Le récit de l’ayatollah Mousavi Khoeiniha sur le jour du décès de l’Imam Khomeini

Dans ce témoignage, l’ayatollah Mousavi Khoeiniha revient sur les dernières heures de la vie de l’Imam Khomeini, l’émotion qui saisit les principaux responsables de la République islamique à l’annonce de son décès et les premières discussions sur sa succession. Un récit personnel et saisissant, au cœur d’une nuit décisive de l’histoire contemporaine de l’Iran.

ID: 86526 | Date: 2025/09/11


La séance de l’après-midi consacrée à la révision de la Constitution devait bientôt commencer. Je n’avais pas encore pris place et la réunion n’avait pas été ouverte lorsque nous avons appris que l’état de santé de l’Imam s’était aggravé.


Je me suis immédiatement rendu à Jamaran. C’était en fin d’après-midi et les plus hauts responsables du pays étaient déjà arrivés. Un tapis avait été étendu dans la petite cour de l’hôpital. MM. Khamenei, Hachemi Rafsandjani, Mousavi Ardabili, l’ingénieur Mir Hossein Mousavi, Meshkini, Karroubi et Ahmad Agha étaient assis là, ainsi que deux ou trois autres personnes dont les noms ne me reviennent plus aujourd’hui.


Le docteur Fazel présentait l’évolution de la maladie de l’Imam. Il finit par déclarer :


« L’Imam restera encore parmi vous huit heures tout au plus. »


Il me semble que M. Khamenei raconta alors que, lorsque l’Imam était arrivé à l’aéroport, quelqu’un lui avait prédit qu’il dirigerait le pays pendant dix ans, avant d’ajouter :


« Dieu multiplie pour qui Il veut. »


Comme je n’étais pas assis tout près de lui, il est possible que je ne restitue pas ses paroles avec une exactitude absolue.


Le premier sujet abordé fut celui du lieu où l’Imam devait être inhumé. Ahmad Agha expliqua qu’il avait envisagé un emplacement situé à proximité de Qom et en donna quelques détails. Les personnes présentes estimèrent toutefois que ce lieu ne convenait pas.


Quelqu’un, peut-être l’ingénieur Mousavi, proposa ensuite le terrain de Qaleh-Morghi. Cette proposition ne fut pas davantage retenue. Finalement, le gouvernement fut chargé d’identifier plusieurs sites à Téhéran ou dans sa périphérie et de présenter rapidement un rapport.


L’endroit où nous étions assis servait de passage aux membres de la famille de l’Imam et au personnel de son bureau qui entraient et sortaient de l’hôpital. En raison de ces nombreux déplacements, les responsables furent conduits dans l’une des pièces adjacentes, où ils s’installèrent ensemble.


À l’intérieur de l’hôpital, les médecins poursuivaient leurs efforts au chevet de l’Imam, bien qu’ils n’eussent pratiquement plus aucun espoir.


MM. Khalkhali, Mohammadi Guilani, Momen et, peut-être, Taheri Khorramabadi étaient également présents à cette réunion. Ahmad Agha, quant à lui, était resté auprès des médecins, au chevet de l’Imam.


La discussion porta alors sur la conduite à adopter après la disparition de l’Imam et sur la question de la direction du pays.


Après un moment de silence, M. Mohammadi Guilani s’adressa à M. Khamenei et lui demanda :


« Pourquoi ne seriez-vous pas vous-même le dirigeant ? »


Il ajouta deux ou trois phrases pour appuyer sa proposition, mais je ne me souviens malheureusement plus de leur contenu. M. Khamenei réagit vivement et lui répondit :


« Je vous en prie, ne répétez plus jamais cela. »


M. Momen déclara ensuite que l’Imam avait affirmé que M. Montazeri ne pouvait pas devenir le Guide, mais qu’il n’avait jamais dit qu’il ne pouvait pas être membre d’un Conseil de direction. Selon lui, rien ne s’opposait donc à la création d’un conseil composé de M. Montazeri et de deux autres personnalités disposant des compétences politiques et administratives nécessaires.


Même si cette proposition bénéficia peut-être de quelques soutiens, la majorité des personnes présentes s’y opposa.


Quelqu’un proposa également le nom de l’ayatollah Golpayegani. Je ne me souviens plus de l’auteur de cette suggestion et, puisque je n’en suis pas certain, il vaut mieux que je dise, avec humour, que c’est peut-être moi qui l’ai faite ! Quoi qu’il en soit, cette proposition ne rencontra aucun soutien.


Il fut ensuite suggéré — je ne me rappelle plus qui en parla le premier — de former un Conseil de direction comprenant MM. Khamenei et Hachemi Rafsandjani, tous deux unanimement reconnus pour leur expérience politique et leurs capacités de gestion, auxquels viendrait s’ajouter l’un des deux hommes suivants : M. Mousavi Ardabili ou M. Meshkini.


Après une brève discussion, toutes les personnes présentes acceptèrent cette proposition.


C’est précisément à ce moment-là qu’un homme entra dans la pièce. Il s’agissait probablement de M. Mirian, l’un des employés du bureau. La voix étouffée par les sanglots, il s’écria en pleurant :


« C’est fini ! »


Je ne compris même pas comment tous les responsables et dignitaires présents se précipitèrent hors de la pièce en direction de la chambre où l’Imam était hospitalisé.


Je me souviens seulement que M. Khamenei était assis dans la cour, adossé au tronc d’un arbre, pleurant de tout son être.


M. Karroubi était tellement bouleversé qu’il semblait ne plus être lui-même. Son turban était tombé de sa tête ; il se frappait le corps et pleurait désespérément.


Les pleurs des personnes présentes devenaient progressivement si forts qu’ils risquaient de franchir les murs de la cour de l’hôpital et d’être entendus à l’extérieur.


M. Hachemi se leva alors et, tantôt en suppliant, tantôt en parlant avec fermeté, demanda à tout le monde de garder le silence. Il disait :


« Messieurs, ne permettez pas que cette nouvelle sorte de ce cercle avant que nous ayons pris les dispositions nécessaires pour assurer la sécurité du pays. Si elle est annoncée immédiatement, un événement grave pourrait se produire sur les fronts. »


Sans aucune exagération, je peux dire que je voyais M. Hachemi tenter désespérément de reprendre le contrôle de la situation.


Le premier à s’opposer à sa proposition fut Ahmad Agha. Il déclara :


« Nous ne pouvons pas agir ainsi. L’Imam n’a jamais rien caché au peuple, et nous ne pouvons pas non plus dissimuler au peuple une nouvelle concernant l’Imam. Nous devons l’informer dès maintenant. »


Une heure plus tard, alors que je quittais l’hôpital en compagnie de M. Mousavi Ardabili, nous avons discuté jusqu’à l’entrée de la ruelle menant à la Hosseiniyeh.


Évoquant la possibilité de devenir membre du Conseil de direction, il me déclara :


« Je n’accepterai jamais une telle chose, une telle fonction ou une telle responsabilité. »


L’hésitation entre ces différents termes vient de ma propre mémoire.


Source : Jamaran