Des paternités multiples, toutes en partie fondées
La question suppose de rappeler un précédent : Ebrahim Yazdi a soutenu que la proposition venait de lui. D'autres l'attribuent à l'ayatollah Montazeri, d'autres encore à Motahhari ou à l'ayatollah Taleghani. Une partie de ces affirmations peut être exacte. Avant la révolution, Montazeri, Yazdi et de nombreuses personnalités politiques et religieuses partageaient les positions de l'imam Khomeiny sur Israël. Après la révolution et la fondation de la République islamique, l'unité du monde musulman est devenue une orientation stratégique du régime, et la lutte contre le régime occupant Qods, présente dans les déclarations de l'imam dès le début du mouvement en 1963, a conduit les connaisseurs de la politique internationale à réfléchir à la fois aux voies de cette unité et aux moyens de combattre Israël dans le même esprit.
Beaucoup de propositions circulaient alors. Comme l'ayatollah Montazeri comptait parmi les élèves les plus en vue de l'imam, nombre d'entre elles lui étaient transmises. L'une consistait à dédier une journée à la Palestine.
Le travail des experts du ministère des affaires étrangères
Le sujet a été débattu au ministère des affaires étrangères, dont les experts en ont examiné les différents aspects. Le monde arabe avait déjà institué une journée dite de la bataille de Karameh, mais elle avait un caractère arabe et régional. Les avis ont donc convergé sur deux points : la journée s'appellerait journée de Qods, pour lui donner un caractère religieux, et elle se tiendrait pendant le ramadan, mois sur lequel tous les musulmans s'accordent à travers l'obligation du jeûne.
Restait à fixer le jour. Un jour proche des nuits du destin ? De l'Aïd el-Fitr ? L'étude a conclu que le dernier vendredi du ramadan créerait le moins de divergences possible pour la tenue des cérémonies dans l'ensemble du monde musulman.
Yazdi, alors ministre des affaires étrangères, a transmis le résultat de ce travail à l'imam. Il avait participé aux réunions et y avait apporté des contributions notables, ce qui lui permet d'affirmer que la proposition a été formulée sous son mandat. Sa difficulté est ailleurs : il lui faudrait réfuter, preuves à l'appui, l'affirmation selon laquelle Montazeri avait déjà avancé cette idée.
Pourquoi seule la voix de l'imam pouvait porter cette journée
Dédier une journée à Qods ne pouvait acquérir de crédit dans le monde musulman que si la proposition venait d'une personnalité à la fois largement acceptée, suffisamment connue et dont les positions sur le régime occupant étaient claires et sans ambiguïté. Personne d'autre que l'imam Khomeiny ne réunissait ces conditions. Après son message du 7 août 1979 (16 mordad 1358, soit le 13 ramadan 1399 du calendrier lunaire), il a prononcé le 16 août un discours qui s'ouvrait ainsi : « La journée de Qods est une journée mondiale. Ce n'est pas une journée réservée à Qods. C'est le jour de l'affrontement des opprimés avec les arrogants... »
Trois remarques pour finir.
Certains fidèles de l'imam pensent qu'accepter la proposition d'un tiers serait indigne du grand dirigeant de la révolution. C'est l'inverse : le propre d'un dirigeant populaire est d'être le porte-voix de la conscience de son peuple, de compléter ses propositions, d'y engager son crédit et de leur donner une validité à grande échelle.
Attendre du dirigeant de la révolution qu'il cite, dans un message adressé aux musulmans du monde, les experts qui ont travaillé sur le dossier surprend : une telle mention aurait affaibli la portée du message.
Enfin, la proclamation de la journée de Qods a eu lieu pendant la période d'activité du Conseil de la révolution, avec l'accord complet du gouvernement provisoire de Bazargan et des prises de position convergentes de Montazeri. Que chacun revendique la paternité de l'idée est plutôt une bonne nouvelle. Kalim Siddiqui, dirigeant des musulmans de Grande-Bretagne, l'a résumé à sa manière : tous les messages de l'imam Khomeiny aux musulmans du monde semblaient refléter les aspirations et faire écho aux demandes des musulmans eux-mêmes.