Les "trois actes décisifs" de l’Imam Khomeini dans le commandement de la Défense sacrée

L’une des questions les plus controversées et les plus complexes dans les débats consacrés aujourd’hui à la guerre Iran-Irak concerne la manière dont le conflit a pris fin. L’acceptation de la résolution 598 a constitué une décision politique et stratégique majeure, au centre de laquelle se trouvait l’Imam Khomeini.

ID: 87491 | Date: 2026/09/18

Portail de l’Imam Khomeini – Note 90 Mohammad Sadegh Darvishi


Trente-huit années se sont écoulées depuis le décès du fondateur de la République islamique d’Iran, l’Imam Khomeini. En 3 Khordad 1361 → 24 mai 1982, la société iranienne s’était transformée en une immense communauté endeuillée, acceptant la volonté divine.


Quelques mois auparavant, les huit années de guerre imposée avaient pris fin. La population, et particulièrement les combattants, n’avait pas encore eu le temps de s’adapter à cette nouvelle situation lorsque l’Imam disparut.


Une grande partie de ses vingt et une années de leadership s’est ainsi déroulée dans le contexte de la guerre imposée et du rôle qu’il y exerça en tant que commandant.


Dans une société politique, la qualité du leadership et de la gestion prend toute son importance dans les périodes de crise. Dans certaines circonstances, la manière dont une société est dirigée peut déterminer toute une époque.


Sous cet angle, la guerre Iran-Irak mérite une analyse qui, selon l’auteur, a jusqu’à présent reçu moins d’attention qu’elle ne le devrait.


Trois éléments principaux peuvent être pris en compte pour comprendre cette guerre : le rôle de la population, la culture et les convictions de la société, ainsi que le sujet traité ici, à savoir la direction politique et le commandement du conflit.


Lorsque l’Imam Khomeini dirigeait la société iranienne, le pays traversait une succession de crises susceptibles de menacer son existence : mouvements séparatistes, groupes politiques armés, tentative de coup d’État contre la Révolution, assassinats de responsables du régime et autres violences.


Ces événements plaçaient la direction politique du pays devant de sérieuses difficultés.


Mais c’est surtout l’invasion du territoire iranien par l’Irak et le déclenchement d’une guerre de grande ampleur qui, selon l’auteur, révélèrent pleinement la nature de son leadership et sa manière de commander.


À partir du 31 Shahrivar 1359 → 22 septembre 1980, l’Imam Khomeini dut ainsi exercer simultanément deux fonctions décisives : celle de dirigeant politique et celle de commandant militaire.


Son action pendant la guerre peut être analysée à travers trois moments : le début du conflit, sa poursuite et sa fin. Selon l’auteur, chacun de ces moments fut marqué par une décision déterminante directement liée à la conception religieuse et politique de l’Imam Khomeini.


Le début de la guerre : faire naître un esprit de défense nationale


Une question revient souvent lorsqu’on étudie cette période : comment des jeunes élevés sous le régime du Shah ont-ils pu mener la guerre avec un tel degré de confiance en eux et de foi en Dieu ?


Pour l’auteur, cette question tend à minimiser le rôle joué par l’Imam Khomeini avant même la Révolution.


Les années de lutte contre le régime monarchique ont participé à la formation spirituelle et religieuse de la génération qui allait ensuite prendre part à la guerre.


L’action politique de l’Imam ne se limitait pas à renverser le Shah. Elle avait également contribué à former une génération de jeunes attachés à une conception religieuse de la justice et de la société.


Selon l’article, cette évolution a joué un rôle majeur dans la capacité de l’Iran à résister à l’armée irakienne, un élément que Saddam Hussein n’aurait pas suffisamment pris en compte.


Si l’on observe la méthode de lutte adoptée par l’Imam à partir de 1341 → à partir de 1962-1963, un principe apparaît clairement : la population occupait une place centrale dans les actions politiques et sociales.


Après la répression sanglante du 15 Khordad 1342 → 5 juin 1963, de nombreux groupes politiques, révolutionnaires et armés étaient apparus en Iran : l’Organisation des Moudjahidine du peuple, les Fedayin du peuple, différents groupes communistes armés et d’autres mouvements.


L’auteur estime que l’Imam Khomeini se distinguait de ces organisations par un point essentiel : sa stratégie reposait avant tout sur la présence de la population.


