Le récit de Gholamali Rajaei sur les pèlerinages de l’Imam Khomeini à Karbala lors de l’Aïd al-Adha, de l’Aïd al-Fitr et du jour d’Arafat

Durant ses années d’exil à Najaf, l’Imam Khomeini associait étroitement activité intellectuelle, engagement politique, discipline personnelle et pratiques spirituelles. Ce recueil de témoignages évoque son humilité, sa simplicité, son attention aux autres et son profond attachement aux sanctuaires des Ahl al-Bayt. À l’occasion des grandes dates religieuses, notamment l’Aïd al-Adha, l’Aïd al-Fitr et le jour d’Arafat, il se rendait à Karbala pour visiter le sanctuaire de l’Imam Hussein.

ID: 86544 | Date: 2026/06/15




Portail de l’Imam Khomeini : Le 13 Mehr 1344 du calendrier iranien, correspondant au 5 octobre 1965, sous la pression exercée sur le régime du Chah par des savants religieux, des universitaires et plusieurs organisations internationales, l’Imam Khomeini fut transféré de Turquie à Najaf avec son fils, Mostafa Khomeini.


Durant près de treize années, il poursuivit à Najaf ses activités d’enseignement et de rédaction, malgré les difficultés, les pressions et les persécutions. Il continua également à informer la population des actes du régime Pahlavi et publia plusieurs déclarations contre le Chah, notamment à l’occasion des célébrations du 2 500ᵉ anniversaire de la monarchie perse.


L’Imam Khomeini n’était pas seulement un dirigeant politique. Dans son foyer, il était un père et un époux affectueux ; parmi ses compagnons, un ami fidèle ; et au sein du clergé, un savant profondément spirituel.


Sa vie constitue un exemple pour tous, indépendamment de leur position ou de leur fonction. Son affection, son courage, son esprit de sacrifice, sa sobriété, son détachement matériel, sa discipline, son respect des droits d’autrui et sa générosité rappelaient les qualités du Prophète de l’islam et de l’Imam Ali.


Le détachement à l’égard des honneurs


À Najaf, l’Imam dirigeait la prière à la grande école de feu l’ayatollah Boroujerdi.


Une année, des pèlerins iraniens qui avaient pu rejoindre l’Irak depuis l’Arabie saoudite vinrent à cette école dans l’espoir de rencontrer l’Imam.


Après plusieurs heures d’attente, ils l’accueillirent au moment de la prière du coucher du soleil par des acclamations, des salutations religieuses et des larmes de joie.


Après la prière, lorsque l’Imam quittait l’école, la foule se mettait à marcher derrière lui. Il demandait alors respectueusement aux gens de ne pas le suivre dans les rues et les ruelles.


Beaucoup auraient pu apprécier d’être ainsi entourés et d’attirer l’attention. Mais telle n’était pas la conduite de l’Imam, qui demeurait détaché de ce genre de manifestations. [1]


Toujours le premier à saluer


Un jour, les étudiants de l’Imam arrivèrent avant lui dans la salle de cours.


Ils regardaient attentivement la porte et se préparaient à le saluer dès son entrée. Pourtant, ils furent une nouvelle fois surpris : à peine la porte s’était-elle ouverte qu’ils entendirent déjà la salutation de l’Imam.


Ils ne comprirent même pas s’il avait d’abord franchi la porte avant de saluer ou s’il avait prononcé la salutation avant d’entrer. [2]


Une attitude généreuse envers les opposants


L’un des collaborateurs du bureau de l’Imam à Najaf raconte :


« J’avais un jour à me plaindre du comportement de l’une des personnes présentes. Je suis allé en parler à l’Imam.


