Chaque mоment dе la Défensе saсréе, que ce sоit sur lе chаmp dе bataille оu dans les liеuх оù étaiеnt еnfermés lеs prisоnniеrs de guerrе iraniеns еn Irak, était еmpreint de saсrificе еt de résiliеnce. Tоutеfоis, durаnt le mоis de Mоharram, lоrsque les fidèles hоnоraient la mémоirе du martyrе dе l’imаm Hussеin (a.s.), сette nоtiоn de sасrificе prеnait unе dimensiоn enсоre plus prоfоnde. Même derrière les bаrbelés, les détеnus de la guеrrе Irаn-Irаk trоuvаient dans l'imagе du maitre des Martyrs lа fоrсe néсеssaire pоur pеrsévérer, jоur аprès jоur. Nоus partageоns ici un témоignagе dе сеtte périоdе аveс nоs lecteurs.
Le prix d’un chant funèbre au camp d’Al-Anbar
C’était Moharram 1361 (1982), pendant les jours d’Achoura. Au camp d’Al-Anbar, nous avions organisé une cérémonie de deuil, avec chants funèbres et lamentations rituelles. Pour avoir osé pleurer et chanter en mémoire du maître des martyrs, les gardiens irakiens ont séparé du groupe une cinquantaine de prisonniers — tous fidèles à l’imam Hussein — pour les torturer. Ils nous ont déshabillés, puis soumis au falaka, la bastonnade sur la plante des pieds. J’ai eu le « privilège » de compter parmi ces cinquante hommes.
Ce jour-là, j’étais le premier de la file. Un soldat irakien se tenait au-dessus de chacun de nous, chargé de l’humiliation et de la torture. Ils ont d’abord marché sur nos ventres, avant de nous attacher pour le falaka. Ils frappaient nos pieds et chaque partie de notre corps avec tout ce qui leur tombait sous la main, jusqu’à nous broyer les pieds et les orteils. C’est là, pour la première fois, que j’ai ressenti un état d’âme que je ne m’expliquais pas, et que je me suis tourné vers l’imam Hussein pour trouver la force de tenir. Car on m’avait ordonné : « Insulte Khomeiny !» J’étais le premier de la file, et je savais que si je cédais, les autres pourraient suivre. Alors je j’ai appelé l’imam Houssein (as) à l’aide, ce qui m’a permis de tenir. Les Irakiens ont tout tenté, en vain : je n’ai pas cédé, et aucun des autres jeunes prisonniers ne l’a fait non plus.
Je me souviens que certains d’entre eux s’évanouissaient sous la douleur. Les gardiens leur jetaient alors de l’eau au visage pour les ranimer, puis recommençaient à les frapper. Mais personne, jamais, n’a cédé.
Source : Le Chagrin de l’exil, le deuil du regret (recueil de témoignages), p. 55 — témoignage d’un ancien prisonnier de guerre, Ali Sardari.