Le récit de Tahereh Dabbagh sur la transmission du message de l’Imam Khomeini à Mikhaïl Gorbatchev

En janvier 1989, l’Imam Khomeini confia à une délégation composée de l’ayatollah Abdollah Javadi Amoli, de Mohammad Javad Larijani et de Marzieh Hadidchi Dabbagh la mission de transmettre personnellement son message historique à Mikhaïl Gorbatchev. Tahereh Dabbagh raconte les préparatifs de ce voyage, les réactions du dirigeant soviétique pendant la lecture de la lettre et la portée spirituelle et politique de cette initiative.

ID: 86547 | Date: 2026/08/12




L’Imam avait précisé que la lettre devait être transmise et expliquée, et non simplement remise avant le retour de la délégation.


L’ayatollah Javadi Amoli commença donc à la lire. M. Larijani traduisait ses paroles en anglais, puis l’interprète de M. Gorbatchev les traduisait en russe.


Adossé à son fauteuil, Gorbatchev écoutait certains passages avec un profond étonnement. À plusieurs moments, il se montra visiblement contrarié et son visage s’empourpra.


Il nota une ou deux questions. À la fin de la lecture, il demanda à l’ayatollah Javadi Amoli :


« L’Imam nous a invités à embrasser l’islam. Pouvons-nous, nous aussi, inviter l’Imam au communisme ? »


Qui était Marzieh Hadidchi Dabbagh ?


Marzieh Hadidchi, connue sous les noms de « sœur Tahereh » ou de « Mme Dabbagh », fut une militante politique opposée au régime Pahlavi et engagée dans la lutte armée.


Elle commença ses activités militantes en 1970. En 1974, après avoir été arrêtée à deux reprises par la Savak et avoir subi de violentes tortures, elle quitta clandestinement l’Iran avec un faux passeport.


En France et au Royaume-Uni, elle participa à des grèves de la faim organisées en soutien aux prisonniers politiques iraniens. Elle distribuait également les déclarations de l’Imam Khomeini parmi les pèlerins.


L’essentiel de ses activités à l’étranger concernait cependant l’apprentissage de la lutte de guérilla en Syrie et au Liban.


Lorsque l’Imam séjourna à Paris, elle le rejoignit. Après la victoire de la Révolution islamique, elle exerça notamment les fonctions de commandante du Corps des gardiens de la révolution islamique à Hamedan et de responsable des prisons pour femmes de Téhéran.


Elle fut également la première commandante des forces du Corps des gardiens dans l’ouest de l’Iran. Elle représenta durant trois mandats les populations de Téhéran et de Hamedan au Parlement, dirigea la mobilisation féminine à l’échelle nationale et enseigna à l’École supérieure Shahid Motahhari.


En janvier 1989, Marzieh Dabbagh fit partie de la délégation envoyée en Union soviétique sous la direction de l’ayatollah Javadi Amoli pour transmettre à Mikhaïl Gorbatchev le message de l’Imam Khomeini.


Au moment de cet entretien, elle occupait également des responsabilités au sein de l’Association des femmes de la République islamique d’Iran et avait participé à la fondation de l’Association de défense de l’Intifada.


« Vous avez été choisie parmi les femmes »


Mme Dabbagh raconte ainsi les circonstances dans lesquelles elle fut désignée pour cette mission :


« À cette époque, en plus de mon mandat de députée au Parlement, j’étais responsable des prisons pour femmes de la province de Téhéran.


Durant les jours où le Parlement ne siégeait pas, je me rendais chaque jour dans l’une des prisons.


Un jour, alors que j’effectuais une visite à la prison de Katchouï, mon nom fut annoncé par les haut-parleurs. Je fus quelque peu inquiète et me rendis immédiatement au bureau concerné.


On m’informa que feu Hadj Ahmad Agha avait téléphoné.


J’achevai mes tâches avant midi et me rendis à Jamaran.


Hadj Ahmad Agha me dit :


“L’Imam a rédigé une lettre destinée à M. Gorbatchev. Parmi les femmes, vous avez été choisie pour faire partie de la délégation. L’ayatollah Javadi Amoli et M. Javad Larijani ont également été désignés. Tenez-vous prête à partir dès que l’Imam en donnera l’ordre.”