Il me raconta alors l’histoire d’un homme qui était venu le voir et lui avait adressé toutes sortes d’insultes. Malgré cela, tant que cet homme était resté dans la région, l’Imam avait continué à lui envoyer une aide financière. »


Face aux insultes de ses adversaires, l’Imam adoptait ainsi une attitude généreuse, comparable à celle de l’Imam Ali et de l’Imam Hassan. [3]


Son amour pour le peuple


L’Imam éprouvait une affection profonde pour la population. Il ne supportait pas que les gens subissent la moindre difficulté à cause de lui, même lorsqu’il s’agissait simplement de les écarter pour lui ouvrir un passage.


Seyyed Ali Shahroudi, fils de l’ayatollah Shahroudi, racontait avoir vu un jour l’Imam pris au milieu d’une foule très dense dans le sanctuaire de l’Imam Ali. À chaque instant, il risquait de tomber et d’être piétiné.


Deux personnes chargées de l’accompagner se tenaient derrière lui. Seyyed Ali Shahroudi leur demanda pourquoi elles n’intervenaient pas. Elles répondirent :


« Nous n’osons pas. L’Imam ne nous autorise pas à écarter les gens pour lui ouvrir le passage. »


Seyyed Ali Shahroudi s’avança alors et commença à déplacer les fidèles tout en les invitant à réciter des salutations religieuses. Mais l’Imam lui frappait doucement le dos de la main pour lui demander d’arrêter.


Un autre étudiant raconte une scène semblable au sanctuaire de l’Imam Hussein :


« J’ai vu l’Imam bloqué au milieu d’une foule de pèlerins, incapable d’avancer. Je me suis précipité pour lui ouvrir un chemin.


Il protesta et m’ordonna d’arrêter, mais je continuai malgré tout. Je remarquai alors qu’il n’avait pas emprunté le passage que je lui avais dégagé. Il avait changé de direction et poursuivait son chemin au milieu de la foule. » [4]


Humilité et modestie


À Najaf, il arrivait que l’Imam remarque, depuis la terrasse, qu’une lumière était restée allumée dans la cuisine ou dans les sanitaires.


Il ne demandait jamais à son épouse ni aux autres personnes présentes de descendre l’éteindre. Il descendait lui-même trois étages dans l’obscurité, éteignait la lampe, puis remontait.


Lorsqu’il avait besoin d’un stylo ou d’une feuille se trouvant au deuxième étage, il ne demandait à personne, pas même à ses petits-enfants, de les lui apporter. Il se levait, montait les escaliers et allait lui-même chercher ce dont il avait besoin. [5]


Son opposition à la médisance et à la calomnie


Lorsque l’Imam assistait à une réunion publique, personne n’osait médire d’autrui ou formuler une accusation injuste. Une atmosphère spirituelle dominait l’assemblée.


Même au cours des réunions privées, personne n’osait parler négativement d’une tierce personne.


L’Imam répétait souvent :


« Je n’accepte pas que quelqu’un médise d’autrui dans la salle de réception de ma maison. »


Il s’opposait fermement à toute forme de médisance.


L’un de ses étudiants raconte :


« Un jour, l’Imam arriva au cours dans un tel état de colère que sa respiration était devenue difficile. Au lieu de donner sa leçon, il adressa de sévères recommandations aux étudiants, puis quitta la salle.


Il ne revint pas durant trois jours. Il avait appris que l’un de ses étudiants avait médit d’une autre autorité religieuse. »


Depuis sa jeunesse, lorsque quelqu’un commençait à médire en sa présence, l’Imam détournait immédiatement la conversation et changeait de sujet. [6]


Le silence


L’une des caractéristiques les plus connues de l’Imam était son attachement au silence, signe de sagesse et de maîtrise de soi.


Il ne parlait que lorsqu’il estimait avoir un devoir à accomplir.


À Najaf, il venait chaque soir, environ une demi-heure après le coucher du soleil, dans la salle de réception afin de rencontrer le public.


Après avoir dit :


« Que la paix soit sur vous. Que Dieu vous accorde une bonne soirée »,


il restait généralement silencieux jusqu’à la fin de la rencontre. Il ne prenait la parole que lorsqu’une personne lui posait une question. [7]


Une organisation rigoureuse


L’Imam planifiait soigneusement chacune de ses journées et réservait des heures précises à des activités déterminées.


