Pezeshkian à l’ONU : "Nous sommes prêts au dialogue, mais nous n’accepterons pas le langage de la force"

Le président iranien Massoud Pezeshkian a déclaré devant l’Assemblée générale des Nations unies que l’Iran ne demanderait l’autorisation de personne pour assurer sa défense. Il a affirmé que son pays ne craignait pas la guerre, qu’il ne fuyait pas les négociations en vue de la paix et qu’il refusait aussi bien l’arme nucléaire que toute privation de son droit à la connaissance et à la technologie nucléaires.

ID: 87461 | Date: 2026/09/23

Il a également dénoncé ce qu’il considère comme un double standard : selon lui, Israël possède l’arme nucléaire sans être soumis aux mêmes inspections que l’Iran.


"Trump et les autres qui veulent nous imposer leur volonté doivent savoir que nous sommes prêts au dialogue, mais que nous n’accepterons pas le langage de la force", a-t-il déclaré.


Selon  l’agence de presse Jamaran, le président iranien a consacré une grande partie de son intervention aux attaques subies par l’Iran, à la situation régionale, au programme nucléaire, à la Palestine et à la place de la puissance militaire dans la stratégie de défense du pays.


Pezeshkian a déclaré venir d’un pays où une école avait été bombardée et des enfants tués. Il a également évoqué Lamerd, qu’il a décrite comme une petite ville iranienne où un complexe sportif fréquenté par des enfants a été frappé par des bombes à sous-munitions américaines.



Il a poursuivi :


"Nos scientifiques ont été tués, ainsi que des citoyens, des femmes et des enfants innocents. Ceux qui sont eux-mêmes des terroristes et qui forment des terroristes nous qualifient de terroristes."


Le président iranien a affirmé que son pays n’avait fait que se défendre.


"Notre peuple a été la cible d’attaques qui nous ont été imposées. Les États-Unis et Israël nous ont attaqués, mais notre peuple a résisté avec force. Nous n’avons pas visé des populations civiles. Nous avons frappé les territoires d’où les attaques contre notre pays étaient parties."


Il a ensuite abordé la situation à Gaza, affirmant que plus de 80 000 personnes y avaient été tuées et accusant Israël de génocide.


"Puis ils qualifient les autres de terroristes. Sommes-nous les responsables de l’instabilité parce que nous voulons vivre de manière indépendante ? Ceux qui commettent ces crimes seraient-ils, eux, les artisans de la paix ?"


Pour Pezeshkian, cette situation a conduit l’Iran à faire de la puissance défensive une priorité.


"Nous avons compris que nous avions besoin de puissance, parce qu’un peuple incapable de se défendre est écrasé."


Il a affirmé que l’Iran n’avait attaqué aucun autre pays depuis deux siècles et avait toujours agi dans une logique défensive.


"Notre stratégie consiste donc à devenir suffisamment forts pour nous défendre. Nous ne voulons pas de puissance pour agresser les autres. Nous voulons l’énergie pour notre développement, pas pour menacer les sociétés."


Le président a également évoqué la mobilisation de la population iranienne au cours des sept derniers mois.


"Depuis sept mois, les Iraniens sont présents jour et nuit dans les rues. Notre peuple est notre force."


Il a estimé que l’Iran devait devenir suffisamment puissant pour que sa survie et son développement ne puissent être menacés.


"Nous devons aussi être suffisamment responsables pour ne pas utiliser notre puissance afin de dominer les autres, et suffisamment clairvoyants pour ne pas rechercher notre sécurité dans l’insécurité de nos voisins."



Sur le plan militaire, Pezeshkian a présenté les capacités défensives iraniennes comme un moyen de dissuasion.


"Nous avons construit notre système de défense pour que personne ne puisse imaginer que le bombardement des villes iraniennes restera sans réponse. La puissance militaire de l’Iran est destinée à la défense. Mais nous le disons clairement : nous ne demanderons l’autorisation de personne pour défendre notre pays."


"Ni arme nucléaire, ni privation de la connaissance nucléaire"


Le président iranien a ensuite consacré une partie de son discours au programme nucléaire.