Comme toute personne placée dans une telle situation, je me demandai un instant quelle pouvait être la raison de cette lettre.


Pourquoi l’Imam voulait-il écrire à l’Union soviétique, un pays communiste dont il rejetait l’idéologie ? Souhaitait-il établir des relations avec elle ?


Cependant, nous étions habitués à suivre pleinement, sans condition, les directives de l’Imam et de l’autorité religieuse. Je me préparai donc à accomplir la mission. »


Les interrogations suscitées par cette mission


Elle poursuit :


« La résolution mettant fin à la guerre venait d’être acceptée et la période de reconstruction du pays commençait.


Toutes les tendances et tous les groupes politiques se demandaient si l’Iran allait solliciter l’aide de pays étrangers pour reconstruire les régions détruites.


Certains se demandaient pourquoi l’Imam semblait avoir choisi un pays communiste, alors qu’aucune aide n’avait été demandée aux États-Unis, au Royaume-Uni, à la France, à l’Allemagne ou à d’autres pays.


Beaucoup pensaient que cette initiative pouvait entraîner de sérieux dangers. La mission faisait donc l’objet d’une grande sensibilité. »


« Rédigez aussi vos testaments »


Marzieh Dabbagh se souvient du départ :


« Le lendemain, ou peut-être le surlendemain, nous nous rendîmes à l’aéroport avec l’ayatollah Javadi Amoli et le docteur Larijani.


Feu Hadj Ahmad Agha était également présent. Avec son humour habituel, il nous dit :


“Rédigez vos testaments avant de partir !”


L’Imam lui-même avait évoqué plusieurs risques possibles. L’avion pouvait être détourné vers les États-Unis ou Israël, être abattu, ou les autorités soviétiques pouvaient nous arrêter après la transmission du message.


Le monde entier voulait connaître le contenu de la lettre. Même en Iran, seules quelques personnes savaient ce qu’elle contenait. »


La découverte du contenu de la lettre


« Après le décollage, nous avons accompli la prière de midi et pris notre repas.


L’ayatollah Javadi Amoli nous remit ensuite la lettre afin que nous puissions la lire.


Nous comprîmes immédiatement qu’elle était d’une nature entièrement différente de ce que nous avions imaginé.


Il ne s’agissait pas d’une demande d’aide ni d’un message concernant les affaires gouvernementales ou la guerre.


La lettre parlait de Dieu, du Prophète, de l’être humain, de l’humanité et de questions spirituelles fondamentales.


Après l’avoir lue, j’éprouvai le sentiment qu’un immense honneur m’avait été accordé.


Toutes les inquiétudes qui m’habitaient disparurent. Les hypothèses que nous avions formulées auparavant furent entièrement effacées de notre esprit.


Nous ressentions une grande dignité à l’idée de porter le message d’un homme d’une telle stature.


Une interrogation demeurait cependant : quelle serait la réaction des Soviétiques face à une lettre qui remettait en cause soixante-dix années de construction idéologique communiste et dans laquelle l’Imam déclarait entendre le bruit des os du communisme en train de se briser ? »


L’arrivée en Union soviétique


Mme Dabbagh poursuit :


« À notre arrivée en Union soviétique, plusieurs responsables vinrent nous accueillir. Le chef du protocole personnel de M. Gorbatchev était présent.


Lorsque cet homme vit mon tchador ainsi que l’abaya et la longue tenue religieuse de l’ayatollah Javadi Amoli, il sembla déconcerté. Il ne comprenait manifestement pas à quel genre de délégation il avait affaire.


Selon l’usage diplomatique, le bouquet préparé pour l’accueil doit normalement être remis au chef de la délégation.


Pourtant, le responsable me tendit les fleurs. J’avais l’impression que ses mains tremblaient et qu’il ne savait plus exactement ce qu’il faisait.


Je remis donc le bouquet à l’ayatollah Javadi Amoli.


Nous montâmes ensuite dans un véhicule qui nous conduisit près du Kremlin, dans une résidence destinée aux invités de haut rang.


Comme nous ne pouvions pas consommer les repas servis sur place, les membres de notre ambassade nous conduisirent à l’ambassade d’Iran.


