cet accord pourrait réduire l’importance stratégique du détroit d’Ormuz et représenter, par conséquent, une forme de recul russe vis-à-vis de l’Iran.


Aboulfath rejette cette lecture.


Il explique que les États-Unis ne dépendent pas fortement du détroit d’Ormuz pour leur approvisionnement en diesel.


Selon lui, la guerre contre l’Iran et la fermeture de cette voie maritime ont surtout contribué à faire augmenter les cours mondiaux du pétrole, sans être la principale cause de la hausse du prix du diesel aux États-Unis.


Le problème principal auquel Trump est confronté reste, selon l’analyste, l’augmentation du prix du diesel, qu’il relie avant tout à l’intensification de la guerre en Ukraine.


Aboulfath souligne par ailleurs que l’accord russo-américain ne provoquera pas l’arrivée d’un volume massif de diesel sur le marché.


Il ajoute que les mesures concernent uniquement les sanctions liées au diesel russe.


Les sanctions imposées à la Russie dans le domaine des exportations de pétrole brut restent, elles, en vigueur.


L’accord ne devrait donc pas provoquer de baisse significative du prix du pétrole.


Il conclut :


"On ne peut donc pas dire que la Russie ait abandonné l’Iran."