C’est donc dans les années précédant la Révolution qu’il faudrait rechercher les origines de cet "esprit de défense nationale généralisée" qui s’est manifesté au moment de l’invasion irakienne.


L’Imam s’opposait alors au recours à l’assassinat, à la lutte armée et à la violence, convaincu que la présence de la population finirait par faire pencher la balance.


Cette confiance accordée au peuple durant la lutte contre le Shah, qui aboutit à la victoire de la Révolution islamique, fut de nouveau mise à contribution au début de la guerre.


Selon l’article, le premier acte décisif de l’Imam fut donc de faire émerger cet esprit de défense nationale.


Au début du conflit, l’implication directe de la population permit également de dépasser certaines méthodes militaires classiques héritées de l’époque du Shah, qui s’étaient montrées peu adaptées aux premières phases de la guerre.


La défense du pays s’appuya alors largement sur la mobilisation populaire.


L’auteur décrit cette décision comme un choix majeur, qui permit l’apparition de nouvelles formes de créativité, de courage, de réflexion et de résistance.


Il résume cette transformation par une image : les jeunes qui, sous le régime du Shah, étaient invités à profiter des plages de la mer Caspienne devinrent ensuite les plongeurs engagés dans les opérations sur l’Arvand.


La poursuite de la guerre : savoir écouter et accepter les avis


Après la libération de Khorramshahr, le 3 Khordad 1361 → 24 mai 1982, la communauté internationale, selon le texte, ne répondit pas suffisamment aux revendications iraniennes concernant la condamnation de l’Irak, le paiement de réparations et d’autres demandes.


La question d’une entrée sur le territoire irakien, afin de poursuivre et de punir l’agresseur, devint alors centrale parmi les responsables militaires et politiques.


Les commandants du Corps des gardiens de la Révolution, de l’armée régulière et les responsables politiques chargés de la guerre considéraient qu’un arrêt des opérations à la frontière n’était pas justifié sur le plan militaire.


L’Imam Khomeini estimait lui aussi que la guerre devait continuer, mais il était opposé, dans un premier temps, à l’entrée des forces iraniennes en Irak.


Plusieurs raisons lui étaient attribuées.


Premièrement, l’entrée de forces iraniennes en territoire irakien pouvait renforcer la motivation de l’armée baasiste. Jusque-là, une partie de la population irakienne ne soutenait pas Saddam Hussein parce que son armée se trouvait sur le territoire iranien. Une entrée de l’Iran en Irak pouvait modifier cette situation et pousser davantage d’Irakiens à soutenir leur gouvernement.


Deuxièmement, l’Iran disposait encore d’une position favorable sur le plan international, puisque l’agresseur se trouvait sur son territoire. Une entrée des forces iraniennes en Irak pouvait permettre à d’autres pays d’accuser l’Iran d’occupation.


Troisièmement, les civils irakiens risquaient d’être touchés. Pour l’Imam, les populations qui n’avaient pas participé aux combats ne devaient pas être victimes de la guerre.


Enfin, l’entrée en Irak pouvait pousser davantage de pays arabes à se ranger ouvertement derrière Saddam Hussein. Des États qui n’étaient jusque-là pas pleinement alignés sur lui pouvaient alors adopter une position commune au nom de la solidarité arabe.


Les responsables militaires comprenaient ces préoccupations, qu’elles soient religieuses, morales, politiques ou stratégiques.


Ils faisaient cependant valoir qu’une défense efficace serait difficile si les forces iraniennes restaient arrêtées à la frontière, derrière l’Arvand.


Ils considéraient aussi que si l’Irak savait que l’Iran refusait catégoriquement de franchir sa frontière, il bénéficierait d’une forme de sécurité stratégique qui lui permettrait de concentrer ses forces et de préparer une nouvelle offensive.


Selon l’article, la solidité de ces arguments militaires conduisit l’Imam Khomeini à accepter les avis de ses commandants et experts.


Les forces iraniennes pénétrèrent ainsi sur le territoire irakien.


L’auteur estime que si cette décision n’avait pas été prise, une autre question aurait pu se poser plus tard : pourquoi, alors que l’Iran se trouvait en position de force et que la communauté internationale ne défendait pas ses droits, aurait-il dû se contenter du retrait de Saddam Hussein sans chercher à poursuivre ni sanctionner l’agresseur ?


La fin de la guerre : une leçon durable de responsabilité


La fin de la guerre reste l’un des sujets les plus débattus de l’histoire du conflit Iran-Irak.