Nous y avons mangé, tenu une courte réunion, puis regagné notre lieu de résidence.


L’atmosphère me paraissait si inquiétante que, même lorsque je voulais accomplir mes ablutions, je le faisais sous mon tchador. J’avais l’impression que les murs et les portes étaient couverts d’yeux électroniques. »


La rencontre avec Gorbatchev


« Le lendemain matin, nous partîmes rencontrer Gorbatchev.


À notre entrée dans le palais, nous ne fûmes soumis à aucune fouille corporelle. Nous fûmes traités avec beaucoup de respect jusqu’à notre arrivée dans son bureau.


La pièce de Gorbatchev était extrêmement simple.


Au départ, notre ambassadeur n’avait pas été autorisé à participer à la réunion. Les membres de la délégation insistèrent cependant pour qu’il soit présent, et il fut finalement admis dans la salle. »


Une lettre à transmettre, et non à simplement remettre


Tahereh Dabbagh décrit ainsi le déroulement de la réunion :


« L’Imam avait ordonné que le message soit transmis, et non que nous remettions simplement la lettre avant de repartir.


L’ayatollah Javadi Amoli commença donc à lire le texte. M. Larijani traduisait en anglais, puis l’interprète de Gorbatchev traduisait l’anglais en russe.


Gorbatchev était adossé à son fauteuil. Il écoutait certains passages avec étonnement.


À plusieurs moments, son visage s’empourprait et il paraissait très contrarié.


Il nota une ou deux questions.


À la fin de la lecture, il demanda à l’ayatollah Javadi Amoli :


“L’Imam nous invite à l’islam. Pouvons-nous, nous aussi, inviter l’Imam au communisme ?” »


La réponse de l’ayatollah Javadi Amoli


« L’ayatollah Javadi Amoli lui répondit immédiatement, avec calme et gravité :


“Ne supposez pas que l’Imam s’adresse uniquement à votre personne.


Sa préoccupation concerne les peuples et les nations qui vivent depuis des années sous la domination du communisme et qui n’ont pas le courage d’élever la voix.


Maintenant que vous avez entrepris une démarche de changement, l’Imam vous conseille de la poursuivre jusqu’à son terme.”


Gorbatchev demanda ensuite :


“Dans un passage, l’Imam évoque les personnes qui vivent sous l’oppression. Cela ne constitue-t-il pas une intervention dans les affaires des gouvernements ?”


L’ayatollah Javadi Amoli répondit :


“Depuis l’endroit où nous sommes assis jusqu’à sept étages sous terre, tout peut appartenir à l’Union soviétique. Les sept niveaux du ciel peuvent également lui appartenir.


Mais il n’est pas ici question d’ingérence dans votre territoire ou dans vos eaux.


Les êtres humains n’appartiennent à personne pour que l’on puisse parler d’ingérence à leur sujet. L’être humain se situe au-delà de ces considérations.


L’Imam parle de l’homme et de l’humanité.


Il invite vos savants et vos philosophes à venir à Qom, à dialoguer avec nos savants, à connaître l’être humain et sa véritable valeur, et à restituer aux peuples les droits qui leur ont été retirés.” »


Selon Mme Dabbagh, Gorbatchev ne parvint pas à répondre. Son visage devint rouge et il renonça à poser sa question suivante.


Un retour immédiat en Iran


« Lorsque la lecture de la lettre prit fin, nous nous levâmes pour prendre congé.


Après avoir quitté le Kremlin, nous montâmes directement dans un véhicule en direction de l’aéroport.


L’Imam avait ordonné à la délégation de ne visiter aucun lieu : nous devions uniquement transmettre le message et revenir.


Nous avons accompli collectivement la prière de midi à l’aéroport, puis nous sommes rentrés en Iran.


La scène de cette prière collective était étonnante. Un grand nombre de personnes s’étaient arrêtées dans l’aéroport pour nous regarder. »


Le rapport présenté à l’Imam


Quelques jours après leur retour, les membres de la délégation furent convoqués par l’Imam Khomeini pour lui présenter leur rapport.


Mme Dabbagh raconte :


« L’Imam nous posa plusieurs questions auxquelles les membres de la délégation répondirent.


Il demanda :


“Lequel d’entre vous a observé les réactions suscitées par la lettre ?”