Certaines heures étaient consacrées aux ouvrages et aux textes nécessaires à son enseignement. D’autres étaient réservées aux livres, aux idées nouvelles et aux documents qui lui parvenaient d’Iran. Il disposait également de périodes consacrées à ses recherches personnelles. [8]


Une ponctualité exceptionnelle


Toutes les personnes qui connaissaient l’Imam de près ont rapporté des souvenirs illustrant son extraordinaire ponctualité.


L’un de ses étudiants raconte :


« Au cours de l’un de nos voyages en Irak, nous étions assis dans la cour du sanctuaire de l’Imam Ali avec plusieurs savants et étudiants, après les prières du coucher du soleil et du soir.


Lorsque la discussion prit fin, nous avons regardé nos montres. Elles indiquaient des heures légèrement différentes, avec des écarts de cinq à sept minutes.


À cet instant, l’Imam entra dans la cour par la porte située en direction de la qibla.


Un professeur de Najaf qui se trouvait parmi nous déclara :


“Réglez vos montres. Il s’est écoulé exactement trois heures et demie depuis le début de la nuit. Cela fait treize ans que l’Imam entre chaque soir dans la cour du sanctuaire précisément à cette heure. Son arrivée constitue elle-même une horloge.” » [9]


Une vie simple et sobre


Le niveau de vie de l’Imam et son alimentation étaient si modestes que l’on pouvait affirmer qu’il vivait comme un étudiant ordinaire en sciences religieuses, voire plus simplement encore. [10]


L’un de ses amis raconte :


« J’ai séjourné quelques jours auprès de l’Imam à Najaf. Durant toute cette période, le repas de la maison était un bouillon de viande sans graisse.


Un kilogramme de viande était acheté pour l’Imam, sa famille et les collaborateurs de la maison. Tous mangeaient les plats préparés avec cette quantité.


Pour moi, qui étais un jeune étudiant, cette alimentation était difficile à supporter.


Un jour, j’ai dit à l’Imam :


“Monsieur, j’ai un peu de mal à manger votre bouillon sans graisse.”


Il m’a répondu :


“C’est ainsi que l’on vit dans notre maison. Si vous souhaitez manger du riz, allez chez Hadj Agha Mostafa et demandez-lui d’en préparer.”


Je suis donc allé raconter la situation à Hadj Agha Mostafa. Après sept ou huit jours, j’ai finalement pu manger du riz chez lui. » [11]


Lorsque des médecins iraniens venaient à Najaf, ils conseillaient parfois de préparer des aliments plus nourrissants pour fortifier l’Imam, mais celui-ci refusait. [12]


Lorsqu’il fallut lui confectionner une longue veste, un tailleur apporta plusieurs échantillons de tissus. L’Imam veilla à ne pas sélectionner une matière coûteuse ou luxueuse, afin de limiter les dépenses. [13]


Un collaborateur de son bureau raconte également :


« Durant les quelques jours de l’année où l’Imam se rendait à Karbala, il m’arrivait d’avoir des informations à lui transmettre. Comme je ne pouvais pas toujours entrer dans la partie réservée à ses rencontres, je rédigeais mon message sur une feuille.


Un jour, alors que nous nous dirigions vers le sanctuaire, l’Imam me demanda :


“Cheikh, pourquoi ne faites-vous pas plus attention ?”


Je lui demandai ce que j’avais fait.


Il répondit :


“Pourquoi gaspiller autant de papier pour quelques lignes ? Vous auriez pu écrire cela sur un petit morceau ou sur une feuille déjà utilisée.” » [14]


L’absence de favoritisme


Mostafa Khomeini, fils de l’Imam, venait chaque semaine recevoir de son père la somme nécessaire à ses dépenses courantes.


L’Imam ne lui accordait jamais d’argent supplémentaire.


