La place de la langue et de la culture dans la pensée de l’imam Khomeiny

Cet article met en lumière la vision de l’imam Khomeiny concernant la protection de la langue et de la culture persanes face à l’influence excessive des termes étrangers. Il critique la tendance à utiliser des mots étrangers pour paraître savant et souligne que cette pratique reflète une dépendance culturelle. Selon lui, l’indépendance véritable passe par la confiance en soi, l’usage de sa propre langue et le développement d’un savoir national. Il insiste toutefois sur l’importance d’apprendre des autres nations, en adoptant leurs acquis positifs tout en rejetant leurs aspects nuisibles.

ID: 85786 | Date: 2026/05/15

L’imam Khomeiny fut une figure marquante dont la pensée ne se limitait pas à un seul domaine. Chef de la Révolution islamique en Iran, il était à la fois un penseur politique, un juriste religieux, un mystique et un homme de culture. Parmi les aspects moins connus de sa personnalité figure son intérêt pour la littérature et la poésie. Son recueil intitulé « Divân de l’Imam » rassemble des poèmes de différents styles, notamment des ghazals, des quatrains, des qasidas et d’autres formes classiques de la poésie persane.


Les poèmes de l’imam Khomeiny s’inscrivent principalement dans le style irakien de la poésie persane, avec parfois des influences du style indien. Leur caractéristique principale est l’inspiration mystique, bien que des thèmes sociaux, lyriques et parfois héroïques y apparaissent également. Malgré la richesse de ces écrits, l’imam ne se considérait jamais comme un poète. Par modestie, il affirmait qu’il n’avait jamais possédé une véritable capacité poétique. Il n’a d’ailleurs jamais entrepris lui‑même de rassembler ses poèmes. Ce travail a été réalisé après son décès, lorsque ses écrits ont été collectés et publiés.


Au-delà de son intérêt pour la littérature, l’imam Khomeiny accordait une grande importance à la préservation de la langue persane et à la protection de l’identité culturelle. Selon lui, l’un des problèmes majeurs de la société réside dans une forme d’aliénation intellectuelle qui pousse certaines personnes à croire que l’usage de mots étrangers est un signe de savoir et de sophistication. Dans de nombreux discours et écrits, il dénonçait cette tendance qui consiste à introduire des termes étrangers dans la conversation afin de paraître plus érudit.


Il soulignait que, dans certains milieux, la valeur d’un discours semble parfois mesurée au nombre de mots étrangers qu’il contient. Cette attitude, selon lui, traduit une mentalité influencée par le colonialisme culturel. Il faisait remarquer que dans les pays occidentaux, les auteurs et les orateurs utilisent naturellement leur propre langue, sans ressentir le besoin d’y insérer des mots venus d’ailleurs pour prouver leur compétence. En revanche, dans certaines sociétés dépendantes culturellement, on cherche à donner à ses écrits une apparence étrangère afin de paraître plus moderne ou plus scientifique.


L’imam Khomeiny estimait que ce phénomène ne concernait pas seulement la langue parlée ou écrite. Il observait aussi que des noms étrangers étaient souvent attribués aux livres, aux rues, aux produits commerciaux et même aux médicaments. Cette tendance révélait, selon lui, une perte de confiance dans ses propres capacités culturelles et scientifiques.


Pour l’imam, la première étape vers l’indépendance consiste à redécouvrir sa propre identité et à utiliser sa langue avec confiance. Tant que les penseurs, les écrivains et les orateurs ne se libéreront pas de cette dépendance linguistique, disait‑il, il sera difficile d’atteindre une véritable indépendance dans d’autres domaines.


Cependant, il ne prônait pas l’isolement intellectuel. Il reconnaissait que d’autres nations possédaient des avancées scientifiques importantes et que les sociétés musulmanes pouvaient apprendre de leurs réalisations. L’essentiel, selon lui, était d’adopter ce qui est utile et bénéfique, tout en rejetant les aspects négatifs qui pourraient affaiblir la société.


Il citait l’exemple de pays qui ont su apprendre des autres tout en construisant leur propre capacité scientifique et industrielle. Le Japon et l’Inde, par exemple, ont su tirer profit des connaissances étrangères tout en développant progressivement leurs propres forces. À ses yeux, cette démarche représente un modèle à suivre : apprendre, mais aussi produire, créer et devenir autonome.


Ainsi, la pensée de l’imam Khomeiny met en évidence un lien étroit entre la langue, la culture et l’indépendance d’une nation. La confiance en sa propre identité linguistique et culturelle constitue, selon lui, une condition essentielle pour atteindre l’autonomie intellectuelle, scientifique et politique.