Je répondis :


“C’est moi qui les ai observées, car je n’étais pas occupée à lire ou à traduire.


Le passage concernant les personnes opprimées vivant en Union soviétique fut très difficile à entendre pour Gorbatchev.


Il fut également profondément troublé lorsque vous lui avez demandé d’envoyer ses savants à Qom pour discuter avec nos chercheurs.”


Le visage de l’Imam s’éclaira légèrement et il manifesta sa satisfaction. »


Les regrets attribués plus tard à Gorbatchev


Tahereh Dabbagh rapporte que, dix ou douze ans plus tard, Gorbatchev aurait déclaré à un journaliste venu l’interroger :


« Je regrette de ne pas avoir mieux compris, à l’époque, la lettre de l’Imam. Si je l’avais mieux comprise, l’Union soviétique n’aurait peut-être pas connu ce destin. »


Mme Dabbagh souligne que les jeunes générations devraient aujourd’hui encore étudier attentivement ce message, notamment à travers l’ouvrage L’Appel du monothéisme de l’ayatollah Javadi Amoli.


Une « lettre monothéiste »


Évoquant le ton du message adressé à Gorbatchev, elle explique :


« L’ayatollah Javadi Amoli a choisi une expression très belle pour désigner cette lettre. Sur la couverture de son ouvrage, il a écrit :


“Lettre monothéiste de l’Imam Khomeini à M. Gorbatchev.”


En réalité, il est difficile de trouver un être humain qui ne reconnaisse absolument aucune réalité située au-delà du monde matériel.


Les personnes attachées aux religions identifient cette puissance à Dieu et placent en Lui leur confiance.


Même les matérialistes, malgré leur interprétation matérielle de toutes choses, manifestent parfois une inclination vers le spirituel et l’immatériel.


Les idolâtres qui vivaient avant le Prophète avaient placé leurs idoles dans la Kaaba parce qu’ils ressentaient le besoin de s’appuyer sur une réalité qui les dépassait. Ils savaient qu’ils ne se suffisaient pas à eux-mêmes et ne pouvaient résoudre seuls toutes leurs difficultés.


Lorsque l’Imam rédigea cette lettre, il parla d’une réalité supérieure à l’être humain, et non de lui-même.


Il ne disait pas : “C’est moi qui vous ordonne d’agir de telle manière.”


Il proposait à Gorbatchev d’envoyer les savants soviétiques auprès des chercheurs de Qom afin qu’ils étudient ce que Mollâ Sadra avait apporté à la philosophie ou ce qu’Ibn Arabi avait développé dans le domaine de la mystique.


L’Imam ne cherchait pas à mettre sa propre personne en avant.


Lorsqu’un homme se libère de son ego et ne considère plus que Dieu, sa parole peut exercer une influence sur tous les esprits.


Si la lettre de l’Imam possédait une telle ampleur dans son rapport aux questions sociales, c’est parce qu’elle parlait de Dieu et du Créateur, et non du “moi” d’un homme qui se présenterait comme le chef d’une révolution. »


Une vision anticipant la chute de l’Union soviétique


Mme Dabbagh souligne également la portée prospective du message :


« Cette lettre révélait à la fois la clairvoyance de l’Imam et sa maîtrise des réalités de son époque.


À ce moment de l’histoire, personne dans le monde n’imaginait réellement l’effondrement prochain de l’Union soviétique. »


Elle met en évidence trois idées importantes du message.


Dans un premier passage, l’Imam souhaitait à Gorbatchev et au peuple soviétique bonheur et prospérité. Il constatait qu’avec son arrivée au pouvoir, une nouvelle période de révision, de transformation et de confrontation avec les réalités semblait avoir commencé en Union soviétique.


Il soulignait que le courage manifesté par Gorbatchev face aux réalités du monde pouvait être à l’origine de profondes transformations et bouleverser les équilibres internationaux.


Selon Mme Dabbagh, l’Imam cherchait ainsi à l’encourager à poursuivre la démarche de réforme qu’il avait commencée.