Un ami demanda un jour à Mostafa pourquoi il percevait également une allocation auprès d’autres autorités religieuses. Il répondit en souriant :


« Mon père ne finance que mes dépenses ordinaires, comme la nourriture et le loyer. Mais j’ai aussi besoin de livres et je ne dispose pas de l’argent nécessaire pour les acheter. Je suis donc obligé d’accepter l’allocation d’autres autorités religieuses. » [15]


Lorsque Mostafa voulut se rendre à La Mecque, il utilisa l’argent provenant de la vente de sa maison à Qom ainsi qu’une somme remise par son épouse.


L’Imam autorisait les membres de sa famille à utiliser le téléphone pour des appels locaux à Najaf, mais il interdisait que les frais de la maison servent à des communications privées vers Karbala ou d’autres villes.


Il avait même dit à Ahmad Agha :


« Tu n’as pas le droit d’appeler Téhéran ou une autre ville avec ce téléphone. » [16]


Le refus du confort


La chaleur à Najaf était extrêmement éprouvante. La température dépassait parfois les cinquante degrés.


Un jour, plusieurs étudiants et amis de l’Imam lui dirent :


« La chaleur est très forte et vous êtes âgé. Les habitants se rendent la nuit à Koufa, où le climat est plus agréable. Vous devriez également y aller. »


L’Imam leur répondit :


« Comment pourrais-je aller à Koufa pour profiter d’un meilleur climat alors que mes frères, en Iran, sont emprisonnés ? » [18]


Une autre fois, le corps de l’un de ses amis fut transporté depuis l’Iran et l’Imam souhaita participer aux funérailles.


Comme le convoi avait du retard et que la chaleur était accablante, les membres de son bureau louèrent un véhicule privé pour lui éviter d’attendre trop longtemps au soleil. La location coûta un dinar.


Lorsque les dépenses lui furent présentées quelques jours plus tard, il contesta cette somme.


Ses collaborateurs expliquèrent :


« La chaleur pouvait être dangereuse pour vous. »


Il répondit :


« Je suis comme les autres. Quelle différence existe-t-il entre eux et moi ? » [19]


Les collaborateurs du bureau de l’Imam à Najaf ne disposaient que de moyens limités. L’Imam veillait à ce qu’ils puissent vivre convenablement, à un niveau comparable au sien et à celui de son fils.


Il ne voulait pas qu’ils soient plongés dans la misère, mais n’approuvait pas non plus qu’ils mènent une vie luxueuse. [20]


L’aide aux personnes démunies


L’Imam faisait preuve d’une grande compassion envers les personnes faibles et nécessiteuses.


Un soir, un homme pauvre se présenta dans la salle d’accueil. Certains responsables le traitèrent avec dureté.


L’Imam, qui observait la scène à distance, intervint et leur demanda :


« Quelle est cette manière de traiter les gens ? »


Ils lui répondirent que l’homme était déjà venu la veille.


L’Imam déclara :


« Laissez-le venir. Il est pauvre et dans le besoin. C’est sa nécessité qui le pousse à revenir ici. Nous devons soit répondre à son besoin, soit lui parler de manière à ce qu’il reparte satisfait. Ne faites pas de peine aux gens. » [21]


Un admirateur offrit un jour à l’Imam une voiture neuve, qui n’avait même pas encore été immatriculée.


L’Imam répondit :


« Dans les circonstances actuelles, je n’ai pas besoin d’un véhicule personnel. Je me suis également engagé à ne pas en posséder tant que je n’en éprouverai pas la nécessité.


Vendez donc cette voiture et utilisez l’argent pour acheter une maison à l’une des familles défavorisées du pays. Si cela n’est pas possible, versez la somme sur le compte destiné à fournir des logements aux démunis. » [22]


L’adoration


Lorsqu’il se consacrait à l’adoration, l’Imam ressemblait à une personne qui n’aurait aucune activité intellectuelle ou politique et dont l’unique occupation serait la prière.


