Ô échanson, emplis ma coupe de ce vin, Afin que de mon âme s'effacent le souci de l'honneur et celui du nom.
Verse dans ma coupe ce vin qui anéantit l'âme, Et arrache de mon être le germe de la ruse et du piège.
Donne-moi ce vin qui libère mon âme de ses propres chaînes, Qui prend les rênes de mon être et renverse mon rang.
Donne-moi ce vin qui, dans la retraite des amants affranchis des convenances, Brise mes prosternations et bouleverse mes prières.
Tu n'étais pas dans le sanctuaire des beaux visages de la taverne, Car à chaque ouverture où je m'avance, une fleur retient mes rênes.
J'irai rejoindre le cercle des anciens, oublieux d'eux-mêmes, Peut-être arracheront-ils de mon âme, par le vin, mes pensées immatures.
Ô messager léger de ceux qui voguent sur la mer du néant, Porte depuis moi jusqu'à cette vallée maritime mes louanges et mon salut.
Par la coupe, j'achève cette lettre du néant dans le néant ; Dis au vieux maître du monastère : contemple la beauté de ma fin.