Dans un autre passage, l’Imam mettait en garde Gorbatchev contre la tentation de se tourner aveuglément vers l’Occident :


« Il est possible que les méthodes erronées et les mauvaises pratiques des anciens dirigeants communistes dans le domaine économique vous fassent apparaître le monde occidental comme un jardin verdoyant, mais la vérité se trouve ailleurs. »


L’Imam avertissait ainsi que le modèle occidental pouvait n’être qu’un autre instrument de domination. Gorbatchev ne devait pas sortir d’un piège pour tomber dans un autre.


Enfin, l’Imam proposait que les spécialistes soviétiques étudient, en plus de la philosophie occidentale, les œuvres de Farabi, d’Avicenne, de Mollâ Sadra et des grands maîtres de la pensée philosophique et mystique islamique.


Il cherchait ainsi à conduire les savants soviétiques vers les questions du monothéisme et de la connaissance de Dieu à travers la philosophie et la mystique.


Les effets internationaux du message


À la question de savoir quels effets ce message avait produits dans le monde, Mme Dabbagh répondit :


« Je me suis rendue au Royaume-Uni pour y recevoir des soins médicaux. J’y ai rencontré deux jeunes étudiants qui m’ont expliqué qu’ils s’étaient convertis à l’islam après avoir découvert le message de l’Imam Khomeini à Gorbatchev.


Ils avaient même choisi cette lettre comme sujet de mémoire universitaire en sociologie.


L’Imam était véritablement un homme de Dieu. Il avait été formé dans l’université de l’islam.


Tout au long de sa vie politique, il accorda toujours une place essentielle à la guidance spirituelle.


Il possédait une manière d’expression particulière et connaissait remarquablement bien ses interlocuteurs.


Si l’on analyse ce message dans sa dimension de guidance, on constate qu’il exerça une influence considérable. Son axe principal était le monothéisme, et cette invitation parvint aux oreilles du monde entier.


Il suffit de considérer les peuples autrefois placés sous la domination soviétique et les mouvements qu’ils entreprirent ensuite en faveur de leur indépendance et de leur liberté. »


Un témoignage venu d’Amérique latine


Mme Dabbagh évoque également une visite dans un pays d’Amérique latine :


« Dans l’un des pays où je me rendis, il n’existait qu’une petite communauté composée de onze musulmans.


L’un d’entre eux dirigeait la prière et les dix autres priaient derrière lui. Ils accomplissaient également ensemble la prière du vendredi, et toute la population locale les connaissait.


Je demandai à leur imam :


“Connaissez-vous l’Imam Khomeini ?”


Il me montra une photographie de l’Imam datant de sa jeunesse, probablement de l’année 1963, lorsqu’il avait été arrêté.


Je lui demandai jusqu’à quel point il connaissait l’Imam.


Il me répondit :


“Avant sa lettre à Gorbatchev, je le connaissais peu. Je savais seulement qu’il était un homme engagé dans la lutte, qu’il vivait en Iran et qu’il avait été exilé.


Mais après la publication de cette lettre, j’ai compris qu’il était le prophète de notre époque. J’ai expliqué à plusieurs reprises le contenu de son message aux musulmans de notre région.”


Ainsi, même dans un pays aussi éloigné, la lettre était parvenue et avait exercé une influence profonde. »


Lors d’une visite en Chine, des musulmans l’interrogèrent également, après la prière collective, sur le contenu et la signification du message.


Selon elle, ces témoignages montrent que la lettre ne joua pas seulement un rôle en Union soviétique, mais également dans de nombreuses autres régions du monde, où elle permit à plusieurs personnes de retrouver leur identité spirituelle.


Pourquoi une délégation non diplomatique ?


À la question de savoir pourquoi le message n’avait pas été envoyé par les voies diplomatiques habituelles, mais transmis par une délégation essentiellement religieuse et intellectuelle, Mme Dabbagh répondit :


« Cette décision révèle précisément l’objectif de l’Imam.


Une lettre monothéiste destinée à guider les êtres humains ne pouvait pas être enfermée dans un cadre diplomatique ordinaire.


L’Imam était le guide d’une communauté, et non simplement un président de la République ou un Premier ministre.


Il avait compris une réalité que le reste du monde ne saisirait que plusieurs années plus tard.


Si cette lettre avait été envoyée comme un simple message politique, elle n’aurait jamais produit le même effet. »