Il se détachait entièrement des autres préoccupations, comme s’il n’avait aucune autre responsabilité.


Ses pratiques spirituelles étaient comparables, voire supérieures, à celles des ascètes et des grands adorateurs. [23]


L’attention qu’il accordait aux prières obligatoires accomplies à l’heure, aux prières surérogatoires, aux invocations et aux visites pieuses fut l’un des facteurs essentiels de sa réussite.


L’un de ses étudiants raconte :


« J’ai observé à deux reprises la manière dont l’Imam accomplissait ses ablutions. Elles correspondaient exactement à la façon dont les traditions décrivent les ablutions du Prophète.


Il se contentait d’une poignée d’eau pour le visage et pour chacun de ses bras et ne les lavait qu’une seule fois. » [24]


Après son installation à Najaf, l’Imam accepta, à la demande des étudiants, de diriger la prière collective à l’école de l’ayatollah Boroujerdi. Son arrivée suscita un enthousiasme extraordinaire parmi les étudiants. [25]


Sa fille raconte au sujet de ses prières nocturnes :


« Lorsque je me rendais à Najaf, mes enfants étaient encore petits et je me réveillais souvent durant la nuit.


Mon père accomplissait la prière nocturne dans une petite véranda, face à notre chambre.


J’avais l’impression qu’il faisait coïncider ses pleurs avec les invocations diffusées par un haut-parleur, afin que nous ne puissions pas l’entendre.


Comme j’étais réveillée, je percevais pourtant le son de ses sanglots. Je conserve de nombreux souvenirs de son adoration nocturne. » [26]


Ses pratiques durant le mois de Ramadan


Durant les mois de Ramadan qui coïncidaient avec la saison chaude à Najaf, l’Imam se rendait à jeun à l’école de l’ayatollah Boroujerdi afin de diriger les prières de midi et de l’après-midi.


Il accomplissait d’abord les huit unités de prières surérogatoires précédant la prière de midi.


Il dirigeait ensuite une prière relativement longue, précédée de l’appel à la prière et de l’annonce de son commencement.


Après les invocations suivant la prière de midi, il accomplissait huit autres unités surérogatoires, puis dirigeait la prière de l’après-midi, également précédée de l’appel et de l’annonce.


Après les invocations finales, il quittait l’école.


Compte tenu de son âge, de la chaleur et du jeûne, ce programme était particulièrement éprouvant. Même des personnes jeunes auraient eu des difficultés à le suivre.


Son exemple influençait les étudiants. Certains, qui ne pratiquaient auparavant que les prières obligatoires, commencèrent à accomplir également les prières surérogatoires.


Le vendredi, l’Imam accomplissait ces prières supplémentaires chez lui. À l’école, il enchaînait les prières de midi et de l’après-midi sans autoriser que l’appel à la prière soit répété avant la seconde.


Ces détails montrent son souci d’accomplir chaque acte d’adoration conformément aux prescriptions religieuses. [27]


Les visites au sanctuaire de l’Imam Ali


L’un de ses étudiants rapporte que, durant les treize années de résidence de l’Imam à Najaf, il se rendait au sanctuaire à une heure précise, sauf lorsqu’il était malade, interdit de déplacement ou en voyage à Karbala. [28]


La manière dont l’Imam accomplissait ses visites pieuses fascinait ses étudiants. Certains se rendaient au sanctuaire simplement pour l’observer de loin.


Il lisait les textes des visites dans un endroit déterminé, en s’aidant du livre d’invocations Mafatih al-Jinan.


Sa visite était longue. Il récitait notamment la Ziyarat Achoura, accomplissait la prière de la visite et d’autres prières recommandées.


Après les prières et les invocations, il se tenait près du tombeau et récitait apparemment la Ziyarat Amin Allah.