"Depuis des années, on parle du programme nucléaire pacifique de l’Iran uniquement en termes de centrifugeuses, d’enrichissement, de sanctions et de bombe. Pourtant, pour notre peuple, la technologie nucléaire fait partie du droit au développement."


Il a affirmé que cette technologie avait des applications dans plusieurs domaines.


"L’énergie nucléaire sert au traitement de nos patients, contribue à la sécurité alimentaire dans l’agriculture, soutient la technologie industrielle et peut fournir une électricité stable pour l’avenir."


Pezeshkian a déclaré que l’Iran refusait que la connaissance nucléaire reste le privilège de quelques pays.


"L’Iran ne considère pas l’arme nucléaire comme une source de sécurité, mais il ne renoncera pas à son droit à la science, à l’industrie et à l’énergie nucléaire pacifique. Nous le disons clairement : ni arme nucléaire, ni privation de la connaissance nucléaire."


Selon lui, le dossier nucléaire ne peut être réglé par la guerre.


"La solution réside dans un accord qui donne au monde des garanties crédibles sur le caractère pacifique du programme iranien et qui garantisse au peuple iranien le respect de ses droits."


La sécurité régionale et les voisins de l’Iran


Pezeshkian a ensuite présenté la coopération régionale comme un autre axe de la politique iranienne.


"Nous vivons dans une région où la guerre ne connaît pas de frontières. La crise d’un pays se propage à ses voisins. C’est pourquoi l’Iran ne considère pas ses voisins comme des concurrents en matière de sécurité. Nous voulons des voisins forts."


Il a également évoqué le détroit d’Ormuz.


Selon lui, il n’est pas acceptable que tous puissent profiter de cette voie maritime alors que l’Iran serait privé, en raison des sanctions, de la pleine jouissance de la liberté de navigation, y compris dans ses propres eaux.


Il a critiqué le transport d’armes, de missiles et d’explosifs dans la région ainsi que la présence permanente de flottes militaires qu’il a qualifiées d’hostiles.


"Le déploiement permanent de flottes hostiles et l’extension de la guerre n’apportent pas la sécurité. On ne peut assurer la sécurité de la navigation en compromettant celle des pays riverains."


La Palestine et Gaza


Le président iranien a ensuite abordé la question palestinienne.


"La Palestine reste une blessure dans la conscience de la communauté internationale et Gaza demeure le symbole de l’échec des mécanismes internationaux à empêcher les souffrances des civils."


Il a rappelé que des résolutions étaient adoptées depuis des décennies alors que, l’occupation et les violences continuaient.


"Nous ne pouvons pas parler de paix tout en ignorant la Palestine. Une paix durable en Asie occidentale ne pourra pas exister sans justice pour la Palestine."


Pezeshkian a affirmé que tant que l’occupation, l’agression et l’injustice persisteraient, la résistance continuerait sous différentes formes.


Il a poursuivi :


"Si vous chassez quelqu’un de sa terre, il résistera. Si vous bombardez sa maison, il résistera. Que voulez-vous qu’il fasse ? Qu’il accepte qu’on lui impose la force ? Qu’il accepte d’être chassé de son foyer et reste silencieux face à cette agression ? Et s’il cherche à se défendre, on le qualifierait alors de terroriste ?"


Selon lui, les problèmes de la région doivent d’abord être réglés par les pays de la région eux-mêmes.


"L’indépendance stratégique signifie qu’aucune relation avec une puissance étrangère ne doit devenir un moyen de faire la guerre à son voisin."


"Nous ne craignons pas la guerre et nous ne fuyons pas les négociations"


S’adressant ensuite à ceux qu’il tient pour responsables des attaques contre l’Iran, Pezeshkian a déclaré :


"Notre peuple a connu directement leur puissance militaire et les conséquences de leurs décisions destructrices. Ils ont testé la résistance de l’Iran et savent désormais qu’ils ne peuvent pas contraindre l’Iran à se soumettre par la guerre."


Il a soutenu que l’Iran n’avait jamais déclenché de guerre et avait toujours montré sa disponibilité pour la négociation.



"La guerre nous a été imposée, mais nous avons montré que nous ne craignons pas la guerre lorsqu’il s’agit de nous défendre et que nous ne fuyons pas les négociations lorsqu’il s’agit de rechercher la paix. Nous resterons debout jusqu’au bout pour défendre notre cher Iran."


