En dehors de l'affaire Rushdie, l'imam Khomeiny a-t-il déjà prononcé la sentence d'apostasie ?

Dans toute l'œuvre de l'imam Khomeiny et les témoignages de son époque, un seul autre cas de désignation nominale d'apostasie apparaît : celui du Front national iranien, en juin 1981. Le mouvement avait qualifié d'« inhumain » le projet de loi sur le qisas, le talion prévu par le droit islamique, et appelé à manifester contre lui. L'imam a répondu le matin même de la manifestation en déclarant le Front national coupable d'apostasie, tout en laissant à ses membres la possibilité de se rétracter publiquement.

ID: 86454 | Date: 2026/01/16

Deux registres à distinguer


La question de l'apostasie se présente sous deux angles dans l'héritage de l'imam Khomeiny. Le premier concerne la définition, les conditions et les règles qui s'y rattachent, exposées dans ses fatwas et ses ouvrages de droit religieux. Le second concerne la désignation d'une personne ou d'un groupe précis comme apostat. C'est ce second registre qui nous intéresse ici, et le constat est net : dans tout ce qui nous est parvenu de ses œuvres et des souvenirs de son temps, l'imam n'a pris position de la sorte qu'une seule fois en dehors de l'affaire Rushdie, à propos du Front national, en 1981.


L'affaire du Front national


En 1981, le débat portait sur l'adoption du projet de loi sur le qisas, fondé sur les normes islamiques. Le Front national iranien a pris position contre ce texte, l'a qualifié de projet de loi « anti-humain » et a invité la population et les organisations politiques à manifester le 15 juin 1981 (25 khordad 1360).


L'imam a réagi avec force dans un discours prononcé le matin même. Son raisonnement : cet appel s'oppose à une prescription essentielle du Coran, le qisas ; rejeter une prescription coranique et la déclarer anti-humaine revient à nier un fondement de la religion islamique ; ceux qui ont publié un tel communiqué en toute connaissance de cause tombent donc sous le coup de la sentence d'apostasie. Il les a dans le même temps invités à se repentir et à désavouer leur communiqué :


« Le Front national est condamné pour apostasie à compter d'aujourd'hui. Oui, le Front national peut aussi dire que ce communiqué n'est pas de lui. S'ils viennent à la radio cet après-midi et y annoncent que ce communiqué, qui a qualifié d'inhumaine une prescription essentielle pour les musulmans, pour l'ensemble des musulmans, n'était pas le leur, alors nous l'accepterons de leur part. » (Sahifeh-ye Imam, vol. 14, p. 462-463)