Lorsqu’il priait, il semblait entièrement absorbé, comme détaché de lui-même. Son état révélait la profondeur de son lien spirituel avec l’Imam dont il visitait le sanctuaire. [29]


Un jour, plusieurs personnes lui conseillèrent de réduire la fréquence de ses visites :


« Il serait préférable que vous établissiez un programme particulier et que vous ne vous rendiez au sanctuaire qu’une ou deux fois par semaine. Pour une autorité religieuse, il n’est pas convenable d’y aller chaque soir et chaque matin. Compte tenu de votre âge, vous devriez également vous ménager. »


Le visage de l’Imam changea brusquement et il répondit :


« Par Dieu, c’est une injustice que de dormir auprès de l’océan de la connaissance de l’Émir des croyants tout en demeurant assoiffé. » [30]


À un savant de Qom qui s’apprêtait à visiter les lieux saints d’Irak, il recommanda :


« Vous vous rendez dans ces lieux pour accomplir une visite pieuse. Le séminaire de Najaf est un lieu de discussions théologiques, et les personnes qui viendront vous rencontrer pourront engager des débats savants.


Veillez à ce que ces discussions ne vous détournent pas de la visite et à ce que votre voyage ne s’achève pas uniquement en visites mondaines. Votre objectif est différent. » [31]


Les pèlerinages au sanctuaire de l’Imam Hussein


À l’occasion de la mi-Chaabane, du premier et du quinzième jour du mois de Rajab, de l’Aïd al-Adha, de l’Aïd al-Fitr, du jour d’Arafat et des autres dates consacrées aux visites pieuses, l’Imam se rendait à Karbala.


Il y séjournait plusieurs jours et se rendait quotidiennement au sanctuaire de l’Imam Hussein.


Il récitait régulièrement la Ziyarat Jami‘a dans le sanctuaire, matin et soir. [32]


Malgré son âge avancé, il récitait l’invocation du jour d’Arafat debout, dans le sanctuaire du Maître des martyrs, tourné vers la qibla.


Cette récitation durait entre deux et trois heures.


Les jeunes compagnons qui l’accompagnaient commençaient généralement à lire l’invocation en position assise. Mais en voyant l’Imam rester debout, ils se sentaient gênés, se levaient à leur tour et poursuivaient la prière debout. [33]


Les cérémonies de deuil dans sa maison


Durant son séjour à Najaf, l’Imam organisait dans sa maison une cérémonie de commémoration chaque soir correspondant au martyre de l’un des membres immaculés de la famille du Prophète.


À l’occasion du décès de Fatima Zahra, ces cérémonies se poursuivaient durant trois nuits.


Un jour, à l’occasion de l’anniversaire du décès de l’un des Imams, plusieurs collaborateurs de son bureau entrèrent dans sa chambre afin de réciter la prière de Tawassol.


L’un d’entre eux évoqua brièvement les souffrances des Ahl al-Bayt.


L’homme n’était pas un récitant expérimenté. Troublé par la présence de l’Imam, il parlait d’une voix hésitante, tremblante et entrecoupée.


Mais dès qu’il commença à raconter les épreuves des Ahl al-Bayt, l’Imam éclata en sanglots, au point que ses épaules tremblaient violemment. [34]


Une vie spirituelle tenue secrète


L’Imam s’efforçait d’accomplir ses prières, ses invocations et ses veilles nocturnes dans le plus grand secret, loin du regard des autres.


Cependant, dans les rares situations où il ne pouvait dissimuler son état spirituel, les personnes présentes furent témoins de comportements et d’émotions particulièrement saisissants. [35]


Depuis sa jeunesse, ses prières, ses invocations nocturnes et ses visites accomplies auprès des tombeaux des Imams avec connaissance et concentration avaient fait de lui une personnalité profondément équilibrée.


Il possédait une âme apaisée qu’aucun événement ne parvint à détourner de sa voie.


Source principale : Hassan Keshvardoust, La Lune rayonnante, Institut de compilation et de publication des œuvres de l’Imam Khomeini, pages 83 à 95.