L’acceptation de la résolution 598 du Conseil de sécurité fut une décision politique et stratégique majeure dont la responsabilité finale revint à l’Imam Khomeini.


Lui-même compara cette décision au fait de "boire une coupe de poison".


Pour l’auteur, elle révèle néanmoins ce qu’il considère comme une forte capacité de jugement politique, de réalisme et de prise en compte de l’intérêt supérieur du pays.


La résolution 598 restait éloignée de plusieurs revendications de la République islamique d’Iran, mais elle apportait néanmoins des éléments nouveaux.


Selon l’article, elle ouvrait notamment la voie à une identification de l’agresseur et à une éventuelle sanction.


Alors que les précédentes résolutions parlaient principalement de la "situation entre l’Iran et l’Irak", la résolution 598 faisait davantage référence à une situation de conflit et de guerre.


Elle introduisait également, pour la première fois selon l’auteur, un mécanisme susceptible de conduire à une paix, et non à un simple cessez-le-feu maintenant la situation existante.


Dans cette perspective, l’article considère la résolution 598 comme une avancée politique et juridique pour l’Iran.


Lorsqu’elle fut adoptée, environ un an avant son acceptation par l’Iran, les forces iraniennes contrôlaient encore plusieurs secteurs importants du territoire irakien.


Fao et Shalamcheh avaient notamment été conquises après les opérations Valfajr 8 et Karbala 5.


Selon l’auteur, il est donc difficile de nier que l’Iran se trouvait alors en position de force, notamment durant l’hiver 1365 → hiver 1986-1987.


Contrairement à d’autres résolutions, l’Iran ne rejeta pas immédiatement la résolution 598.


Mais il ne l’accepta pas non plus, notamment en raison de sa méfiance à l’égard du système international.


Des négociations se poursuivirent afin de clarifier plusieurs dispositions du texte, tandis que l’Iran souhaitait continuer la guerre et obtenir de nouveaux succès militaires afin de garantir davantage ses droits.


La situation évolua cependant.


Les grandes puissances accordèrent un soutien croissant à l’Irak, qui reprit plusieurs territoires auparavant contrôlés par les forces iraniennes.


Dans le même temps, la situation militaire et économique de l’Iran devint plus difficile.


La résolution 598, élaborée à une époque où l’Iran disposait encore d’un rapport de force favorable, resta alors sur la table comme possibilité de mettre fin au conflit.


L’auteur estime qu’un retard supplémentaire dans son acceptation aurait pu encore détériorer la situation de l’Iran.


Dans ce moment particulièrement sensible, où peu de responsables étaient prêts à assumer la responsabilité politique de mettre fin à la guerre, l’Imam Khomeini accepta la résolution et en assuma personnellement les conséquences.


L’article présente cette responsabilité comme l’un des éléments fondamentaux de sa manière de diriger.


Selon cette lecture, son action pendant la guerre repose autant sur la volonté de renforcer la confiance nationale et l’unité de la société que sur sa capacité à participer aux décisions décisives, à écouter les avis des spécialistes et à assumer la responsabilité des choix finaux.


Après l’acceptation de la résolution, l’Irak ne respecta pas immédiatement le cessez-le-feu et reprit des attaques de grande ampleur dans l’ouest et le sud.


La population iranienne, qui avait auparavant montré certains signes de fatigue après plusieurs années de conflit, se mobilisa de nouveau massivement sur les fronts.


Cette mobilisation contribua à repousser la dernière offensive irakienne.


L’étude de la guerre Iran-Irak sous l’angle du commandement et du leadership reste encore insuffisamment développée.


L’Imam Khomeini se trouvait physiquement loin du champ de bataille, souvent dans une pièce simple, mais son rôle ne peut être réduit à cette distance géographique.


L’auteur attribue à sa conception religieuse du leadership, à son insistance sur l’autonomie, au recours à la raison, à l’esprit de sacrifice et à la résistance une influence importante sur les combattants.


Il conclut en rappelant une déclaration prononcée par l’Imam Khomeini après la guerre :


"Nous n’avons pas regretté la guerre, même un seul instant. Nous avons combattu pour accomplir notre devoir. Le résultat n’est pas essentiel. Dans cette guerre, nous avons brisé le prestige des superpuissances..."


Source : Centre des documents et des recherches sur la Défense sacrée