Où vont donc ces voyageurs de l’amour,
Qui avancent en gémissant ?
La voie est vaste et sans détour :
Pourquoi donc se chargent-ils de fardeaux ?
Où qu’ils aillent,
Ils ne parviennent qu’à la demeure du Bien-Aimé ;
Car partout où ils déposent leurs bagages,
Le Bien-Aimé est déjà là.
Ils n’acceptent la coupe
Que de la main de l’Ami ;
Ils ne reconnaissent d’autre échanson
Que celui de leur propre patrie.
De la vision de Son visage
Naissent toute joie et toute allégresse ;
De la douleur de Son absence
S’élèvent les lamentations et les pleurs.
Par la lumière de Son visage,
Le jardin tout entier se couvre de verdure ;
Et au souvenir de Sa taille élancée comme le cyprès,
Le printemps lui-même reprend vie.
Tant que ce voile demeure,
La contemplation de Tes traits nous est refusée ;
Ô visage aux joues de rose,
Écarte ce voile
Et laisse enfin paraître Ta beauté.