"La bombe nucléaire est en Israël, mais les inspecteurs sont en Iran"


Le président iranien a ensuite dénoncé ce qu’il considère comme l’existence de doubles standards dans le système international.


"La bombe atomique et les autres armes de destruction massive de cette région se trouvent entre les mains du régime israélien, mais c’est à l’Iran que l’on demande d’accepter les inspections."


Il a affirmé qu’Israël possédait l’arme nucléaire, n’était pas membre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et n’avait jamais ouvert son territoire aux inspections dans les mêmes conditions.


"Je le répète : la bombe atomique est en Israël, mais les inspecteurs sont en Iran. Israël tue, mais c’est l’Iran qui est sanctionné."


Pezeshkian a ajouté que les sanctions touchaient les populations, notamment les pauvres et les malades.


"Si nous recherchons réellement la justice, nos amis et nos adversaires doivent être jugés selon les mêmes critères."


Il a insisté sur le fait que l’Iran ne demandait aucun privilège particulier.


"L’Iran ne demande pas de traitement spécial. Il demande l’égalité des droits et accepte les responsabilités qui en découlent."


"Un monde qui ne comprend que le langage de la force ne connaîtra pas une sécurité durable"


Selon Pezeshkian, l’histoire iranienne a enseigné au pays qu’un État dépourvu de moyens de défense reste exposé au danger.


Mais il a également mis en garde contre un monde gouverné exclusivement par les rapports de force.


"Un monde dans lequel on ne peut survivre sans puissance est dangereux. Mais un monde qui ne comprend que le langage de la puissance ne connaîtra jamais une sécurité durable."


Il a estimé que si le droit international n’était appliqué que lorsqu’il correspondait aux intérêts des États les plus puissants, davantage de pays finiraient par considérer leur propre puissance comme le seul moyen d’assurer leur sécurité.


"Ce serait le commencement d’un monde plus dangereux pour nous tous."


Le président iranien a appelé à empêcher ce qu’il a présenté comme un retour à la politique de la force.


"Nous ne devons pas permettre au XXIe siècle de devenir l’époque du retour à la domination des plus puissants. Nous ne devons pas construire un monde où la puissance militaire remplace la légitimité, où les sanctions remplacent la diplomatie, où l’assassinat remplace la politique et où la guerre remplace le dialogue."


"L’Iran tend la main au monde"


Pezeshkian a ensuite déclaré que l’Iran restait ouvert à la coopération internationale.


"L’Iran tend la main au monde. Nous n’appelons pas à une nouvelle guerre, mais à la paix et à la justice. Nous le faisons non par faiblesse, mais parce que nous avons confiance dans notre propre force et parce que nous savons que personne ne pourra obtenir seul la sécurité dans cette région."


Il a résumé cette idée en une formule :


"Soit nous construirons ensemble la sécurité, soit nous subirons ensemble l’insécurité."


Il a appelé à un avenir dans lequel la sécurité, la justice et la dignité humaine seraient reconnues comme des droits communs à tous les peuples.


"Un avenir dans lequel aucune nation ne sera marginalisée, aucune voix ne sera étouffée par le vacarme de la puissance et aucune puissance ne pourra décider de l’avenir des autres à leur place."


Pour Pezeshkian, l’ordre international doit reposer sur l’égalité des nations, la justice, l’équité et une volonté commune.


"Une paix qui n’est pas destinée à tous n’est pas une véritable paix, et une justice qui ne s’applique pas à tous n’est pas la justice."


Un message adressé à Donald Trump


Dans la dernière partie de son discours, le président iranien est revenu sur les déclarations prononcées la veille par le président américain.


Il les a décrites comme l’expression d’une logique de contrainte qu’il juge contraire à la Charte des Nations unies.


"Il doit savoir que les menaces rendent notre peuple plus uni, plus fort et renforcent la résistance des Iraniens."


Pezeshkian a affirmé que le peuple iranien ne s’inclinerait pas devant la contrainte.


"C’est ce que Trump et tous ceux qui veulent nous imposer leur volonté doivent comprendre."


Il a conclu :


"Nous sommes prêts au dialogue, mais qu’ils sachent que nous n’accepterons pas le langage de la force."